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Emilie, 22 ans, veut travailler dans l'humanitaire

Missa-malabar a posé quelques questions à Emilie, un petit bout de femme tournée vers le monde et vers les autres.

Par missa-malabar, 20 ans, le 21 avril 2008
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Mes nombreuses heures passées à zoner sur le net n’auront pas servi à rien. Il y a un peu plus de deux ans, je suis tombée sur le blog d'Emy : un mix de photos du bout du monde, de discours de Martin Luther King et d’écrits pleins de convictions. Interview d'un petit bout de femme tournée vers le monde et vers les autres.

madmoiZelle.com : Emy6938, qui es-tu réellement ?
Emilie : Emilie, 22 ans depuis le 17 avril exactement. Je vis à Lyon pour mes études. Je suis à l’Ecole Internationale de Commerce et de Développement 3A, en quatrième année (quatrième et dernière !). C’est une école qui va me permettre de bosser dans le commerce, mais également dans tout ce qui touche le développement (durable), l’humanitaire, le commerce équitable et la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). L’année prochaine, j’aimerais entrer en Master 2 pour me perfectionner avant de rejoindre le monde du travail.
Côté loisirs, j'aime particulièrement voyager ! J’ai déjà fait Bamako au Mali et Belfast en Irlande en stage, ainsi que d’autres endroits pour les vacances. Je fais aussi du bénévolat, une fois par semaine dans un foyer pour SDF et demandeurs d’asile, ce qui m’apporte beaucoup.

madmoiZelle.com : Pourquoi as-tu choisi cette école ? Comment es-tu parvenu à cette orientation ?
Emilie : J’ai fait un bac ES, au début un peu par élimination : j'étais trop nulle dans les matières scientifiques pour S, et L ça me plaisait moyen. Finalement j’ai beaucoup cette première approche de l’économie. Mais c’est surtout ce qui avait attrait au social qui me bottait ! En terminale, ne sachant toujours pas quoi faire, je me suis mise à parcourir les livres sur les métiers, les études supérieures… Et j’ai vu une publicité pour cette école. Je suis allée voir leur site internet et ça a tout de suite été le coup de foudre : je savais que c’était ce que je voulais. L'école est particulièrement tournée vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine (je suis depuis toute petite passionnée par le continent africain). J’ai donc passée le concours d’entrée (et celui d’autres écoles au cas où…) et j’ai été reçue. Le bonheur : pour moi c’était l’école de mes rêves et aujourd’hui je ne le regrette pas du tout !

madmoiZelle.com : Dans le cadre de tes études tu as du réaliser des stages, peux-tu nous en dire davantage ?
Emilie : Nous avons un stage à faire chaque année, la durée du stage augmentant avec les années. On choisit toujours le lieu, si on veut travailler dans une entreprise, une organisation internationale ou une association. On est vraiment libre, cela permet à chacun de choisir en fonction de ses attentes et de son projet professionnel.
Moi j’ai fait mon premier stage à Lyon, dans un foyer pour SDF et demandeurs d’asile qui ouvre pendant la période de grand froid (novembre à avril). C’est ce qui m’a permis de mettre un pied dans le monde associatif.
La seconde année, j’ai décidé de me tourner vers l’humanitaire à l’étranger, et je suis partie au Mali. A Bamako, j’étais l’assistante du coordinateur de programme, et nous (une équipe de français et de maliens) bossions sur la réinsertion des enfants des rues. Ce fut une expérience absolument géniale, passionnante et qui m’a transformée. Je suis revenue changée et sûre et certaine que c’était ce que je voulais faire !
L’année dernière, je suis partie en Irlande, à Belfast, car il fallait que j’améliore mon anglais d’urgence ! J’ai travaillé au département commerce équitable de l’ONG Oxfam. Je m’occupais de gérer les commandes, les stocks, voir pour de nouveaux produits…Ca m’a permis de voir le fonctionnement du commerce équitable dans un pays où il est très développé.
Enfin, cette année je serai de début mai à fin juin chez Handicap International à Lyon, où je travaillerai au département Partenariat entreprises, pour essayer de développer au maximum les partenariats entre l’ONG et les sociétés.

madmoiZelle.com : Quelle expérience t’a le plus intéressé ?
Emilie : Le Mali ! J’ai réalisé une partie de mon rêve en allant là-bas, et j’ai vraiment vécu une expérience extraordinaire. J’y ai appris beaucoup de choses, tant au niveau professionnel que personnel. J’y ai trouvé des amis, une famille… Et j’espère y retourner un jour, le plus rapidement possible.

