« Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures », Apichatpong Weerasethakul

Voilà une Palme d’or qui avait beaucoup fait sourire. Le nom imprononçable du réalisateur thaïlandais faisait drôlement écho à celui tout aussi compliqué d’un certain volcan islandais dont on avait beaucoup parlé peu de temps auparavant.  Plus sérieusement, le choix du jury présidé par Tim Burton était loin de faire l’unanimité, surtout une année où […]

Voilà une Palme d’or qui avait beaucoup fait sourire. Le nom imprononçable du réalisateur thaïlandais faisait drôlement écho à celui tout aussi compliqué d’un certain volcan islandais dont on avait beaucoup parlé peu de temps auparavant.  Plus sérieusement, le choix du jury présidé par Tim Burton était loin de faire l’unanimité, surtout une année où la France pensait tenir un candidat digne de la consécration, toute compétition finit par devenir nationaliste, le choix d’un outsider asiatique avait fait mal.

Et puis surtout avait resurgi l’éternel débat autour de la critique qui serait totalement déconnectée du public et encenserait des films à l’avenir commercial pour le moins incertain. C’est vrai qu‘Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, n’est pas un film grand public, c’est sûr. Ce film est véritablement singulier, unique en son genre, et pour cette raison il ne peut être accepté par tous, malheureusement. Je ne crois pas que cela soit une raison suffisante pour l’empêcher d’exister et surtout pour empêcher ceux qui ont su apprécier cette singularité de lui remettre un prix qu’il a bien mérité.

Dans ce film, le thaïlandais Apichatpong Weerasethakul explore les limites entre la vie et l’au-delà, la réalité et le rêve, le présent et le souvenir. Les moments se suivent, les altérations entre une scène et l’autre sont presque imperceptibles et pourtant elles nous font à chaque fois basculer dans un autre degré de réalité. Il est difficile de décrire plus précisément le film sans donner l’impression qu’il s’agit encore d’un film d’auteur barbant, ce que certains critiques ont pu dire d’ailleurs. C’est que le film est proprement asiatique, il illustre une façon de percevoir le monde qui nous est totalement étrangère et à laquelle il peut être difficile d’adhérer mais qui dans tous les cas est fascinante. Le montage n’a rien d’occidental non plus, les plans sont longs, fixes, bien loin des habitudes européennes et encore plus de celles américaines d’efficacité et de rapidité. Toute la première bobine du film tiens en à peu près trois plans dans lesquels il ne se passe rien, ou si peu. Ce n’est même plus un style contemplatif, c’est tout simplement un rythme qui nous est totalement étranger.

uncle boonmee

Pourtant il y a des perturbations dans cette allure générale : les yeux rouges fixant les spectateurs dans le noir, une princesse s’accouplant avec un poisson, une longue descente vers une grotte filmée en caméra subjective, des photos de soldats heureux. Autant de soubresauts qui troublent la tranquillité apparente du film et son rythme traînant et languissant. Ce qui demeure imperturbable, c’est le jeu des acteurs, la musique du thaïlandais qui participent au rythme si étrange du film.

Car c’est vraiment un film étrange, il n’y a pas d’autres mots. Il n’y a presque pas de mots pour décrire l’univers si particulier dans lequel il nous transporte. Il est rare qu’un film emmène son spectateur si loin, ce n’est pas seulement la Thaïlande et l’exotisme asiatique, c’est un monde crée par Apichatong Weerasethakul dans lequel on se perd, on s’oublie, on est happé par le film et sa beauté. Les presque 2 heures de film sont un état de grâce unique et inoubliable. C’est une vraie chance (pour nous) que le jury cannois ait donné une chance à ce film d’être vu, même s’il n’aura pas le succès d’un Inception ou d’un Avatar, certains films et certains prix ne sont pas non plus là pour ça.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Karbankoojay
    Karbankoojay, Le 16 septembre 2010 à 12h44

    Queen Bitch;1743568
    :Pff::vex:

    Roooh :langue:

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