Le mystère des materneuses

Le monde (pas si) merveilleux de la maternité a ses zones d'ombres, ses tribus, ses coutumes. Bienvenue dans l'univers méconnu des materneuses.

Le mystère des materneuses

Voilà maintenant presque un trimestre que j’ai été adoptée par l’équipe de rédaction de madmoiZelle. Et vraiment, je tiens à souligner que c’est chouette de faire partie d’un crew de jeunes filles en fleur (et d’homme chauve en fleur) qui arborent fièrement des stickers « Je suis une Madmoizelle«  sur leur laptop ou sur leur front. Et pour cause : quand j’y repense, j’ai quand même eu drôlement de chance d’être adoptée par madmoizelle.com plutôt que par daronne.com.

Car porter des t-shirts dinosaures, rigoler aux vannes sur le caca et le vomi ou essayer de me ronger les ongles des pieds en regardant Bob l’Éponge sont des faits qui ne suffisent hélas plus à faire de moi ce que l’on pourrait qualifier de jeune fille. Et que je le veuille ou non, ni mon pyjama Bambi, ni mon sérum combleur de rides au venin de serpent à deux têtes des hauts plateaux du Queensland, ni mon addiction aux teen movies ne sauraient masquer cette triste réalité : je suis une daronne, que je le veuille ou non.

Une daronne, oui. Avec un cœur de jeune fille et une âme d’enfant, mais aussi avec une cicatrice d’épisiotomie qui ne laisse aucun doute quant au fait que j’ai basculé du côté obscur et daronnisant de la force en devenant, un jour, bien plus grave encore qu’une adulte : une maman. Pire encore : maman de plein d’enfants (cherche pas, j’ai décrété qu’au-delà de deux enfants, l’adverbe « plein » pouvait s’employer de façon légitime). Et sache, ô toi, jeune lectrice Padawan n’ayant pas encore affronté le forceps, que cette introduction larmoyante, à la limite du pathétique, n’a d’autre but que d’amener le sujet de cette chronique tout en revendiquant ma légitimité en la matière, façon : « Hey les meufs, j’vous prends quand vous voulez au blind test sur les pleurs de bébé liés aux coliques et j’vous nique toutes en compèt’ de changement de couche lavable !« .

Car aujourd’hui, nous avons décidé de nous intéresser aux materneuses. Les materneuses, a.k.a. les mamans pratiquant l’art du maternage et faisant le choix d’une éducation alternative pour leur rejeton, basée sur la proximité mère/enfant, le choix d’alternatives naturelles (couches lavables, médecine naturelle…) et sur des pratiques inspirées de traditions anciennes, voire ancestrales, pour ne pas dire carrément préhistoriques.

Les materneuses, disons que je pensais bien les connaître, étant moi-même adepte de certaines pratiques issues du maternage. Je suis de ces mamans qui allaitent leur enfant même si ça fait mal aux tétés et que c’est contraignant (le jour où tu vivras l’humiliation des deux taches de lait qui se forment au niveau de tes tétons pendant un rendez-vous avec ton banquier, tu penseras à moi), qui optent pour les bienfaits des couches lavables même si cela implique de devoir laver des langes plein de caca kaki plusieurs fois par jour, et qui poussent le vice jusqu’à fabriquer leur propre liminent au calendula plutôt que d’opter pour la lingette parfumée à la fesse de bébé. Tout cela pour dire : materneuses de tous horizons et de toutes galaxies, sachez-le, je suis des vôtres et je vous comprends, je viens donc en paix.

Enfin ça, c’est ce que je croyais. Jusqu’au jour où j’ai découvert certaines tribus de materneuses, les materneuses hardcore dirons-nous. Étant dans le camp des « mamans pro-maternage » plutôt que dans celui des « hardcore », je ne peux qu’être parfaitement fascinée par cette seconde tribu de mamans pures et dures, 100% guidées par leur instinct et par l’observation de Dame Nature, un peuple dont les mœurs m’échappent parfois. Qu’est-ce qui caractérise les materneuses ? Comment le reconnaître au parc de jeux ou sur les forums de mamans (ou dans les sectes sataniques) ?

Leur langage

Pour commencer, il est bon de savoir que les materneuses utilisent parfois un langage qui échappe au commun des mortels ou du moins, aux non-initiés. Elles n’hésitent pas à réinventer la langue en l’enrichissant d’expressions pour le moins mystérieuses, qui résultent parfois de la contraction de plusieurs mots, pour pouvoir pallier les limites du vocabulaire d’un parent moldu. Plusieurs nouveaux verbes viennent ainsi enrichir le langage des materneuses, comme les « écharpoter » ou « couchelavabiliser ». Exemple, vu en signature d’un message sur un forum de mamans : « BB2, 18 mois, allaité, écharpoté, couchelavabilisé, noixdelavagisé et cododoté« . La première fois que j’ai lu cela, ça m’a fait à peu près le même effet que si j’avais lu « BB2, 18 mois, ukulélé, olé-olé, makélélé, gargarisé » : j’y ai rien compris et ça m’a collé mal à la tête.

