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Brassens, à la vie à la mort

Un petit portrait iconoclaste de Georges Brassens. Et oui, Mademoiselle Coco n'aime pas le monsieur, mais elle a de bonnes raisons (si si !).

Par Mademoiselle Coco, 24 ans, le 26 octobre 2006
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La France commence à s'émouvoir et le sanglot collectif guette. Non, je ne parle pas du nouvel album de Joey Starr retiré de la vente (mais le lien entre les deux n'est pas inexistant, si vous êtes bien renseignées) mais du 25ème anniversaire de la mort de Georges Brassens. Que ce soit bien clair : vous pleurerez tous sans moi. Parce MOI, Brassens, il m'insupporte. Mais j'ai de bonnes raisons.

Quand j'étais petite, il y avait une lutte intestine qui faisait rage dans la famille dès qu'on partait en vacances : on met la cassette de Papa ou la cassette de Maman dans l'autoradio ? Notre choix déterminait l'ambiance musicale des 5 heures de trajet qui nous séparait de la libération, l'arrivée chez mes grands-parents. Autant dire qu'il y avait de l'enjeu dans ce débat a priori anodin.

A ma gauche, Papa et son idole invétérée, Brassens dans toute sa splendeur, le gratouilleux avec sa voix bizarre qui raconte des trucs que je ne comprends pas. A ma droite, Maman et les tubes yéyé de sa jeunesse, Sheila et Françoise Hardy, qui racontaient des trucs de filles sur des musiques entraînantes. Rapidement, mon choix a été fait entre les deux et il n'a jamais changé par la suite.

Néanmoins, l'influence paternelle était forte sur ma soeur et on arrivait immanquablement au 2 contre 2 (d'où l'intérêt d'encourager le troisièlme enfant par la politique familiale). On finissait toujours par faire l'aller avec Brassens et le retour avec Salut les copains.

De cette période date ma haine viscérale pour Brassens, pour ses "tougoudougoudou" descendants à la guitare (genre fontaine de notes artistique), sa façon insupportable de rouler les rrrrrrrrr (c'est du patois ?), son air de ne jamais être en rythme (il n'a jamais fait la Starak ou quoi ?), ses paroles moyenâgeuses (franchement, qui a envie d'emballer sur A l'ombre du coeur de ma mie ?), ses héroïnes au nom empoussiéré qui casse le romantisme (Fernande, Germaine, Marinette...). Enfin bref, j'ai toujours vu Brassens comme quelqu'un d'un autre âge, avec qui je ne pourrais jamais me réconcilier.

Et puis dans ma période rebelle, Sinsemilia a fait sa reprise de La mauvaise réputation et j'ai adoré faire enrager mon père en l'écoutant très fort dans ma chambre, jusqu'au moment où il me rejoignait avec un air tellement peiné de voir la musique de sa jeunesse ainsi défigurée qu'il me faisait pitié. Avec cette reprise, j'ai commencé à penser que Brassens n'était peut-être pas si ringard que ça. En toute honnêteté, et avec quelques années en plus, j'ai écouté ses paroles - que je connaissais pourtant par coeur - avec une oreille neuve. Et j'ai admis qu'il fallait du cran pour chanter Le gorille ou S'faire enculer avant mai 68, et même un peu après.

Aujourd'hui, bizarrement, j'ai une pointe de nostalgie enfantine, de mélancolie irrépressible quand j'entends Brassens, sans toutefois pouvoir mettre de côté ma petite pointe d'irritation. Je n'aime toujours pas sa musique, mais j'admire le bonhomme qui accompagne toujours mes rares voyages dans la voiture familiale. Les trajets sont d'ailleurs maintenant mono-musicalisés depuis que Maman a arrêté de lutter pour les yéyés et que Papa détient le monopole de la DJ-isation de la voiture...

Bref, Georges est pour moi comme un vieux doudou qui gratte et qui sent mauvais : on ne peut plus le supporter, mais qu'est-ce qu'on serait malheureux s'il n'avait jamais existé !

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