Jeune maman à 22 ans, j’ai fait ma vie à l’envers

Charlotte n'avait pas prévu de tomber enceinte à seulement 22 ans. Aujourd'hui, elle raconte sa vie pendant et après sa grossesse, et prouve qu'on peut construire une vie différente et entourée d'amour.

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Je me souviens que pré-ado, j’adorais les questionnaires vaseux d’internet (« Tu te vois comment dans 10 ans ? ») et les jeux de cour de récré qui calculaient par scientifiquement (ou pas) l’âge de ton mariage, le prénom de ton époux ainsi que ceux de tes enfants.

Tout était limpide : à 25 ans, je serais mariée à l’homme de ma vie (un mariage simple et sans fioritures mais particulièrement joyeux), j’aurais deux enfants et je serais même peut-être enceinte du troisième.

Tout ça, mes études de prof en poche, et un poste qui attendrait bien au chaud que je termine de materner dans notre grande maison à la campagne. Avec un labrador.

Et puis tout doucement, sans vraiment m’en rendre compte, je grandis, encore et encore, et plus le temps passait et plus je voyais s’éloigner cette vision.

J’ai sous-estimé les difficultés de la vie, mais j’allais finir par y parvenir, c’était évident.

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Tomber enceinte à 22 ans

Mais pendant mon Master 2, à 22 ans, je tombe enceinte sous contraceptif.

Je sors d’une relation toxique qui a duré de nombreuses années, et je vois depuis quelques mois un homme avec qui il n’était absolument pas question de faire ma vie.

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Une erreur de parcours de nana un peu paumée, et surtout fragilisée et sous antidépresseurs. En plus de ma bourse d’études, je gagne un tout petit salaire qui suffit à peine à subvenir à mes propres besoins, et j’habite chez mes parents.

Aujourd’hui encore, je me rappelle de cette période dans un brouillard assez incompréhensible.

Mais l’avortement n’est pas une solution que je veux envisager, alors en l’espace de quelques semaines, seule, je déconstruis toutes mes attentes et j’apprends à accepter que ma vie serait différente.

Un bébé au premier plan

Je n’imagine pourtant pas à quel point.

Une grossesse pathologique [durant laquelle il y a des complications médicales par rapport à la mère ou au bébé, NDLR] m’oblige à mettre en pause mes études.

Les relations avec mon compagnon de l’époque, qui ne désire pas d’enfant (et que je ne souhaitais pas voir élever mon bébé avec moi), mettent des mois à s’apaiser.

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Quant à la naissance de ma fille, c’est un chamboulement bien plus grand que ce que à quoi je m’attendais.

Mais le bonheur de l’accueillir dans ma vie est sans cesse terni par des complications matérielles, et le poids de mes rêves brisés de famille parfaite m’écrase la poitrine en permanence.

À ses deux mois, ma petite tombe gravement malade, et nous devons séjourner toutes les deux dans un hôpital parisien, dans une chambre de 6m² sans fenêtre, pendant plusieurs mois.

Des mois à attendre, tous les jours, qu’on vienne enfin nous annoncer que son pronostic vital n’est plus engagé et que nous pouvons reprendre (ou simplement commencer) une vie normale.

Les années qui suivent sont ponctuées des difficultés médicales de ma fille, aussi bien sur le plan physique que psychologique. La convalescence s’avère bien plus longue et plus compliquée que prévu.

J’ai enfin terminé mes études, mais alors que je prépare les derniers concours il faut me rendre à l’évidence : je ne peux pas tout mener de front, dans l’immédiat.

Je me suis donc consacrée entièrement à l’éducation de ma fille, que je ne pouvais pas scolariser. Cependant, nous sommes heureuses.

C’est une petite fille brillante, incroyablement intelligente, qui me pousse sans cesse à me dépasser. Je suis épanouie auprès d’elle, pourtant je fuis les familles « standard », car les voir éduquer leurs enfants à deux m’est terriblement douloureux.

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Les mariages me sont aussi pénibles, mais presque moins que les faire-parts de naissance.