Et puis, forte de mes super pouvoirs qui consistent à cerner assez rapidement les us et coutumes de tout peuple venu d’ailleurs (normal, j’avais pris l’option « Culture mosellane et intersidérale » au Bac) , j’ai fini par piger : lorsque la materneuse parle d’un « BB2 allaité, écharpoté, couchelavabilisé, noixdelavagisé et cododoté« , il convient de comprendre que son second enfant est allaité, porté en écharpe (parce que la poussette, c’est surfait), qu’il porte des couches lavables (parce que Pampers, c’est caca), que lesdites couches sont lavées aux noix de lavage (parce que la lessive, c’est caca aussi), et qu’il dort avec papa et maman (parce que ça sert à rien d’avoir un lit king size si on « cododote » qu’à deux plutôt qu’à trois). Avouez que je maîtrise, grave. Je regrette tant qu’il n’y ait pas eu d’option « Materneuse LV3 » quand j’étais au lycée, ça m’aurait évité d’avoir à me farcir les déclinaisons de Russe.

Leur Dieu vénéré : le placenta

Il semblerait que les materneuses éprouvent une sorte de fascination (tournant à l’obsession) pour cet organe qu’est le placenta. Pour celles et ceux qui dormaient près du radiateur pendant le cours de SVT sur la naissance (ceux-là même qui ricanaient la semaine précédente à l’évocation des mots « sperme » et « éjaculation » lors du chapitre sur la reproduction), le placenta, c’est l’organe éphémère qui établit le lien entre la mère et l’enfant, qui nourrit le bébé, joue un rôle de filtre ou de barrière, qui relie l’enfant à sa mère (puisque c’est là que le cordon ombilical vient se planter). C’est le lien entre deux vies, le trait d’union entre la mère et son bébé, c’est la vie, c’est l’amour, c’est beau, pleurnichons ensemble.

C’est tellement beau que je tiens à partager avec vous ces quelques clichés de placenta que j’ai sélectionnés afin de vous permettre de mieux visualiser la chose. Et efforcez-vous de bien visualiser, de bien vous imprégner de ce bout de viande sanguinolent qui symbolise le lien-l’amour-la-vie, c’est très important pour la suite. Donc, disais-je, un placenta (attention aux âmes sensibles), ça ressemble à ça, ou encore à ça, voire même à ça (et bon appétit bien sûr).

Fort peu ragoûtant, je vous l’accorde, mais la nature n’est pas faite que de jolies choses, comme en témoignent les poils d’oreille de mon vieil oncle Dédé. Cela dit, si pour une personne lambda, le placenta n’est, après la naissance, qu’un morceau de barbaque ayant bien rempli son rôle mais désormais bon pour la poubelle, les materneuses ne voient pas cela de la même façon. Pour elles, il est hors de question de les destituer de leur placenta de la sorte, hors de question de jeter à la benne un bien aussi précieux. Car oui, sachez-le, les materneuses hardcore conservent leur placenta. Pour quoi faire, vous demandez-vous, si ce n’est pour alimenter un bébé crocodile dissimulé dans le bassin du jardin ? Détrompez-vous, le placenta est voué à de nombreuses utilisations très prisées des materneuses.

Le placentarbre

Encore une expression typique de la tribu des materneuses. Le placentarbre consiste à planter un arbre commémoratif en l’honneur de la naissance d’un enfant, en veillant à enterrer l’organe au pied de l’arbre en question. Il paraît que symboliquement, c’est très fort. Moi, en tant qu’inconditionnelle du jardinage (j’ai récemment franchi un nouveau cap en m’abonnant à Rustica), je me suis d’abord posée la question d’un quelconque intérêt en terme de fertilisant ou de maîtrise des parasites. Imaginez, si on apprenait que le placenta éloignait les pucerons des rosiers ou le mildiou des pieds de tomates, là oui, ce serait une affaire. Mais en réalité non, il apparaît que le seul intérêt du placentarbre soit de planter un placenta. Et un arbre. Ne m’en demandez pas plus, je ne comprends pas.

