Celui qui n’était pas du même milieu social

Une madmoiZelle a été en couple avec un garçon qui n'était pas du même milieu social qu'elle. Ça a suffi à transformer leur jolie relation en grosse daube.

Titanic Rose fin du film

– Initialement publié le 3 juin 2014.

Il y a quelques mois, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Nos routes se sont croisées pour la première fois dans un bar où je buvais quelques verres avec une amie. Il dit m’avoir repérée dès qu’il est entré, parce que j’étais physiquement à son goût et que j’avais l’air sympa. Ça commence comme une histoire banale et ça tombe bien : c’en est une.

On a discuté quelques minutes, et puis je suis partie sans lui laisser mon numéro de téléphone, mon nom complet ni même mon compte Twitter. Je suis partie et je l’ai tout de suite oublié.

Fin de l’histoire.

Non je déconne.

Oh bah EXCUSE, je fais de mon mieux.

Une putain d’évidence

Quelques jours plus tard, je suis allée voir par hasard mes messages classés dans « Autres » sur Facebook, et il y en avait un de lui. Il a fallu qu’il me rappelle qui il était, parce que je sais pas si ça te fait ça à toi aussi, mais y a des périodes dans la vie où on a un mojo de FOLIE.

C’était le cas depuis un petit mois. Pour des raisons qui m’échappent, je me faisais souvent draguer quand je sortais. Il n’était qu’un parmi une petite poignée d’autres dans la soirée avec qui j’avais un peu papoté et un peu ri, avec cette puissante sensation d’avoir l’embarras du choix.

On a commencé à discuter, et le courant est tellement bien passé que j’ai accepté qu’on continue la conversation en vrai, sans attendre autre chose qu’une étreinte coïtale. Et puis la soirée s’est terminée et j’ai eu envie de rentrer chez moi. Le lendemain, j’ai refusé de le revoir, parce que je n’étais pas dans l’optique de me remettre en couple aussi rapidement, mais vingt-quatre heures plus tard, quand il m’a dit qu’il était dans un bar à côté de chez moi, j’ai accepté qu’il me rejoigne.

J’ai essayé de faire la fille qui a simplement envie de niquer sans lendemain, mais je pouvais plus faire marche arrière, c’était trop tard. Mon coeur a battu un peu trop vite, et il était là, et il était sain d’esprit comme aucun de mes ex ne l’était, alors on s’est embrassés et c’était le plus beau baiser de ma vie. Une putain d’évidence de dingue, d’un coup.

Même ma playlist en lecture aléatoire a décidé de balancer Heroes au moment de l’impact buccal. C’est comme si toutes les bonnes ondes de la Terre avaient voulu qu’on tombe amoureux.

On a été heureux, comme ça n’existe que dans les films. Je ne voyais que lui et le reste du monde m’importait peu. Pendant deux mois, on a été dans une bulle de bonheur monstrueusement belle et confortable. Il me regardait avec tellement d’amour, de désir et de joie, que j’avais l’impression d’être enfin là où j’avais toujours eu envie d’être. Tout était doux comme une balade des Carpenters, et drôle comme une fausse pub des Nuls.

Ensemble, on ne s’ennuyait jamais, on avait les mêmes références et les mêmes centres d’intérêt et chaque fois qu’on se séparait le matin, c’était comme si on ne respirait plus vraiment, et c’est avec hâte qu’on se retrouvait pour manger ensemble le midi et dormir (rire, parler et faire l’amour) ensemble le soir. Je sautais dans ses bras et il m’élevait dans les siens et on était comme deux couillons.

Je l’ai aimé, bordel. C’était tellement fou que j’ai envisagé avoir trouvé le bon. Ça faisait très peu de temps qu’on se connaissait mais l’alchimie était telle que je me disais « eh, mais c’est possible, c’est même plus que possible ». Les étoiles n’en finissaient plus de dégouliner de mes yeux, mes oreilles et tous les autres orifices que je pouvais avoir.

Ça sonne comme le truc le plus niais que j’ai jamais écrit mais MEUUUUF, on a même eu les larmes aux yeux la première fois qu’on s’est dit « je t’aime ». Toutes les autres fois du monde où on m’a dit ça pour la première fois, j’étais gênée, alors je te laisse imaginer à quel point j’étais à fond ! J’ai pensé qu’on ne se lasserait jamais l’un de l’autre, et que ça durerait encore longtemps.

Ça n’a pas été le cas.

