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Revues de films

« La Rafle », de Roselyn Bosch

12 mar 2010

Comment vais-je te convaincre en moins de 5 minutes d’aller voir La Rafle, le film de Roselyn Bosch sur la tristement célèbre Rafle du Vel’ d’Hiv’ ?

Pour commencer, je te dirai que Roselyn Bosch (c’est un drôle de nom d’ailleurs, non ?) signe avec ce film un drame bouleversant qui risque fort de te faire pleurer et de te laisser bouche bée jusqu’à ce que tu tombes sur le clip de David Hallyday et Laura Smet en rentrant chez toi (bah ouais, quand même, faut pas déconner : on est obligé de reprendre ses esprits quand on voit ça).

Parfois un peu plat et gentillet (merci les dialogues beaucoup trop convenus et la mise en scène tout sauf audacieuse – excepté peut-être pour la reconstitution du Vel d’Hiv), le film reste néanmoins très juste dans ses scènes les plus fortes. Ni ridicule ni insoutenable mais plutôt sensible et douloureux. Sans aller jusqu’à montrer les camps d’extermination, La Rafle réussit parfaitement à nous dépeindre l’horreur vécue par les victimes des nazis. C’est un de ces films qui te laissent avec une profonde tristesse et la sensation d’être complètement vidé.

La Rafle, un film de Roselyn Bosch

La Rafle, un film de Roselyn Bosch

Pour continuer ma petite propagande, j’avouerai La Rafle est certes un « énième » film sur la déportation des Juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale (et qui, pour certains, contribue à occulter les génocides d’hier et d’aujourd’hui) mais que son intérêt premier est d’expliquer et d’informer le public sur un événement précis. Oui oui oui, c’est ENCORE un film sur ce sujet mais ici, c’est la rafle du Vel’ d’Hiv qu’on décortique.

Alors OK, on en a tous entendu parler au moins une fois (souviens-toi de tes cours d’histoire où tu dévorais ton livre pendant que tes copines Cindy et Rebecca se faisaient les ongles) mais il s’agit ici de l’étudier en détails : sa cause, sa mise en place, ses conséquences…

Des discussions de Pétain et Laval aux familles arrachées de leurs lits et parquées comme des animaux en passant par les négociations entre la police française et les nazis ou bien encore Hitler qui fait griller des petites saucisses dans son nid d’aigle, Roselyn Bosch nous donne de vraies infos historiques sur le darkside du French gouvernement during la Guerre.

Impossible de ne pas ressentir de dégoût et de honte face à ce film. Faut l’avouer : pas de quoi être fier d’avoir coopéré « gracieusement » avec les nazis. A noter que la responsabilité de la France dans la Shoah n’a été reconnue qu’en 1995 par Chirac…

"Laissez-les moi, laissez les moi !" Obélix à propos des Romains

"Laissez-les moi, laissez les moi !" Obélix à propos des Romains

Enfin, pour finir, je te dirai que le film possède un casting (m’as-tu-vu) appréciable : Gad Elmaleh, en père de famille, fait ce qu’il peut pour être crédible, Jean Reno fait du Jean Reno mais Mélanie Laurent en infirmière dévouée est splendide. Ca faisait longtemps que l’on n’avait pas vu l’actrice dans un rôle aussi fort et beau. Si tu la jalouses depuis Je vais bien, ne t’en fais pas, tu vas avoir envie de la tuer avec La Rafle.

Et puis bien sûr, le coup de grâce : les enfants du film sont à croquer. Le jeune Hugo Leverdez qui incarne Joseph Weismann, un des seuls rescapés, est un petit blondinet qu’on a envie de voir grandir vite, très vite, tout comme les jumeaux interprètes du petit Nono, le personnage qui reflète le mieux l’incompréhension de l’époque (qu’il est beau, qu’il est chou, qu’on a envie de le serrer dans nos bras).

Mélanie Laurent avait jusqu'à présent un faible pour les hommes plus âgés...

Mélanie Laurent avait jusqu'à présent un faible pour les hommes plus âgés…

Voilà. Si avec tout ça tu n’as toujours pas envie d’aller voir La Rafle, et bien sache qu’en plus de rater un cours d’histoire, tu rates aussi un grand moment d’émotion. Un film à voir plus pour le fond que la forme, certes, mais à voir, inévitablement. Ça fait parti de « la mode devoir de mémoire » !

Les Commentaires
14

Avatar de Zelande
28 mars 2010 à 14h25
Zelande
Je mets en spoiler pour celles qui ne l'ont pas vu :
Le film ne va pas au fond du problème, on voit Pétain préparer l'envoi des enfants dans les camps mais j'ai trouvé que c'était assez survolé malgré les nombreuses scènes traitant du sujet, on voit - ohmondieu - UNE commerçante française antisémite, et tout cela est presque occulté par :
- tous les français résistants qui remettent la commerçante à sa place (pas sûre que c'était vraiment du 1 contre 10 à l'époque)
- aucun mort (juste une au début) pendant le film : je me disais bien que c'était bizarre que le film soit "tout public".... C'est sans doute un choix justifiable mais je trouve ça assez bisounours pour un film qui traite de ce sujet ?
- des moments gentillets et niais qui viennent amenuiser l'horreur de la situation, bon...
Le gouvernement ne m'a pas donné une impression d'antisémitisme, plus une impression de "bon bah ce serait plus pratique si on envoyait les enfants avec"... Je trouve qu'il aurait fallu beaucoup plus appuyer la lourde question de la culpabilité des français, qui est certes soulevée ici, mais pas franchement non plus super assumée vu que pour un coupable on envoie 20 gentils français résistants... Les flics en prennent certes plein la tronche mais étaient-ils les seuls coupables à l'époque ? Oui ce sont eux qui ont raflé les juifs, mais franchement ?

Voilà, mon avis n'est sans doute pas celui de beaucoup de gens, une amie sur FB avait l'air visiblement super vexée que j'apporte une critique au film mais bon.. Moi je trouve que c'est un beau film plein de bons sentiments qui a le mérite de traiter d'un sujet jamais traité au cinéma, mais qui ne représente pas forcément l'atrocité de l'histoire. C'est une histoire dans l'Histoire, et moi j'aurais voulu encore un peu plus de prise de conscience de la réalité, pas qu'une simple représentation de l'horreur que cela a représenté pour des familles telles que celle qu'on suit dans le film.

Désolée de citer à nouveau ce message, mais il me semble refléter ce que j'ai pensé du film. Point par point.
Je suis le genre de filles qui pleurent beaucoup devant un film, parfois même une comédie (surtout romantique, en fait), et là j'en avais mal aux yeux à force d'avoir ces saletés de larmes qui ont lavé mes yeux (ça faisait un moment que j'attendais de pleurer... les études, les études !).
J'ai été prise par Mélanie Laurent, captivée par Jean Reno et incroyablement amoureuse (pendant quelques dixièmes de seconde) de celui qui joue Joseph. Et puis non, tout le long du truc, je l'ai trouvé adorable. Pareil pour Nono, tu as juste envie de lui faire un câlin...
Cette incursion dans ces familles permet de montrer l'Histoire. C'est une manière comme une autre de s'intéresser à un contexte difficile qu'est celui des Juifs dans la France de Vichy.
Si vous pouvez aller le voir, je vous le conseille.
Il fait réfléchir. [Je ne suis pas française, mais je pense que mon peuple a fait des choses pas très belles non plus.] Il m'a permis de relativiser.
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