Le smoothie et autres joyeusetés culinaires

Tandis que certaines plantent un placentarbre au milieu du jardin, d’autres materneuses préfèrent quant à elles exploiter au maximum TOUS les bienfaits du placenta et n’hésitent pas pour cela à le manger. Cela vous choque ? Pourtant, il n’y a rien de mal à manger quelque chose qui provient de son propre corps, si ? Crotte de nez et placenta, même combat. Cela dit, quel est l’intérêt de manger son placenta ? Et surtout, pourquoi ? La plupart des mamans materneuses justifient cet acte en évoquant les vertus nutritives du placenta et en citant l’exemple des animaux qui, à l’état sauvage, ingèrent effectivement le placenta après la mise bas. Seulement, comment dire… Autant je conçois aisément qu’une bête sauvage épuisée, éprouvée et littéralement affamée par un accouchement, se rabatte sur le placenta pour reprendre des forces avant de crever d’épuisement, autant j’ai du mal à piger l’intérêt de manger son placenta pour se requinquer, quand on peut se contenter d’ouvrir le frigo ou d’appeler Allo Pizza.

J’en conclus donc que le placenta doit avoir des qualités gustatives insoupçonnées (et ne nous fions pas à son écoeurante apparence, contentons-nous de suivre ce constat de mon très sage père : « C’est comme les tripes : c’est pas parce que ça fouette et que ça a une sale gueule que ça peut pas être bon« . C’est qu’il a le sens de la formule, papa.). Pour preuve, les materneuses font preuve d’une créativité sans limite pour accommoder leur placenta, comme en témoignent certains sites spécialisés qui détaillent des recettes de smoothies au placenta.

Le bébé lotus

Mon préféré, le meilleur pour la fin : le placenta conservé dans le cadre d’une expérience de « bébé-lotus ». Le bébé-lotus, qu’est-ce donc ? Serait-ce un joli bébé joufflu et souriant sortant d’une fleur de lotus façon Anne Geddes ? Pas exactement. Concept cher aux materneuses, le « bébé lotus » est une pratique consistant à ne pas séparer l’enfant du placenta à la naissance. Autrement dit, on ne coupe pas le cordon. Estimant que cet acte constitue une forme de violence inouïe infligée au nouveau-né (que l’on coupe littéralement et subitement de sa mère), les adeptes de cette pratique revendiquent la nécessité de laisser la nature faire les choses et donc d’attendre patiemment que le cordon, ainsi relié au placenta, se désolidarise de lui-même de l’enfant. Et concrètement, qu’est-ce que cela donne ? Un morceau de viande en putréfaction relié à un nouveau-né. C’est touchant-trognon-mignon, je sais. Je m’imagine en train de porter mon bébé-lotus, le déposant ensuite dans les bras de son papa en signalant à ce dernier « Oups, fais gaffe, tu marches sur le placenta ! ». J’imagine l’effet bœuf que ferait mon bébé-lotus ainsi présenté à la famille : « Voilà les enfants, je suis très heureuse de vous présenter votre petit frère ! Et ce truc sanguinolent ? Oh, c’est rien du tout, c’est son placenta. C’est la nature, c’est beau, c’est la vie, maintenant soyez mignons et allez chercher une serpillère à maman, y a le placenta qui suinte là ».

Une fois encore, je me suis interrogée. J’ai même poussé le vice jusqu’à requérir l’avis de médecins et de sage-femmes sur le sujet. Et le fait est qu’aucun bienfait quelconque ne soit avéré, bien au contraire. Tous les professionnels interrogés s’accordent sur le fait qu’un morceau de viande en putréfaction relié au bébé pendant plusieurs jours ne peut avoir d’effet positif sur la santé d’un enfant, sans parler des conditions d’hygiène inhérentes à cette pratique. Mais là aussi, rassurons-nous, les materneuses ont la solution et ne manquent pas de nous soumettre leurs trucs et astuces pour garder son placenta en bon état le plus longtemps possible : égoutter le placenta plusieurs fois par jour, l’oindre d’huiles essentielles si son odeur devient vraiment intenable, et moult autres conseils des plus enrichissants. Le placenta, nouveau must-have en voie de détrôner la combinaison à oreilles d’oursons ? Qui sait…

Maintenant que vous possédez ces quelques repères censés vous permettre de repérer une materneuse lorsque vous en croiserez une, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, puisque c’est bientôt l’heure du goûter, un très bon appétit. Et n’oubliez pas de vous refaire la série de photos de placentas et bébé-lotus pour vous mettre l’eau à la bouche. Je vous laisse, j’ai quant à moi une placenta party à organiser très prochainement. Ce sera un déjeuner sur l’herbe, on servira du placenta grillé au barbecue et avant de passer à table, on se noixdelavagera les mains. Je sens que ça s’annonce bien.

Pour finir, un extrait de Misfits qui ne recevra jamais de sticker « Approved by the Materneuses crew » :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cocoeau
    Cocoeau, Le 23 mars 2014 à 22h17

    En effet comme tout, ça dépend des couples.
    J'imagine bien qu'au bout de deux ans ça doit être compliqué de mettre le petit bout tout seul, d'un coup... Un lit dans la chambre des parents, c'est peut-être pas mal comme compromis, soit dès le début soit comme transition.

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