Une grande différence de milieu social

Au bout de deux mois, le quotidien m’a rattrapée. À l’époque, je payais un loyer qui faisait plus de la moitié de mon salaire et j’avais parfois vachement de mal à joindre les deux bouts à la fin du mois. Le fait qu’on se fasse plusieurs restaurants ou livraisons à domicile par semaine pour fêter notre bonheur (parce qu’on était trop occupés à se raconter les vingt-quatre premières années de nos vies pour se faire à manger) n’aidait pas.

C’était un mois où j’avais beaucoup de dépenses, entre les cadeaux de Noël à acheter et les factures à payer. Mes parents pouvaient m’aider mais j’avais un peu honte de devoir leur demander de l’argent alors que j’étais salariée depuis deux ans, et j’ai fait le choix, certes stupide, de ne pas leur parler de mes problèmes.

Au même moment, lui et moi, on a voulu sortir de notre cocon et j’ai rencontré ses amis. Pendant cette soirée, j’étais pas très à l’aise, et j’ai eu l’alcool triste. On était le 4 du mois et j’étais déjà à découvert, alors dans la voiture, j’ai un peu pleuré en y pensant.

la belle et le clochard spaguettisMaintenant que j’y pense, c’est vrai qu’on mangeait souvent des pâtes.

C’est ce soir-là que notre relation a commencé à décliner : il a voulu savoir pourquoi je pleurais, je le lui ai expliqué, et il n’a pas du tout eu une réaction compréhensive.

L’explication, elle est simple : je suis une jeune salariée au SMIC, il termine ses études pour un métier qui rapporte beaucoup. Je vivais dans mon propre appartement que je louais, lui chez sa mère. Je faisais mes propres courses, lui n’avait qu’à mettre les pieds sous la table. J’avais un salaire mais des factures, lui, de l’argent de poche.

Je n’ai pas à me plaindre : j’ai énormément de chance. J’ai un travail à temps plein qui m’éclate, que j’ai trouvé avant même la fin de mes études. J’ai tellement le cul bordé de nouilles que c’est carrément des ramens qui s’amusent dans mon slip.

Une incompréhension mutuelle grandissante

Tout, à partir de ce moment, est parti en vrille. Ce soir-là, on ne s’est pas compris. Il m’a trouvée geignarde, complètement ingrate face à la chance énorme que j’avais eu dans la vie ; je l’ai trouvé pourri gâté et complètement intolérant. Je ne comprenais pas comment le mec que j’aimais pouvait à ce point ne pas saisir que c’est pas parce que t’as un job que tu ne peux pas avoir des problèmes de thune.

Il me méprisait en pensant que j’en rajoutais trois tonnes, s’est mis à me dire que je m’habillais « cheap », ne comprenait pas, quand j’ai eu besoin d’acheter un nouveau lit, que je choisisse le moins cher au détriment du confort, m’engueulait d’oser lui donner des conseils de gestion de stress pour ses études alors que je n’avais pas terminé les miennes (par choix)… De mon côté, je le méprisais parce que je trouvais qu’il était bien facile de l’ouvrir, quand on a jamais vécu de difficultés d’ordre pratique.

J’étais un peu jalouse : tout lui tombait tout cuit dans la bouche. Les études hors de prix, l’avenir tout tracé, le rôti du dimanche et les légumes du marché, tout. Je n’ai jamais, jamais manqué de rien, et je le répète, j’ai eu une chance énorme. Mais oui, vivre chez ses parents n’implique pas le même quotidien, les mêmes sacrifices que de vivre seule. Je dois me refuser des choses qui coûtent cher parce que la vie active veut ça, surtout au début. C’est simple à comprendre, non ?

Ça veut pas dire qu’on est sur la paille, ça signifie simplement qu’on ne doit pas céder au premier caprice venu. Je ne pouvais plus le suivre et j’étais angoissée qu’il me propose une activité que j’étais forcée de refuser. Parce que s’il n’avait pas compris pourquoi parfois, je manquais d’argent, cette situation allait se reproduire. S’il n’avait pas saisi un truc aussi simple, comment pourrait-il être toujours présent quand les vraies difficultés viendraient taper un jour à ma porte ?

Je me suis sentie seule et j’ai soudain eu l’impression de sortir avec un gosse, ou une princesse Disney. Je voulais lui dire que ouais, j’ai une vie géniale, mais ce n’est pas parce qu’elle géniale qu’elle est toujours facile. Mais j’ai décidé en me réveillant le lendemain de ne plus jamais essayer de lui faire comprendre la différence : la cassure était là. J’arrêtais déjà de partager mes pensées avec lui.

Le milieu social, une différence immuable

Après la soirée larmes et incompréhension, on s’est séparés une semaine pour mieux se retrouver pendant quelques temps. Il y a eu à nouveau quelques moments de grâce entre nous pendant quatre ou cinq mois, mais c’était fini : on avait compris qu’on ne pourrait jamais se comprendre sur tout. La magie était partie, pouf, d’un coup.

