Que vaut « Ma vie avec John F. Donovan », le film le plus intime de Xavier Dolan ?

John et Rupert sont les alter-égos fictifs de Xavier Dolan dans le très intime Ma vie avec John F. Donovan. Un film triste mais lumineux qui explore les obsessions de son créateur.

Que vaut « Ma vie avec John F. Donovan », le film le plus intime de Xavier Dolan ?

Avant d’être journaliste, je passais mes dimanches matins au fond des salles de cinéma.

Voir et revoir Ma vie avec John F. Donovan

J’aimais me réveiller devant des romances sirupeuses, des maisons hantées et autres vaisseaux-spatiaux.

Mais depuis que le cinéma fait partie intégrante de mes semaines de boulot, j’avoue délaisser les salles obscures le week-end, leur préférant largement la tiédeur de mon lit ou un bon brunch en terrasse.

Certains films pourtant me font regretter la période toute douce des réveils cinéma. 

J’ai beau par exemple avoir vu Ma vie avec John F. Donovan mercredi dernier, je le reverrai sûrement dimanche matin, dans une salle encore pleine du silence qui succède à la nuit.

Je m’étirerai avec Dolan, prête de nouveau à tout recevoir de ses confidences. Ça tombe bien, dimanche c’est le jour de la messe, et de confesse.

Alors à table Xavier.

Ma vie avec John F. Donovan, les confidences épistolaires de Dolan

Si tu lis ces colonnes, tu sais que j’aime à la folie le petit prodige québécois.

Pas très original, puisque le monde entier lui voue déjà un culte.

Mais tant pis, je veux bien faire dans le conformisme, quand c’est pour la bonne cause.

J’ai tout aimé de Dolan. Tout, à l’exception de Juste la fin du monde, que j’ai trouvé prétentieux et futile.

Le reste m’a éblouie, et Ma vie avec John F. Donovan ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

De quoi ça parle, Ma vie avec John F. Donovan ?

D’une star du cinéma qui entretient une relation épistolaire avec un jeune garçon, lui aussi acteur à son petit niveau.

Privé d’amitiés sincères au royaume des faux-semblants, John F. Donovan (Kit Harington) dévoile tout de ses penchants sexuels, de ses mensonges et de ses doutes, dans des lettres censées rester privées. 

Les deux hommes, que les années séparent mais que les inquiétudes et la passion rassemblent, se livrent l’un l’autre dans une longue correspondance.

C’est au travers de ces lettres que John se confesse.

Le jeune garçon (incarné par le parfait Jacob Tremblay) reçoit, à des milliers de kilomètres, les confidences de son idole et les chérit comme des objets précieux.

Mais suite à un incident, les lettres de John se retrouvent entre les mauvaises mains, et le secret éclate…

Ma vie avec John F. Donovan, le film le plus intime de Dolan

Ma vie avec John F. Donovan rassemble toutes les obsessions, les craintes et les amours de son créateur.

La figure maternelle, l’homosexualité secrète, la gloire, la jeunesse qui fuit, la dépression et surtout le cinéma.

Ce film est un aveu d’amour éternel à la caméra, celle qui l’a rendu célèbre mais lui cause aussi du souci. 

Si les thématiques mêmes de Ma vie avec John F. Donovan en disent long sur les préoccupations de Xavier Dolan, ce sont les personnages qui semblent traduire le plus ce qu’il est profondément.

Dans les yeux de chacun des héros, c’est Dolan qui transparait. John et Rupert sont tous les deux ses alter-égos fictifs.

Le film est d’ailleurs inspiré d’une missive envoyée par Dolan, alors âgé de 8 ans, à l’acteur Leonardo DiCaprio, et dans laquelle il lui confiait sa passion pour le cinéma.

Est-ce que tout ça n’a pas des airs d’ego trip ? Si, et ça n’est même pas grave.

Je suis même persuadée que c’est par le prisme d’histoires très personnelles, presque égocentriques, que l’on raconte l’universel.

À travers ses aveux intimes, Dolan parle du monde.

Ma vie avec John F. Donovan et sa sincérité

Ce que j’aime par dessus tout chez Dolan, c’est sa manière de rester fidèle à ce qu’il est. 

Déjà dans Mommy, il balançait du Céline Dion en plein milieu d’une scène qui rassemblait le héros, sa mère et leur voisine dans une cuisine.

Dolan est un cinéphile pointu mais assume complètement son amour pour la musique populaire.

Dans Ma vie avec John F. Donovan, il ne déroge pas à ses petites habitudes et ose balancer des chansons qu’il kiffe, peu importe que celles-ci aient déjà été entendues des milliards de fois : Bitter Sweet Symphony de The Verve, Kiss Me, de Sixpence None The Richer etc.

Dolan est fidèle à Dolan.

Ma vie avec John F. Donovan et toutes ses tristesses

Qu’elle est triste l’histoire de Ma vie avec John F. Donovan !

Une scène m’a particulièrement retournée :  celle des retrouvailles entre Rupert et sa mère (Natalie Portman), sous une pluie battante.

Les étreintes sous la flotte, on en a bouffé et rebouffé, mais les personnages qui s’enlacent sont finalement toujours des amants. 

Ici, ce sont une mère et son fils qui s’aiment passionnellement. C’est ce qui fait leur force et leur drame.

Dolan confesse une nouvelle fois son obsession pour la figure maternelle, celle qui est capable d’amour mais aussi de haine et de folie.

Cette mère triste, incarnée à la perfection par Portman, est une actrice ratée, qui impose ses désillusions à son fils.

Son désespoir est palpable, sa tristesse transperce son fils et les spectateurs. Leur relation fait en grande partie la force dramatique du film !

Ma vie avec John F. Donovan, à voir absolument

Ce que je cherche en rentrant dans une salle de cinéma, c’est d’être arrachée à mon siège de spectatrice, d’être embarquée dans l’histoire, de faire partie intégrante du récit.

Et cette fois-ci, j’ai eu le cœur brisé en même temps que John et son correspondant. J’ai tout vécu avec eux.

Leurs grandes peines, leurs craintes, leurs incertitudes. Leurs gloires et leurs déboires.

Avec eux, j’ai exploré mes tristesses intérieures, réfléchi à mes doutes et questionné mes ambitions.

Dolan bouscule son public et façonne un film à son image : intello mais populaire. 

Pour répondre à la question du titre : Ma vie avec John F. Donovan vaut vraiment deux heures de ton temps, et un morceau de ton affection. 

Je te conseille de le voir vite, pour profiter encore de l’émulation qui l’entoure et débattre pendant des heures avec ceux qui auront un avis différent du tien.

Ça sert aussi à ça, le cinéma.

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Commentaires
  • Lüllie
    Lüllie, Le 13 mars 2019 à 21h53

    J'en sors tout juste.
    Je veux y retourner.

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