madmoiZelle.com : Tu y as fait des rencontres particulières ? Peut être une anecdote à nous raconter ?
Emilie : Pas de rencontre amoureuse. A l'époque, j'étais déjà avec celui qui partage ma vie aujourd’hui (et je glisse au passage que j'ai énormément de chance qu'il respecte mes choix et m'encourage à réaliser mes rêves, même si ça signifie des séparations parfois longues pour nous deux). Mais de grandes amitiés : oui. J'ai vraiment rencontré des gens formidables, le coeur sur la main, et le retour à la vie française a été super dur.
Sinon pour les anecdotes, j'en aurais des milliers : la différence de culture, de religion... fait que parfois tu fais des gaffes, heureusement vite rattrapée. Par exemple, une fois, j'ai bu mon thé de la main gauche (chose qui ne se fait pas du tout là-bas puisque le pays est musulman et que, dans cette religion, cette main est impure) sous le regard horrifié d'un enfant, j'ai ensuite vite compris comment ça fonctionnait...

madmoiZelle.com : Tu travaillais dans la réinsertion d’enfants des rues. Tu as certainement du voir des situations difficiles. Comment l'as-tu géré ?
Emilie : J'ai été tout de suite mise dans le bain. Le premier jour je me suis retrouvée au commissariat de police pour essayer de faire sortir un enfant de notre centre qui se trouvait en prison pour un vol de portable. Nous avons pu avoir une entrevue avec la commissaire qui a fait venir l'enfant dans son bureau. Celui-ci a fini par nous raconter son histoire, pourquoi il s'était enfui de chez lui, que son père le battait, peut-être même abusait de lui... Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour retenir mes larmes.
Au quotidien, j'ai vu des enfants adorables, pleins de ressources, qui voulaient s'en sortir mais qui étaient dans la rue et se droguaient souvent pour le supporter... C'est pas toujours facile, mais on arrive à se blinder pour tenir. On essayait de les réinsérer, autant au niveau professionnel que familial.

madmoiZelle.com : Finalement si j'ai bien compris tu te destines plus à l'humanitaire qu'au commerce ?
Emilie : Oui, voilà. Je souhaite intégrer une ONG à la fin de mes études, mais je ne sais pas encore si je travaillerai dans l'humanitaire (c'est-à-dire surtout dans l'urgence : catastrophes naturelles, guerres...) ou le développement (sur le long terme). En fait, j'aimerais être responsable de desk, c'est-à-dire être la spécialiste d'une zone et donc m'occuper de la gestion (humaine, financière, etc.) des programmes de la zoneen question. La responsable de desk fait le lien entre le terrain et le siège : elle travaille au siège et va sur le terrain de temps en temps. Cela me permettrait de concilier vie professionnelle et familiale.

madmoiZelle.com : Quel est ton point de vue sur l'implication des jeunes dans l'humanitaire, l’associatif, etc ?
Emilie : On me dit souvent que je suis beaucoup impliquée, que c'est bien... Mais pour moi c'est quelque chose de naturel. Je crois que j'ai toujours été comme ça, grâce à l'éducation que mes parents m'ont donné et j'ai peut être aussi été influencée par l'adoption de mon petit frère (il vient de Haïti). Enfin c'est ce qu'on me dit, moi j'ai encore du mal à définir pourquoi je fais tout ça.
C'est vrai que je trouve que les gens, pas forcement les jeunes, sont peu impliqués dans le social, et sont vraiment très individualistes (impression renforcée depuis mon séjour africain). Mais je ne veux pas les juger. Pour moi c'est facile de donner aux autres, sachant que je n'ai jamais manqué de rien. Mais quand on vient de milieux plus difficile, on pense d'abord à s'épanouir et à s’en sortir plutôt qu'à aider les autres.
Une autre chose qui m’étonne parfois quand je rencontre des gens qui veulent travailler dans l'humanitaire, c'est que beaucoup veulent seulement partir à l'étranger, pour aider l'Afrique, l'Asie... C'est dommage car il y a aussi beaucoup à faire au coin de la rue !

madmoiZelle.com : Aurais-tu un message à faire passer aux madmoiZelles qui seraient intéressées par l'humanitaire ?
Emilie : Même si ce n'est pas encore mon métier, je peux dire grâce à mes expériences que c'est une voie formidable, qui permet de faire de superbes rencontres, de s'enrichir énormément, de s'épanouir, de découvrir d'autres cultures... Mais je pense qu'il ne faut pas s'engager dedans de manière anodine.
Aujourd'hui, les ONG demandent de plus en plus de professionnels et les places sont chères. Ils essayent d'éviter l'effet "arche de zoé" et, comme pour tout, on ne s'improvise pas humanitaire : il faut travailler. Mais pour moi ça en vaut vraiment la peine ! Et comme tout métier où le travail de fait à l'international, c'est difficile de concilier vie professionnelle et familiale.
En tout cas les mads, si vous êtes intéressées, allez-y ! Que ce soit en plus de l’école (bénévolat) ou pour en faire un métier, il y a plein de structures qui ont besoin de vous et qui n’attendent que ça !

madmoiZelle.com : Merci Emilie et bonne chance pour tes projets !

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