Eloge des boyfriends venus d’ailleurs

Jusqu’en 2008, j’ai eu des copains français. Ensuite, uniquement des aliens, allemands et danois. Cette décision tenait au départ à la logique : comme il se trouve que je vis à l’étranger, c’était normal que je sorte avec quelqu’un de mon pays d’accueil – et à vrai dire, ç’aurait été dommage de rater cet intéressant […]

Eloge des boyfriends venus d’ailleurs

Jusqu’en 2008, j’ai eu des copains français. Ensuite, uniquement des aliens, allemands et danois. Cette décision tenait au départ à la logique : comme il se trouve que je vis à l’étranger, c’était normal que je sorte avec quelqu’un de mon pays d’accueil – et à vrai dire, ç’aurait été dommage de rater cet intéressant aspect de l’expatriation. Puis j’ai compris qu’avoir un petit ami incapable de lire ce que j’écris me donnait une belle liberté de ton.

Je suis devenue militante, décidée à exclure tout francophone de ma vie sentimentale (ça va, ça laisse 5,8 milliards d’êtres humains). Et enfin j’ai découvert que l’herbe était vraiment plus verte ailleurs. Bon, ok, pas toujours plus verte, mais digne d’aller se pencher sérieusement sur le gazon des voisins.

Adieu, langue maternelle

Quand j’ai commencé à fréquenter des non-francophones, il a fallu que je me mette sérieusement à l’anglais (de quoi parler couramment), à l’allemand (de quoi communiquer), et au danois (pour l’instant, de quoi dire que je ne parle pas danois). Et là, double impact : non seulement en laissant tomber le français je suis devenue plus polie, alors qu’en vrai je parle comme une racaille, mais je me suis libérée. Les nouveaux mots n’ont pas d’histoire personnelle, rarement des connotations. Sexuellement parlant, c’est génial. Je peux tout demander sans aucune gêne. Parler anglais me permet d’aller à l’essentiel, et ça fait du bien.

Bonjour, univers !

Forcément, parler d’autres langues à la maison (« ach ja, ja, jaaaa ! ») permet de progresser plus rapidement qu’à raison de quatre heures par semaine à l’école (« hello, I am Maïa, do you play football ? »). Non seulement j’ai découvert que moi, la nulle en langues, je pouvais devenir à l’aise en six mois intensifs – mais maintenant que c’est fait, j’ai plus de facilités à aborder tous les étrangers, y compris ceux qui cherchent la tour Eiffel à Paris. De 200 millions de francophones, mon terrain de chasse est passé à… tous ceux qui parlent plus ou moins anglais ou allemand. Minimum 450 millions. Maximum… un milliard ? Deux ? Suffisamment, en tout cas :)

Adieu, râleurs

Soit j’ai une chance incroyable dans mes nouvelles relations, soit les mecs français méritent leur réputation de râleurs. Etant moi-même râleuse, je penche pour la dernière option. Notre culture de la plainte et des interminables insultes est très certainement charmante mais pour ma vie quotidienne, je préfère un copain heureux. Tiens, ça tombe bien, les Danois tiennent la quatrième place, en 2011, des peuples les plus heureux de la planète.

Bonjour, surprise !

Quand on sort avec quelqu’un de son pays, on peut immédiatement le classifier dans des petites catégories pratiques. On n’a pas forcément raison, mais c’est difficile d’échapper à nos clichés autant qu’à nos connaissances. Un Breton ? C’est parti pour les vannes sur l’alcoolisme. Un Parisien ? Râleur, comme je le disais. Du XVIe ? Tiens, un friqué. Un Toulousain ? Il va aimer faire la fête. On juge selon les études, l’origine sociale, la marque du tshirt. Avec un étranger, on manque des références culturelles qui mènent aux idées préconçues. Du coup on peut se laisser surprendre.

Adieu, engueulades

Un auteur dont j’ai complètement oublié le nom disait que l’expatriation revient à renoncer à son statut d’adulte : on ne comprend pas grand-chose à la politique, on ne vote plus, on laisse ses soucis derrière soi… Dans mon cas, je ne peux pas nier ces aspects. Or dans le cadre du couple, on trouve la même sérénité : quand ça colle, c’est parce qu’on est faits l’un pour l’autre. Quand ça coince, c’est la faute à la culture. Résultat : on se pardonne tout, on tolère mieux les différences même si parfois, elles sont dues à la personne plutôt qu’à une éducation différente. Parfait pour la stabilité. Et c’est prouvé, les couples biculturels tiennent mieux la route que les autres !

(Boooon allez j’admets. Ils ne sont pas SI mal, les Franchouillards. Juste, je passe mon tour.)

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 38 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Gandalf
    Gandalf, Le 15 décembre 2011 à 16h52

    Je suis sortie un an avec un Américain... et j'ai bien peur que l'expérience n'ait pour toujours transformé mon anglais scolaire en gros English Qui Tâche avec plein d'expressions moyennement élégante.

    En français, je cause comme un charretier. En anglais aussi. Et je ne parle même pas de l'allemand. Catastrophe.

    XD

    Sinon j'ai aussi eu des gros malentendus culturels... spéciale dédicace à ex-beau-papa qui m'a agressée verbalement : "MAIS POURQUOI VOUS AVEZ VOTE POUR CHIRAC HEIN, POURQUOI ??? LA GUERRE EN IRAQ C'EST IMPORTANT !!" (... euh, à l'aide...) "... heu mais en fait, je suppose que l'autre devait être pire..."

    On a rompu non pas parce qu'il état Américain, ou qu'il y avait la distance, mais juste parce qu'à un moment, je n'étais clairement plus sa priorité. Sa nouvelle priorité s'appelait Marie-Jeanne, et elle me déplaisait fortement !!! (le type à moitié endormi et avec les yeux rougis, non merci).

    Mais sinon le temps que ça a duré, c'était fun je dois dire.

Lire l'intégralité des 38 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)