Ces petits cartons témoignant de la volonté des parents de construire ensemble, leur fierté et leur accomplissement, que je n’ai jamais osé envoyer seule pour ne pas sembler pathétique, ils me mettent le ventre à l’envers.

Plus d’homme dans ma vie, mais des amies

Je ne veux plus jamais d’homme dans ma vie, à la fois par peur et par respect pour ma fille à laquelle je n’ai pas su offrir un modèle familial convenable et sécurisant.

En contrepartie, je me dois d’être constante et ne plus jamais prendre le risque de tomber amoureuse. Rien ne peut se construire à présent, c’est trop tard et je dois assumer.

Cette décision est d’autant plus facile à tenir que je ne ressens plus de désir pour personne. Il me semble qu’un mur s’est construit entre tous les hommes et moi.

En contrepartie, je me sens plus sereine au quotidien. De nouveaux et nouvelles amies, aux quatre coins de la France et réunies sur Facebook, m’ont énormément aidée à retrouver des centres d’intérêt et l’envie de rire.

Pour la plupart, il s’agit de mamans elles aussi, à l’exception de ma meilleure amie et d’un mec tombé dans notre groupe très féminin par hasard.

Je suis soutenue et divertie, et nos rares réunions chez les unes ou les autres sont de formidables moments de rire et d’amitié.

Ma libido est de retour

Et après quasiment 4 ans de veille, ma libido ressurgit, faisant écho à mon moral mieux portant.  Alors mes amies me conseillent de m’amuser. Je n’ai connu que peu d’histoires dans ma jeunesse, et presque toujours sérieuses.

J’ai été amoureuse, mais sans que cela ne me laisse de souvenir transcendant, et je veux savoir à présent ce que c’est que le sexe sans engagement.

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L’idée même d’un engagement me paraît d’ailleurs risible et invraisemblable dans ma situation. Il ne m’a pas fallu longtemps grâce aux sites de rencontre pour commencer à me faire une idée de ce dont il est question.

Un homme, puis 2, puis 3, puis 10… des pratiques toujours plus extrêmes, pour voir, pour comprendre, pour me sentir vivante. Je me divertis sur le moment, mais je me sens vide.

Renoncer au couple

Puis mes amies proches commencent à avoir d’autres enfants. Je reçois d’autres faire-parts. Je suis heureuse pour elles, mais ça appuie sur une corde très sensible.

Si j’ai entièrement renoncé au couple, je n’ai malgré tout jamais perdu l’envie d’avoir plusieurs enfants.

Car malgré toutes les souffrances annexes, mettre au monde ma fille avait réellement été pour moi le bonheur que j’avais toujours imaginé auparavant. Le challenge quotidien que représente son accompagnement est la seule chose qui mérite pour moi d’être vécue.

Elle aussi est très en demande d’un ou d’une frangine, et après trois ans en tête-à-tête, l’envie de voir notre famille monoparentale s’agrandir prenait de plus en plus de place.

Mais je suis consciente que c’est un nouvel engagement encore plus contraignant, un nouveau délai dans mes projets professionnels, peut-être une erreur et dans tous les cas, l’arrêt définitif de toute vie sexuelle en plus de toute vie amoureuse.

Avoir un autre bébé toute seule

Pourtant, après un an de réflexion, je me décide à sauter le pas.

J’ai recours à une insémination, et je tombe enceinte dès le premier essai. Je suis ravie, mais épuisée. Les insomnies de ma fille et les nausées permanentes de début de grossesse compliquent les choses.

Mais grâce au soutien de mes amies et à l’amour de ma petite, cela reste une période heureuse dans mes souvenirs.

La naissance de mon second enfant se déroule sereinement, et je profite des premiers mois de vie de mon bébé avec calme, comme je n’ai pas pu le faire pour mon aînée.

Je suis physiquement épuisée de tout gérer seule en permanence : les deux filles, la scolarité à la maison de ma grande et mon activité indépendante en même temps….

Mais ma famille a enfin pris forme et je me sens fière de mes accomplissements.

Je prends du recul au fil des mois avec mon groupe d’amies, mes choix n’étant pas forcément faciles à comprendre. Parce qu’elles prennent aussi leur envol de leur côté, mais surtout par manque de temps.

