J’ai testé pour vous… être une madmoiZelle pompier

Après le Carnet d'un Pompier tenu par notre cher Matou, découvrez une autre facette de ce métier à travers l'expérience d'Ana-nas, une madmoiZelle qui lutte contre le feu et sauve des vies !

J’ai testé pour vous… être une madmoiZelle pompier

Me faire dévisager de haut en bas et de bas en haut avec des yeux comme des soucoupes, c’est mon quotidien quand j’annonce aux gens le métier que je fais. Je suis une madmoiZelle qui a le feu aux fesses, au premier sens du terme, puisque je suis pompier.

Le premier débat consiste en l’appellation du corps de métier, l’étymologie française voudrait qu’on parle de « sapeuse-pompière », mais on ne va pas se mentir, c’est moche. Donc comme on est des rebelles, enfin pas trop non plus hein, je préfère pour ma part l’appellation « sapeur-pompier féminin ». On passera sur l’humour so charming de nos petits camarades et leurs « Les femmes chez les pompiers ? On les appelle pas on les siffle » ou les « Sapeuse Pompeuse » (à noter : ces paroles sont à prononcer avec l’air suffisant, hautain et macho, et à ponctuer régulièrement par le rire du macaque à fesses rouges en rut).

Être une madmoiZelle dans un métier d’homme c’est pas la joie tous les jours, mais ça a du bon !

Comment j’ai été gagnée par l’appel du feu

Il faut savoir que la mission principale des Sapeurs Pompiers est tout d’abord la lutte contre l’incendie ; à l’origine, c’était la police qui était chargée de ce qu’on appelle le Secours à Victimes, c’est pour ça que du temps de vos géniteurs ou dans les films qui ont maintenant quelques années on voyait écrit « Police Secours » sur les véhicules de nos chères forces de l’ordre, mais depuis et en fonction de l’évolution des besoins de la population les tâches ont été réparties différemment (minute culturelle du jour, bonjour !).

Pour ma part c’est en passant ma formation premiers secours (PSC1) au sein de la Croix-Rouge Française que le déclic s’est fait : voir du sang partout et me dire ce que je veux faire plus tard c’est éviter ça, j’vous l’accorde c’est bizarre, mais pour ma part c’est ce qui a déclenché mon envie de faire partie de ce corps de métier au quotidien, pour la sécurité des femmes et des hommes.

Mais les choses étaient loin d’être gagnées. Moi, amatrice de glandouille du dimanche matin, fuyant en courant (mais pas trop vite) à la vue d’une piste d’athlétisme, persuadée au badminton d’avoir une raquette avec un trou parce que le volant tombait jamais dessus, rechignant devant la course d’orientation parce que j’avais pas le sens de l’orientation et que je me perdais 3 fois sur 4… Si au cours de mes années collège/lycée j’avais pu me faire dispenser à vie (avouez que je ne suis pas la seule à en avoir rêvé) j’aurais donné un bras, ou une jambe puisque de toute façon je m’en serai pas servi : le sport c’était comme les maths, j’aimais pas ça. Autant dire que j’avais pas le profil idéal à première vue, vous en conviendrez. Mais pour rentrer chez les pompiers, il a bien fallu s’y mettre afin de pouvoir affronter avec joie et bonne humeur (et 150 litres de sueur) les épreuves sportives du recrutement.

Je ne vais pas vous mentir en vous disant que ce fut chose aisée : certains de mes amis sportifs qui se sont proposés pour m’entraîner se sont bien fendu la poire, je restais une limace unijambiste à côté d’eux, lévriers de course, en matière de footing. J’avais autant de force dans les bras que si ces derniers étaient faits de guimauve grillée et je nageais avec l’aisance d’une vache sur des skis nautiques (j’ai pas trouvé mieux comme métaphore, désolée). Mais au bout de quelques semaines les progrès étaient là. Et la motivation aussi. Surtout j’avais toujours cette idée en tête, rentrer chez les pompiers, qui ne m’a pas lâchée d’une semelle. Au final, les épreuves se sont bien passées, et je remercie encore une fois les copains qui m’ont soutenue tout du long, malgré mes débuts à 5km/h au pas de course. Aider les autres, on y prend vite goût il faut dire ! Ce métier m’apporte beaucoup et je sais pourquoi je le fais. Sans recherche de considération particulière, parce qu’on est pas des héros ou des surhommes, seulement des hommes (et femmes) sûr-e-s.

Comment survivre en milieu masculin

Bien qu’ ayant régulièrement droit à des petites piques amicales telles que « C’est l’heure de la vaisselle t’es la seule fille aujourd’hui alors au boulot ! », travailler dans un milieu rempli d’hommes ne m’a jamais posé problème. Comme le disait Marilyn Monroe, « Je ne me soucie pas de vivre dans un monde d’hommes si je peux y être une femme » ! La place de chacun est parfaitement respectée, et je n’ai pas l’impression de souffrir d’une quelconque forme de misogynie de la part de mes collègues.

Drame du milieu genré : il est quasiment impossible de trouver une photo libre de droit d'une madmoiZelle pompier !

