Ces clichés qu’on nous balance quand on a 25 ans

Avoir 25 ans, c'est vraiment rien du tout. Mais certains clichés nous donnent quand même l'impression que c'est tout à fait relou. La preuve avec SPP.

Ces clichés qu’on nous balance quand on a 25 ans

Je sais pas pourquoi, mais plus ça va, plus je suis gonflée par les clichés qu’on peut me balancer dans la face. Je veux dire, quand j’étais ado, on m’en sortait plein (« t’aimes pas tes parents t’es limite bipolaire tu manges des chips t’as les cheveux gras »), et je m’en foutais (probablement trop occupée que j’étais à essayer de m’extraire les points noirs pour y prêter attention).

Quand j’étais étudiante, on me disait d’autres trucs : « tu sors tout le temps tu vas pas à la fac tu fais jamais ton ménage tu danses sur du Rihanna en boîte et tu rentres chez toi pieds nus parce que t’as mal aux pieds d’avoir bougé ton boule en talons ». Là non plus, j’en avais rien à faire, parce que j’étais trop occupée à grosso modo à… À faire toutes les choses de cette liste, effectivement (coucou l’Instant Putassier).

Aujourd’hui, c’est pas pareil. Tous les jours ou presque, je tombe sur au moins un titre racoleur à base de « ce qu’il faut faire avant ses 25 ans » ou de « la différence entre avoir 20 et 25 ans » ou encore de « X signes que vous êtes au milieu/à la fin de votre troisième décennie ».

Ce qui me saoule, c’est pas qu’on essaie de me mettre moi dans une étiquette à moi (parce que c’est pas à moi qu’on parle personnellement), c’est qu’on essaie de mettre tous les gens qui ont le même âge que moi au même moment dans une seule petite case toute étriquée pour nous tous.

Tellement étriquée que si l’un d’entre nous a une flatulence, l’odeur stagne pour toujours dans notre masse trop serrée. Voici un petit florilège de « à 25 ans t’es comme ça », alors que c’est quand même pas compliqué de dire « à 25 ans y a des gens qui sont comme ça, mais on dit pas que c’est ton cas à toi, hein ».

« À partir de 25 ans, t’aimes plus sortir »

Alors comme ça, il paraîtrait qu’à 25 ans, on n’aime plus sortir. Qu’on le vit physiquement mal, qu’on n’est plus apte à ça. Je lis quelque part que les gueules de bois n’existent pas à 20 ans et qu’on en découvre l’existence que quelques années plus tard. Comme si les intestins qui se tordent, la bouche pâteuse et la mal de crâne dû à la déshydratation déboulaient dans ta vie du jour au lendemain.

Alors comme ça, il paraîtrait que, du coup, on n’aime plus sortir. Déjà, c’est s’imaginer qu’on est toutes et tous incapables d’imaginer une soirée sans alcool et que tout le monde aime l’alcool. Et puis alors sérieusement, le cliché comme quoi en quelques années, on passe de clubeuses acharnées qui se déhanchent mieux encore que Shakira en parade amoureuse à être humain portant autour d’elle son poids en couette, je sais pas hein, mais je suis pas convaincue.

Alors oui, bien sûr, ça arrive : certaines sont casanières et le revendiquent. Certain-e-s sont à mi-chemin entre les deux, d’autres à un ratio de 25 contre 75%, enfin j’sais pas, on est uniques, quoi, et tant qu’on est amoureuses de nos vies, c’est parfait. Qu’on arrête de s’imaginer qu’en l’espace de quelques mois, tous les gens nés la même année mutent d’un extrême à un autre.

« Tu verras, tu vas grossir »

Quand je me « goinfre » en public, j’ai– trop – souvent droit à un regard un peu peiné suivi d’un « Tu sais, là, tu te fais plaisir et ça se voit pas mais un jour, presque du jour au lendemain, tu vas grossir sans rien changer à tes habitudes et ça devrait pas tarder vu ton âge ».

patrick burgerJ‘m’en bats le steak, ok.

Il s’avère que :

  • j’aime bien « me faire plaisir » avec la bouffe de temps en temps. Et ?
  • j’ai une alimentation saine le reste du temps mais quand bien même : si je le faisais pas, ça ne regarderait que moi.
  • personne n’a envie qu’on lui foute une pression supplémentaire pour qu’il colle aux canons de beauté. « Mon corps, mon avis sur mon corps », n’est-ce pas.
  • on devrait s’en foutre et s’épanouir comme on aime à s’épanouir et ce genre de réflexions n’aide clairement pas.
  • c’est quand même vachement gonflant quand on essaie, volontairement ou pas, de te gâcher un plaisir gustatif. C’est un peu comme si quelqu’un te murmurait dans l’oreille alors que tu roules une pelle à quelqu’un « un jour, si ça se trouve, tu vas pleurer ta race pour cette personne ».