Pourtant, régulièrement le soir, une fois les filles couchées, je discute avec le seul mec de notre groupe pour passer le temps.

Il est très drôle, sans doute le plus drôle d’entre nous, et nos conversations sont la garantie d’oublier quelques heures la routine enfants/travail/cuisine/ménage.

Je l’aide à améliorer son profil sur les sites de rencontres, à se préparer pour des rendez-vous, à séduire des filles qui lui plaisent.

Célibataire depuis des années et sans beaucoup d’expérience auparavant, il peine à comprendre les mécanismes de séduction qui pour moi sont parfaitement clairs.

Je peux lui expliquer dans les moindres détails, tout en soupirant d’aise de me savoir finalement enfin à l’abri de toutes ses parades.

Dans mon pyjama en pilou deux tailles trop grandes, bien à l’abri entre mes cernes et mes enfants, je m’amuse de ses histoires qui n’aboutissent jamais et ris en silence à nos blagues pas toujours très fines.

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Être maman et retomber amoureuse

Mais au bout de quelques mois, je finis par me rendre compte que j’attends avec un peu trop d’impatience nos conversations nocturnes, et pire encore, que je ne mets plus autant de coeur à l’ouvrage dans mes conseils pour lui trouver une copine.

Je me sens quasiment jalouse des filles dont il me parle. Je vis très mal ce constat, et tout en me forçant de l’aider de nouveau, j’ai recontacté des sex-friends pour échapper à ces idées qui me mettent mal à l’aise.

Je revois l’un d’entre eux, et je sors de cette rencontre… dévastée. J’avais couché avec lui alors que je n’avais pas envie qu’il me touche, et même pendant l’acte je m’étais sentie absente.

Mon ami et moi ne nous sommes pas vus physiquement depuis longtemps, et n’échangons pas non plus de photos, seulement nos blagues et des bribes de nos vies.

On n’a pas grand-chose à se raconter réellement, depuis cinq ans que nous nous connaissons, nous sommes en contact quasi quotidiennement sur Internet et nos histoires personnelles nous sont familières.

Puis un jour, sur le ton de la blague, il évoque le fait qu’on pourrait être en couple. Qu’il est là, à chercher une nana désespérément alors qu’en fait, je corresponds parfaitement à sa « check list »

Il me dit qu’en plus, lui qui a toujours voulu des enfants, je suis un peu comme Amazon : je pourrais le livrer dès le lendemain.

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Je panique, et toujours sur le ton de la blague, je l’envoie se faire voir bien comme il faut en prétextant tout ce qu’il m’était possible de prétexter.

À partir de là, c’est devenu notre blague récurrente, une zone de flou. Aucun de nous ne sait réellement à quel point l’autre plaisante. C’est une idée qui me donne à la fois le vertige, la nausée, et envie d’un câlin.

Au mois de janvier, il parcourt les centaines de kilomètres qui nous séparent pour venir me voir sur un coup de tête. Nos échanges sont aussi vifs en réels que sur la Toile, et finalement aucune gêne n’entrave nos conversations.

Mon bébé et ma grande fille sont ravies de cette visite. Plus je le regarde, plus je me demande si je dois abandonner tous mes principes pour lui, et nous mettre en danger toutes les trois.

Le début d’une histoire à quatre

Et puis on finit par arrêter de rire tout le temps, et comprendre qu’il faut parler pour de vrai.

J’arrête de réfléchir, et je lui dis que je ne veux pas d’un plan cul, pas d’une relation tiède, mais d’un vrai compagnon. Si on entame quelque chose, c’est pour de vrai. Il réfléchit sans me lâcher la main, avant de m’embrasser.

S’ensuit la nuit de sexe la plus belle de toute ma vie, spontanée et parfaite, comme si elle a toujours été vouée à arriver.

Pendant l’acte, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en permanence, moi qui d’habitude baisse les yeux ou préfère les fermer.

Nos regards se croisent très souvent et jamais il ne m’est venu à l’idée de détourner les yeux. Pour la première fois, j’ai des orgasmes multiples, et la sensation d’être satisfaite une fois dans ses bras après l’amour.

