C’est un amour de vacances

Raaah les joies et les tristesses de l'amour de vacances. Qui est tombée dans le panneau ?

C’est un amour de vacances

« C’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain, mais à laquelle on repense les yeux pleins de chagrin », disait le poète Christophe Rippert.

Rappelle toi de Marcello, le GO aérobic et aquagym, celui qui te faisait les yeux doux derrière le palmier du cour de tennis et qui t’embrassait en secret derrière la case Bigorneau. Son corps bronzé par des heures d’animation sous un soleil de plomb, son panama biscornu et son tatouage tribal sur l’épaule avait fini de retourner la crêpe qui te sert d’organe principal, et tu étais partie en lui promettant de lui écrire chaque semaine et de se revoir très vite, tu lui avais presque dit que tu l’aimais, mais tu te retenais.

Et puis une fois rentrée à Mitry-Les-Auberges, une fois les premières missives parfumées restées sans réponses, tu avais classé les photos de ton italien dans une boîte à chaussures, avec les autres souvenirs de ces vacances parfaites, ton pass all-inclusive et la boule à neige avec des dauphins dedans. C’était la rentrée, ou presque, et Georges-Emmanuel ton voisin rentrait lui aussi de son séjour ski nautique dans les gorges du Rotrou, remplaçant avec grâce et discrétion ton Marcello défaillant.

Je force un peu le trait, j’avoue, mais on est toutes ou presque passées par la case de l’amour de vacances, cette attraction chimique à réaction rapide qui nous parachute toutes dans un abîme profond de nunucherie et de nostalgie.

C’est peut-être parce qu’il fait beau et qu’on se sent plus jolies, c’est peut-être parce qu’on a moins de contraintes et qu’on se sent plus libre, mais l’été donne à nos baisers un goût spécifique, une saveur plus douce que d’habitude. C’est le moment où on se laisse aller plus facilement aux sentiments, tout en sachant pertinemment que notre crush du moment a une date de péremption précise.

Et puis c’est plus facile d’être romantique en été, j’ai l’impression, c’est presque naturel, les balades sur la plage la main dans la main et les yeux dans les yeux, les pique-niques champêtres et les siestes dans l’herbe, les descentes en kayak qui se finissent sous la douche, tout est fait pour nous faire succomber.

Et puis si tu ne tombes pas amoureuse de Jorge le beau palefrenier ou de Paul ton voisin de tente, rien ne t’empêche d’en profiter quand même. Être loin de ses repères habituels, loin de son groupe de potes et  de ses parents, ca décomplexe notre rapport à la sexualité et à l’idée que les autres peuvent se faire de nous.

Je ne prétends pas que la chaleur et l’éloignement transforment toutes les filles en serial-fuckeuses patentées, chacune a son rythme, son envie, ses convictions,  mais les rencontres de l’été nous permettent parfois de nous lâcher sans craindre  le regard ou le jugement de notre environnement. Elles nous permettent aussi de nous réinventer, nous n’avons plus à porter les étiquettes données par nos pairs toute l’année : l’étudiante sérieuse, la jeune femme dynamique, la timide de service. On oublie pour quelques semaines de jouer le rôle que l’on accepte de jouer le reste du temps, pour se découvrir parfois des talents cachés ou des pouvoirs de séductrice délaissés.

L’important finalement, dans ces histoires de cœur ou de cul qui ne durent qu’un temps, c’est de se protéger. Protéger sa santé, en enfilant des capotes à  chaque occasion donnée, bien sûr. Mais protéger son cœur et son esprit aussi. Ne pas se lancer corps et âme dans une histoire longue distance à 1500 kms avec ce charmant brun à qui on a seulement roulé trois pelles. Ne pas se laisser gâcher son séjour quand l’élu de nos tongs repart avant nous vers sa grise destinée. Ne pas surinvestir ce que l’on peut ressentir, garder les pieds bien ancrés dans le sable, et se souvenir d’être légère, de se laisser porter, de profiter sans attendre trop ou sans prévoir à l’avance ce qui pourrait se passer.

J’interdis formellement à toutes les madmoiZelles de se laisser gâcher leur été à cause d’un garçon ou d’une fille tout juste rencontré. Je me souviens d’avoir vu des amies se lamenter à l’ombre pendant des jours entiers en souvenir d’un mauvais amant ou d’une histoire déjà trop compliquée. Résultat : une belle déprime à traîner jusqu’à la rentrée.

Et puis il y a toutes ces histoires qu’on va vous raconter. Ce couple qui s’est connu adolescent en séjour sportif et qui est maintenant marié depuis dix ans. Ces amis qui correspondent par Internet toute l’année et qui ne se voient « en vrai » qu’un mois chaque année, mais qui sont pourtant les plus complices du monde. Cette copine qui s’est maquée avec son amour plagiste, et qui se tape 8 heures de train un week-end sur deux pour aller l’embrasser.

Oui, c’est vrai, ces gens là existent. Et ils sont certainement très heureux et très amoureux. Mais à quel prix ? Et surtout, comment savoir si notre amour de vacances a un potentiel au-delà de septembre ? Si vous envisagez de continuer votre histoire après votre départ, posez-vous les questions qui fâchent. Comment s’adaptera-t-il à votre vie ? S’entendra-t-il avec vos amis ? A combien de kilomètres habite-t-il ? Vos études ou vos jobs vous permettent-ils d’assurer la charge financière des allers-retours ?

Autant de réponses pragmatiques et ennuyeuses auxquelles il vous faudra répondre le plus honnêtement du monde si vous voulez avoir la chance de faire partie des happy fews sélectionnés pour un amour grande distance.

Qui ne tente rien n’a rien, dit la sagesse populaire, mais je préfère appliquer à l’été un autre dicton, moins conventionnel certes : si tu mets un morceau de bois dans le marigot, il ne deviendra jamais crocodile. Sans ce petit quelque chose en plus, sans cette respiration supplémentaire, on ne transforme pas une liaison boostée aux mojitos et au farniente en histoire d’amour pour toujours, même avec Skype et EasyJet.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jane. K.
    Jane. K., Le 26 juillet 2012 à 19h43

    Han, l'article qui ouvre les yeux [enfin je le savais deja hein]
    Une amourette d'été en deux semaines et une histoire qui n'en finie plus. En fait il a fallut mettre encore plus de distance entre nous deux pour que l'on passe définitivement a autre chose.
    Ouais bah ouais, 400 km de septembre a juin et pour les cinq années a venir 10 000km.
    Nooormal ahah

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