Mais les débuts de notre relation avaient été tellement dingues que j’ai essayé de m’accrocher, en essayant de ne pas remarquer qu’on s’éloignait chaque jour un peu plus. Il refusait de me voir le week-end pour réviser alors qu’il sortait avec ses potes. On n’avait plus d’échanges chaleureux. On se regardait de moins en moins dans les yeux pendant les relations sexuelles.

En bonne drama queen, je me suis écroulée mille fois en larmes aux toilettes quand je réalisais que le mec parfait du début était devenu un bon gros modèle de connard.

pretty woman scène du filmAu moins, le cul est un plaisir gratuit, même pour Edward Lewis.

En conclusion

Maintenant, c’est fini. Ça fait un mois que c’est fini, et je suis passée à autre chose. Je ne suis pas retombée amoureuse et je pense que l’overdose de sentiments du début ont mis la barre trop haute pour que je replonge avant longtemps. Mais j’ai « refait dans l’intimité » avec d’autres personnes, et ça me permet de ne pas perdre confiance en moi.

On n’a pas mis un terme à notre relation pour nos différences de milieux et de revenus, mais pour plein d’autres petits problèmes qui ont découlé, je crois, du moment où j’ai réalisé combien on était différents sur ces points. Je ne lui faisais plus confiance, je ne pouvais plus me confier à lui, et on s’est mis tout à coup suffisamment de barrières pour oublier tous les projets qu’on avait envie d’avoir à deux.

Et surtout, j’ai travaillé à salir cette histoire. Le processus pour se remettre d’aplomb après une rupture est tel que si on veut s’en sortir, souvent, on ne doit voir que le mauvais côté. Alors c’est ce que je fais.

Je m’imagine qu’il a peut-être été avec moi par intérêt, qu’il a peut-être été fasciné par le monde dans lequel j’évolue, ou qu’il est comme ça avec toutes les filles ; ou alors c’est pas lui que j’aimais, mais sa façon de m’aimer ; peut-être même qu’il me trompait tiens, après tout, pendant qu’on y est ?

C’est un peu triste, mais c’est mieux pour moi et il n’y a bien qu’à ma gueule que je pense désormais.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Krimsonne
    Krimsonne, Le 21 août 2015 à 18h28

    J'ai aussi vécu la situation inverse. Il était issu d'un milieu social relativement pauvre et avait grandi dans un endroit vraiment perdu, tandis que de mon côté j'ai la chance d'être issue d'une famille aisée et de n'avoir jamais manqué de rien. Par contre attention, je n'ai jamais été gâtée par mes parents, j'ai mérité tous les cadeaux que j'ai eus, je travaille tous les étés depuis mes 16 ans, bref je connais la valeur de l'argent et je ne réclame jamais rien à mes parents de plus que ce qu'ils me donnent. Lui, en revanche, a été pourri gâté par sa mère, sauf qu'il se retrouve vite limité par ce que ses parents veulent bien payer. Il est extrêmement centré sur lui-même, son plaisir, son bien-être, au détriment de celui des autres.

    Le gros souci c'est que pour lui, tous les gens aisés sont les mêmes, et il en a une idée toute faite bien ancrée dans sa tête. Comme je suis dans une école privée assez chère, il passait son temps à me dire que de toutes façons mon diplôme je l'aurai payé donc pas la peine de réviser (j'ai faillit rater mon année car pendant mes périodes d'examens il refusait de comprendre que j'avais moins de temps à lui consacrer, et se mettait à me faire du mal pour me punir. Il était persuadé que "je dois bosser" était une excuse pour ne pas le voir...), tandis que lui au moins est à la fac et que ça au moins c'est des vraies études. (je précise que c'est SA vision des choses et en aucun cas la mienne, je n'ai de préjugés sur personne !)
    En plus de ce genre de clichés, ce qui était fatigant à la longue c'était le manque cruel d'éducation. Il parlait très mal aux serveurs dans les restaurants, ne savait pas se tenir à table... pas besoin de jouer les gros snob pour autant, mais tenir ses couverts comme un enfant de 5 ans quand on en a 25... j'avais honte. Et c'est lourd d'avoir honte de la personne avec qui on est. C'est quand j'ai réalisé que j'avais réellement honte de lui en public que j'ai eu un déclic qui m'a fait me dire STOP.
    Cette relation n'aurait fonctionné en aucun cas au vu de nos personnalités et caractères incompatibles, mais je pense que nos éducations radicalement différentes n'ont vraiment pas aidé.

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