Pendant plus de 18 mois nous nous voyons par intermittence, et il met tout en œuvre pour prendre à sa charge l’écrasante majorité des déplacements, afin de m’éviter des dépenses et des trajets avec les petites.

Il s’épuise sur la route malgré son travail, mais se montre toujours disponible et présent lorsque nous avons besoin de lui.

Pas seulement moi, mais également mes filles, qui, très vite, ont vu chez lui l’intégrité que j’ai trouvée moi aussi.

Notre couple se construit en même temps que notre famille, avec des remous et des disputes, mais toujours en gardant le cap et sans heurts douloureux ou péripéties dramatiques comme j’avais pu en connaître avant.

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Jusqu’à ce que je prenne mes deux enfants et mes valises, et que je fasse une bonne fois pour toute la route qui nous sépare.

Épilogue de cette vie à l’envers

Voici maintenant plus de huit mois que nous vivons tous les quatre, et les filles l’appellent papa.

Je suis sans cesse déboussolée par son implication, par tout ce poids qu’il enlève au quotidien de mes épaules en les aimant et les éduquant comme les siennes.

Il s’occupe des trajets à la crèche, participe aux frais de scolarité, se lève la nuit ramasser les doudous, s’informe et vit 7 jours sur 7 au rythme de nos enfants. Parce qu’ils sont devenus les siens.

Aujourd’hui, mon aînée est suivie pour suspicions de troubles autistiques, après des années à souffrir d’une différence que nous ne parvenions pas à identifier.

Et mon compagnon est là pour me soutenir, pour même souvent porter à bout de bras cette épreuve qui m’écrase.

C’est mon meilleur ami, le meilleur amant que j’ai jamais eu, et le père que je n’avais même pas osé désirer pour mes enfants.

Notre famille est mise à rude épreuve à de nombreuses reprises, et pourtant il nous pousse sans arrêt vers l’avant et me rend heureuse même au milieu de l’adversité.

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Bien sûr, nous nous disputons, nous sommes souvent fatigués, et tout n’est pas toujours rose, mais j’expérimente pour la première fois ce qu’est la confiance dans un couple.

La tendresse et le respect fondent notre relation et permettent à tout le reste de fonctionner. On devient plus forts et plus sûrs de nous.

Nous apprenons mutuellement à respecter nos limites, nous savons nous laisser le temps de prendre le recul dont on a besoin pour penser, nous nous pardonnons et surtout nous parlons tout le temps, comme nous l’avons toujours fait.

Au cours des dix dernières années, je me suis souvent demander pourquoi mes relations précédentes ont toujours échoué.

Je me croyais incapable d’être en couple, incapable de construire et de rendre quelqu’un heureux ou de laisser quelqu’un me rendre heureux.

Maintenant je sais simplement que personne ne m’avait jamais donné envie d’apprendre à aimer correctement. Lui, si.

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JulietteGee


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Commentaires
  • Pinceau_
    Pinceau_, Le 23 mars 2018 à 12h30

    Par rapport à l'aspect financier : je trouve que ce n'est pas forcément pertinent, de mon expérience dans une situation comme cela (situation un peu compliquée, pas idéale), il y a un truc qui se fait, c'est qu'on fait avec ce qu'on a. Et si on a très peu d'argent et pas de famille/d'amis pour nous aider, on trouve d'autres solutions. Et si on a de la famille qui est là pour aider, ça facilite, on fait avec aussi. J'ai connu une fille qui a eu son premier enfant à 18 ans, elle était dans une situation compliquée (pas vraiment de famille, pas de père, elle voulait poursuivre ses études), elle a débrouillé le truc quasiment toute seule, en trouvant une crèche pour son bébé, en voguant comme elle a pu pour gérer ses études, un boulot, son bébé (devenu maintenant un grand garçon !). Bon son fils va très bien, elle aussi, elle a refait sa vie, elle a galéré (elle le dit elle-même), mais bon voilà elle a fait avec ce qu'elle avait.
    Je pense que n'importe qui dans n'importe quelle situation trouve des solutions originales (spécifique à ellui).

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