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Revues de films

Marie-Antoinette

01 déc 2005 40

Sortie en salles le 24 mai 2006
Réalisé par Sofia Coppola
Avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Asia Argento

L’autre jour, j’ai vu Alain Delon sur Canal, lors du Grand Journal en direct de Cannes. Denisot lui faisait remarquer qu’il avait été contacté par Sofia Coppola pour jouer le rôle de Louis XV, rôle que Delon avait refusé. Quand le présentateur lui a demandé pourquoi, Alain Delon a répondu : « Moi, je choisis de jouer dans des films qui sont bons et dont le scénario est bon. Quand j’ai vu la façon dont ils traitent l’histoire de Marie-Antoinette, j’ai compris que je n’étais qu’un prétexte pour faire passer la pilule auprès du public français ».

Cette phrase – et tout ce qu’elle peut incarner de « vieille France » (d’aucun dirait « vieille Rance ») – m’a chatouillé et je me suis dit que le film de la fifille à Francis pourrait bien faire toussoter nos vieux profs d’Histoire.

Jeune fille autrichienne recherche mari aimant

Marie-Antoinette raconte le parcours d’une jeune princesse autrichienne (Kirsten Dunst) se retrouvant à 15 ans propulsée bien malgré elle comme Dauphine de France, future Reine et femme d’un Louis XVI dont le regard ne s’éclaire que quand on lui cause serrures et clés. Tout un programme.

La Marie-Antoinette de Sofia Coppola est une jeune femme insouciante, voire inconsciente, profitant des plaisirs de la vie qui lui est offerte. Fêtes à gogo, shopping façon Pretty Woman du XVIIIème siècle, le champagne qui coule à flot, la miss dépense sans compter et noie la monotonie de sa vie dans des plaisirs superficiels.

Elle ignore tout du protocole (et quand elle dit « Mais c’est ridicule », on lui répond « C’est Versailles, Madame ! »), subit les affres et les cancans de la cour, est perçue comme une espionne autrichienne, n’arrive pas à décoincer ce gros nigaud de Louis XVI, plus occupé à baffrer et à chasser qu’à honorer la jolie blondinette. Ils mettront même des mois avant de consommer le mariage. La culpabilité et les critiques de son entourage (sa mère la pousse à enfanter au nom de l’Autriche, boudiou de boudiou) n’empêcheront pas Marie-Antoinette de toujours respecter le non-désir de son mari. Superficielle mais digne, la Marie-Antoinette.

Jusqu’au jour où le roi meurt et Louis XVI, à peine 20 ans, qui prévient de suite : « on est trop jeunes pour gouverner ». C’est d’autant plus lucide qu’il est introverti, pas leader pour deux centimes d’euros et incapable de prendre la moindre décision. Vingt ans plus tard, cette mollesse mènera le pays à la Révolution.

Sofia Coppola a décidé de ne pas tout montrer, le film s’arrêtant au moment où le Roi et son épouse quittent Versailles, sur une réplique toujours aussi nouille de Louis XVI. La fin, à la Lost In Translation, pourra paraître brutale et décevante sur le moment, mais avec le recul, je me dis que ce choix n’est pas forcément le mauvais.

Virez-moi ces clavecins !

L’autre point important du film : la musique. Mêlant musique classique, musique d’opéra, groupes des années 80 (New Order) et des plus récents (Phoenix notamment), Sofia Coppola offre ici sa vision du romantisme, remplaçant les clavecins par de la guitare électrique et les violons par une batterie en furie. Tu veux un scoop ? Ca fonctionne, en plus.

I am not a spy

La Marie-Antoinette mise en scène dans le film de Sofia Coppola n’est pas vraiment l’infâme espionne, la traîtresse du Royaume qu’on a voulu nous inculquer à l’école. La réalisatrice s’attarde plutôt sur ce personnage, magnifiquement interprété par Kirsten Dunst (bien bien meilleure qu’en Mary-Jane chez Spiderman, j’ai trouvé), sur ses errements, ses prises de tête, sa jeunesse, ses amours.

Bien sûr, les Français qui aiment leur bon pays pourront crier au scandale sur plusieurs points : le film remanie-t-il ce qu’il s’est vraiment passé ou pas, pourquoi n’y a-t-il pas plus d’acteurs français et pourquoi les Américains viennent nous « piller » notre Histoire de France. On leur rétorquera que du point de vue historique, le film est inspiré du livre d’Antonia Fraser. Evelyne Lever, historienne spécialiste de la Reine, était présente sur le tournage pour offrir une caution historique au film.

Après, on pourra dire que tout ça n’était pas « vrai ». Oui, c’est juste une interprétation. D’ailleurs, il est difficile de « raconter » des choses sans les interpréter. C’est vrai pour tout. Après, est-ce pour autant la « vérité vraie » ? Comme dirait Mulder et Scully, « la vérité est ailleurs ». C’est à dire partout et nulle part en même temps. Haha, si ça, c’est pas de la conclusion…

Photos © Sony Pictures Entertainment

Les Commentaires
40

Avatar de Angelin
27 février 2007 à 20h10
Angelin
*Dix ans plus tard parce qu'elle a cliqué sur le lien des oscars*

Si Miss Coppola avait voulu dépeindre une ambiance "d'époque", il aurait fallu qu'elle ajoute un peu de crasse à cette société mondaine où l'on se lavait fort peu...

M'fin c'est juste mon avis. Moi ce film m'a donné envie de m'offrir des Converses et de manger des macarons (ce que j'avais fait en sortant du cinoche, d'ailleurs...)
0
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