Vous allez me dire que ça doit être quand même sacrément sympathique de vivre entourée de mâââles musclés, je ne vais pas vous répondre le contraire. Mais dans ce corps de métier nous confions régulièrement notre vie à nos équipiers, à aucun moment l’un de nous ne doit être un boulet pour l’autre, et c’est pas la joie tous les jours. C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer entre nous une relation de confiance et de respect mutuel. Pour ça il faut faire ses preuves. C’est comme ça que j’ai été amenée à devoir m’imposer, à trouver mes marques auprès de mon équipe, à leur montrer qu’ils pouvaient en toute situation compter sur moi et que je savais être pour eux un appui solide.

C’est sûr qu’en tant que madmoiZelles, on est moins avantagée pour toutes les tâches qui requièrent une force physique importante, question de carrure héritée par Dame Nature. Je suis bien consciente que malgré des entraînements réguliers, je n’arriverai jamais à avoir autant de poigne que mes collègues d’1m85 dont les biceps font la taille de mes cuisses, qui ont des abdos en béton armé (et qui font fantasmer les filles). Et je ne tiens pas non plus à finir en armoire à glace. Par contre je leur mets une longueur d’avance au niveau souplesse et agilité, ils sont bien contents d’avoir dans l’équipe un petit gabarit pas trop raide sur pattes pour passer par des endroits qui leur sont difficiles à atteindre (on appelle ça amoureusement « un écureuil », dans le jargon). Je suis donc leur petit écureuil et ils sont mes montagnes de muscles ! Bien que mes collègues soient dotés de capacités non négligeables en matière de relationnel, je reconnais avoir tout de même plus de facilités pour ce qui est de créer des liens avec les victimes que l’on prend en charge. Être une madmoiZelle au sein d’un milieu masculin a des avantages, alors on est quitte.

À présent, le peu d’expérience que j’ai pu accumuler m’a confortée dans ce choix. Évidemment, c’est loin d’être un métier facile, on voit des choses qui donnent envie de régurgiter aussi sec son déjeuner, on fait face à des situations douloureuses, particulièrement auprès des familles des victimes que l’on a pas pu sauver, psychologiquement c’est dur, physiquement aussi parfois. On peut rester coincé-e-s des heures sur une intervention, comptant chaque minute et chaque seconde que l’on voit défiler, impuissants, ces instants qui nous sont précieux pour la survie des victimes. Mais parfois on ne peut pas avancer aussi vite qu’on le souhaiterait, pour des raisons matérielles, ou tout simplement pour des raisons de sécurité.

Il nous arrive d’être hanté-e-s par des images qui reviennent, de perdre des collègues, des amis dans l’exercice de nos fonctions, mais le temps fait son travail et nous permet non pas d’oublier ces expériences, mais d’en tirer profit, de ne pas recommencer les mêmes erreurs, car il nous arrive évidemment d’en faire, et de nous faire avancer sur le long chemin qui nous attend encore. On a aussi pu souffrir de diverses affaires récentes sur lesquelles je ne reviendrai pas, ça a malheureusement pu entacher indirectement notre image, mais rassurez-vous, c’est très loin d’être partout pareil. Sans donner dans le psychodrame, on est aussi amenés à vivre des moments de bonheur intense. Outre le fait de sauver des vies, je suis par exemple devenue marraine l’année dernière d’une adorable petite fille née le jour de mon anniversaire quand sa maman a accouché dans le camion en quelques minutes à peine, alors que nous n’avions même pas eu le temps de la transporter à l’hôpital. Il a fallu faire avec les moyens du bord, et vraisemblablement on ne s’est pas trop mal débrouillés puisque la maman et la p’tite puce sont en bonne santé.

Un bip qui sonne, un appel d’urgence qui tombe, et on laisse les soucis au vestiaire pour prêter un instant sa vie à ceux qui en ont besoin. Enchaîner les gardes et les astreintes avec toujours la même envie, le même enthousiasme, la même adrénaline à chaque départ. On oublie trop souvent qu’au-delà de sauver des vies quand on en a l’occasion, aider les autres c’est aussi s’aider soi-même. Être un technicien de l’urgence, de la vie, et ingénieur d’un mieux-être fugace, voir un simple sourire sur un visage et parfois un « Merci » sur des lèvres soulagées. Rendre la vie moins difficile chez les autres, même si ça ne remplit pas le réfrigérateur et que ça nous donne pas le budget pour aller faire les soldes, c’est pour moi un des plus beaux salaires qui soit.

On se découvre une deuxième famille, avec ses joies, ses peines, que l’on partage. Je ne m’inquiète pas de savoir si un jour je devrai laisser ma vie pour sauver celle d’un autre : en m’engageant j’étais bien consciente de ce à quoi je m’exposais, je m’inquiète surtout de savoir s’il y aura toujours assez de jeunes gens avec le désir, la volonté de faire ce métier. C’est dans ces moments-là que l’on comprend tout le sens de notre devise, « Courage et Dévouement ».

Alors les filles, si vous avez un rêve, ne laissez personne vous dire que c’est impossible et battez vous!

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gommette
    Gommette, Le 16 juillet 2012 à 15h39

    Témoignage très intéressant et surtout très touchant !

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