En même temps je vais pas me plaindre, ça change : il y a dix ans, on me demandait si j’avais des troubles du comportement alimentaire. C’était pas beaucoup plus agréable.

Merde, en vrai, on s’en fout, non ? Tant qu’on est contentes comme cochon et bien dans nos jeans à notre taille ?

« Le meilleur truc de ta vie, c’est le brunch »

Je traîne probablement un peu trop sur des sites anglo-saxons, où la culture du brunch semble vachement plus grande qu’ici. Ceci étant dit, vu le nombre de restaurants à Paris qui proposent une formule brunch à l’heure du déjeuner les week-ends, effectivement, ça a un certain succès. Moi-même j’y suis déjà allée (mais je choisis toujours une formule à volonté histoire d’en « avoir pour mon argent » et après je somnole tout l’après-midi en me tenant le bide tellement je me le suis blindée).

Mais de là à nous faire croire que le brunch c’est pour une génération entière mieux que la grasse matinée, que la douche après une nuit à bouger son booty, que le sexe, que manger une pizza devant la télé, que chaque chose vachement agréable de nos vies, faudrait voir à pas en rajouter.

« Tu te rends compte, ta mère à ton âge elle… »

Des fois, les gens semblent se souvenir de mon âge (25 ans (sans déconner, ah ouais ?)) et de ma situation (célibataire, sans enfant, locataire d’un studio). D’un seul coup, ça leur saute au pif et il leur vient comme une envie de pisser de me dire « mais attends, dis donc, ta mère, elle avait pas du tout la même vie à ton âge ! ».

No shit, Sherlock : effectivement, à mon âge, ma mère était mariée depuis plusieurs années, avait déjà une maison avec mon père et m’avait dans l’utérus. Ça fait un peu bizarre, quand on me met en face du contraste entre nos deux vies au même âge, mais il se trouve que 1) on va chacune à notre rythme 2) la vie, les rencontres, les objectifs ne sont pas les mêmes selon les personnes 3) les temps ont changé, l’âge du premier enfant recule, le prix de l’immobilier n’est pas le même, ce genre de trucs…

Que ces gens se rassurent : certaines personnes qui étaient au collège ou au lycée avec moi ont déjà enfanté et ont une alliance autour d’un doigt. Ce n’est donc pas un recul générationnel des ovaires et de l’engagement du monde entier, c’est juste que là, présentement, j’ai à peu près autant envie de cette vie là que de me couper une dent avec une scie sauteuse. (Peu, donc).

« T’es adulte, maintenant »

serena blair gossip girl
Serena emmenant Blair sur le chemin de l’adulterie (ou au PMU du coin).

Jamais je n’entends des gens plus jeunes que moi dire des gens de 25 ans qu’ils sont vieux. En revanche, les gens plus âgés sont plus nombreux à nous balancer dans la face qu’on « vieillit ». Comme si on les rattrapait, tu sais. Peut-être que ça les rassure, je sais pas.

Mais quand je parle de ma déclaration d’impôts à faire, ou de mon appartement à nettoyer, ou d’autres trucs chiants, il arrive que des gens plus vieux et responsables que moi me disent, avec un air de connivence, quelque chose comme « Bienvenue dans l’âge adulte, eh ».

Moi j’ai pas l’impression de vieillir, j’ai encore l’impression de grandir, d’apprendre constamment plein de trucs sur moi et ma vie, et la vie en général. Mais quand je le dis un peu trop fort, des fois, on me répond en déconnant que c’est le premier signe de la vieillesse que de refuser de la voir en face, alors si vous pouviez faire comme si j’avais rien dit, ce serait sympa.

« Bienvenue dans l’âge adulte », et puis quoi encore ? Je sais pas, tu dis « bienvenue » aux gens qui viennent pour la première fois chez toi mais sont encore dans l’ascenseur ? Moi pas. Bah je trouve que c’est pareil.

Alors qu’on arrête de nous faire croire d’une façon ou d’une autre que cet âge-là est fatidique : c’est juste une année de plus que 24 et ce n’est, au fond, qu’un chiffre même pas vraiment rond.

À lire aussi : « Juliette » : les 25 ans d’une minorité

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Voici le dernier commentaire en date :

  • NanaCoubo
    NanaCoubo, Le 2 septembre 2015 à 21h33

    Le coup du "Ta mère t'as eu à quel âge ?" c'est du vécu u__u"... Je veux être mère mais je sais que ça viendra. Pourquoi se précipiter ?
    Ca me donne envie de plancher sur mon article pour mon blog d'ailleurs

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