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Celui qui a invité ses potes à notre premier rendez-vous

En janvier 2004, j'ai rencontré l'homme de ma vie. Mais le prince est très vite devenu un vilan crapaud n'ignorant rien aux règles de la goujaterie.

Par Celui qui, 2009 ans, le 12 avril 2007
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En janvier 2004, j'ai rencontré l'homme de ma vie. Il n'était pas bien grand, mais avait un joli sourire et des yeux bruns malicieux qui rattrapaient ça. Il avait une conversation agréable et était fan d'opéra. Bref, il avait des petits airs de prince presque charmant. Mais le prince n'ignorant rien des règles du savoir-vivre est devenu un vilain crapaud n'ignorant rien des règles de la goujaterie dès le premier rendez-vous.

Nous nous étions rencontrés à la faveur d'une soirée entre copains, une sorte de surboum pour adultes, avec de la musique qui bouge mais aussi des danses collés-serrés. Il avait beaucoup aimé ma minijupe et mon sourire, j'avais beaucoup apprécié sa façon de me regarder et sa dragouille toute en douceur. On s'était un peu cherché sans vraiment se trouver, parce que nous n'avions pas franchement envie. Pas tout de suite, pas si vite...

En revanche, il y eût bien le minimum syndical de la drague du samedi soir, l'échange de numéro. Le lundi matin, il m'appelait. Il ne m'avait pas menti, il était réellement fan d'opéra et me proposait d'aller ensemble à la représentation d'une oeuvre de Donizetti le soir-même. Un instant d'hésitation pour me faire désirer, et j'acceptais notre premier rendez-vous, en me demandant intérieurement, mi-amusée mi-séduite, ce qu'on pouvait faire de plus romantique-cliché qu'un rencard à l'opéra.

Le soir-même, on se retrouve, un peu gênés, mais pas tant que ça. Je suis impatiente de savoir comment la soirée va se terminer. J'ai rapidement un aperçu de l'issue possible, quelques minutes plus tard, lorsque je vois débarquer deux minets, que j'avais également croisés à la soirée, les copains de longue date de mon potentiel futur amoureux. "Ah, vous êtes là !" a-t-il alors dit d'un ton tellement neutre que je n'arrive toujours pas à savoir si cette entrée magistrale avait réellement été planifiée ou non. En même temps, la coïncidence est trop grosse, il ne peut pas ne pas leur avoir proposé volontairement et explicitement de venir : il avait invité ses potes à notre premier rendez-vous. Je restais bouche-bée, estomaquée, je n'avais même pas idée que ça pouvait se faire...

Faire contre mauvais fortune bon coeur, certes. Le problème, c'est que je ne connais encore que peu le jeune homme. Que je suis alors (encore, mais plus pour longtemps) une petite jeune fille timide facilement impressionnable. Qu'en tête-à-tête, j'assure à peu près correctement, mais qu'au milieu d'un groupe d'inconnus (qui, eux, se connaissent), je me sens aussi intéressante qu'un oursin, les piquants en moins. Je sens que je me ratatine un peu sur moi-même, puis beaucoup.

Et je reprends le dessus : après tout, c'est un premier rencard, il faut que j'assure, je veux le réussir. J'essaie de parler, de ne pas faire mon escargot recroquevillé dans sa coquille. Mais la tâche s'avère rapidement difficile, étant donné que les deux compères entraînent mon de moins en moins potentiel futur amoureux vers des sujets de conversation aussi barbants qu'éloignés de mes préoccupations : les derniers outils informatiques de gestion comptable (un truc dans le genre), le passage en revue de tous leurs potes communs depuis la maternelle (tous inconnus chez moi), les performances de sa nouvelle voiture (en comparaison avec son ancienne, bien sûr)...

Je rame toute seule dans mon coin pour essayer de sortir un mot de temps en temps, fulminant intérieureurement d'une telle démonstration d'indifférence, d'incompréhension et de goujaterie, en contraste plus que net avec son comportement de gentleman qui avait prévalu jusqu'alors.

Après ce moment qui avait plus représenté pour moi une épreuve insoutenable qu'un instant de partage et de séduction, je n'avais plus qu'une envie : partir, rentrer chez moi, me blottir sous ma couette et papoter de trucs INTERESSANTS avec ma coloc. Quand il m'a proposé de "les accompagner pour dîner", j'ai définitivement compris qu'il m'avait conviée à une retrouvaille amicale et non à un rencard. Je n'étais qu'une pièce rapportée. Et les retrouvailles amicales, je les préfère avec mes copains, parce que eux savent parler de choses qui me concernent. Non seulement, j'étais un peu blessée dans mon amour propre, mais je m'étais surtout emmerdée toute la soirée.

Bizarrement, il s'est vexé que j'aie refusé de me joindre à eux, et je n'ai plus jamais entendu parler de lui autrement que par nos quelques amis communs. J'ai cru comprendre que je n'étais pas entrée dans son top 5 des nanas les plus rencardables. S'il écrivait un Guide Michelin de la drague, je pense que je pourrais d'ores et déjà entrer dans les ordres pour consacrer mon célibat éternel. Je n'ai qu'une chose à lui dire : à qui la faute ?

En janvier 2004, j'ai rencontré l'homme de ma vie. Ca a été plus que bref entre nous et je pense que nous n'en gardons ni l'un ni l'autre un bon souvenir. Je le revois dans trois jours et autant vous dire que j'ai les chocottes. Je sens qu'une fois en face de lui, je vais perdre toute ma belle assurance gagnée à la force du poignet depuis ce rencard foireux. Retour vers le futur, c'est pour bientôt !

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