Issey Miyake – Un créateur en 5 minutes

Voyage en Asie du Sud-Est avec Issey Miyake, pour ce nouvel épisode de la Mode pour les nulles.

Issey Miyake – Un créateur en 5 minutes

Parlons bien, parlons mode, mais toujours sans se bourrer le mou. Cette fois-ci, place au créateur japonais Issey Miyake.

Mini-bio

Issey Miyake est né en 1938 à Hiroshima. Comme le nom de la ville le laisse présager, la vie d’Issey démarre comme la moitié des Disney : par un drame. Il a 7 piges et rentre de l’école à vélo quand la bombe nucléaire tombe. Pendant longtemps, il refusera d’en parler aux médias. Adolescent, Issey aime mater les images des magazines Vogue de ses sœurs ; pas pour les sous-vêtements (je vous vois venir avec votre catalogue La Redoute) mais parce le style l’inspire. À l’époque, les mecs ne sont pas trop encouragés à étudier la mode, donc Issey obtient un diplôme en graphisme. Et lance sa première collection à la sortie de l’université.

Issey débarque à Paris en 1964 pour étudier la couture, et bosse chez Guy Laroche et Givenchy. En mai 1968, il fait ami-ami avec les hippies : le bonheur est une idée neuve, et des idées, Issey en a des tonnes. À cet instant, il aurait pu aller poêler des sushis dans le Larzac, mais décide plutôt de laisser tomber la Haute Couture pour créer du prêt-à-porter, plus accessible.

Après un détour par New York, Issey revient au Japon où il fonde le Issey Miyake Studio en 1970. Dès lors, c’est la fête du kimono : le créateur sort sa première collection femme en 1971 et deux parfums, l’Eau d’Issey et l’Eau d’Issey pour homme, en 1992 et 1994. Mais c’est pas fini, notre bon ami sait tout faire (ou presque) : de la bonneterie, du mobilier pour la maison, des bagages et des vélos.

Les défilés, c’est fun, mais pas assez. Alors très vite, Issey abandonne les collections pour se consacrer à ses recherches dans le design. En 1999, il nomme Naoki Takizawa directeur artistique de toutes les lignes de la marque. En 2006, c’est son ex-assistant Dai Fujiwara qui prend le poste, avant d’être remplacé par Yoshiyuki Miyamae en 2012.

Son style

Le look façon Issey est un peu complexe, alors voilà ce qu’on peut en démêler :

  • L’architecture et l’innovation : Issey est un peu borderline. Rien à battre des règles existantes, il part d’idées spontanées et fait tout pour qu’elles deviennent réalité. Pour cela, il expérimente en permanence, et mobilise les compétences des personnes qui l’entourent : industriels, artistes… L’architecture lui inspire des coupes subtiles et très structurées. Dans les années 1970, il donne sa nouvelle conception de la mode, qui ne dépend plus des saisons mais des cycles de création. Gandalf représente.

Bienvenue dans l'espace

  • Le mariage Orient-Occident et le minimalisme : Issey est japonais et travaille en Europe, donc forcément, ça sent le mélange des cultures. Du Japon, il récupère la notion de taille universelle, l’utilisation d’une seule pièce de vêtement pour habiller tout le corps, et les textures des tissus traditionnels. Mais aussi la zénitude et l’épure, suivant le principe du « less is more«  (moins c’est plus).

Pyjama party

  • L’artisanat et le recyclage : Issey kiffe la nature et est sensible à l’épuisement des ressources naturelles. En 1982, son corsage en rotin et bambou fait la Une d’un magazine américain. En 2010, Issey is back avec une ligne en matériaux recyclés et une fibre à base de chutes de polyester et de bouteilles en plastique, créée avec les jeunes designers du Reality Lab. Ok, ça vaut pas une robe en capotes.

La caution écolo de l'article

  • Le confort, pour tous : « À quoi ça sert de faire des vêtements si on se fait chier en les entretenant ? » Tel pourrait être le credo d’Issey, qui part en quête de la fringue universelle, fonctionnelle et ludique. Il crée des sous-vêtements et des chaussettes sur le principe du « easy-to-care » : facile à porter et à laver. Pas victime de la mode, tel est son nom de code.

Pas de panique, j'suis laaaaaaarge !

  • La matière et le plissé : Issey travaille beaucoup la texture de ses vêtements, avec des matières parfois improbables, comme du papier japonais trempé dans l’huile ou du silicone moulé. Il aime aussi le relief : ridé, matelassé, gaufré… Tu l’as compris, Issey est un mec qui va jusqu’au bout de ses idées, alors paf, il invente le plissé permanent. Le tissu est plié, puis cousu avant de passer sous une presse à haute température. Ah que voilà la ligne Pleats Please (des plis s’il vous plaît). Plus de légèreté et moins de repassage, que demande le peuple ?

Tous les fonflons, la valse musette, et l'accordéoooon !

Et pour les affamées, voilà les visuels de la campagne de pub 2009. Un bon moyen de faire saliver le client au sens propre (testé et validé sur la moitié des filles de la rédac’).

Plus de sushi pour s'habiller

Issey et l’art, c’est une histoire qui roule. À la fin des années 1980, il reprend la technique du plissé pour confectionner les costumes des danseurs des ballets de Francfort. Et à partir de 1986, il entame une collaboration avec le photographe Irving Penn. ATTENTION grosse arnaque : Issey et Irving ne travaillent jamais ensemble. C’est l’assistante du couturier qui trimballe les tenues de l’un à l’autre. Ben voyons.

Issey aurait voulu être un artiiiiste et trouve les défilés trop rapides. Alors il présente ses créations sous forme d’expos itinérantes, fabrique des sculptures de fils en guise de mannequins, et suspend ses vêtements au plafond comme des marionnettes. En 2007, il lance avec Tadao Endo la fondation 21_21 Design Sight à Tokyo, qui n’est pas un musée mais un lieu d’échange entre designers. Mais Issey peut aussi se la jouer mainstream, comme lorsqu’il customise une bouteille d’Evian en 2010.

Enfin, Issey est un gars qui ouvre les esprits. Il organise un défilé uniquement avec des mannequins noires, et un autre avec des octogénaires. Métro-boulot-dodo, c’est pas trop son truc, alors il incite son équipe à aller se balader aux 4 coins du monde. En 2009, il va jusqu’à inviter Barack Obama à participer à la Journée Universelle de Commémoration de la paix à Hiroshima, via une tribune dans l’International Herald Tribune. T’as la classe ou tu l’as pas.

Son vêtement fétiche

Au printemps-été 1985, Issey a la fabuleuse idée du shell knit ou seashell, ce qui, dans la langue de Molière, signifie « coquillage ». Bref, un manteau qui te fait ressembler à une coquille Saint Jacques qui aurait copulé avec un surimi. L’astuce se trouve dans la composition du tricot : du coton et… du synthétique, qui réagit à la chaleur, et grâce auquel on peut former des plis permanents. Et comme Issey ne laisse rien au hasard, les plis du manteau correspondent parfaitement aux rayures initiales.

Ceci n'est PAS un poncho

Issey attache beaucoup d’importance à la relation entre le corps et le vêtement, ce qui se traduit par des expérimentations très très près du corps. Pour l’automne-hiver 1980, Issey invente mieux que le haut moulant : le haut… moulé. Ce bustier en plastique rouge te permet de briller comme une Ferrari, tout en remplaçant aisément un soutien-gorge et des prothèses mammaires. Parfait pour les nombrilistes, un peu moins pour les nanas qui aiment respirer.

I'm sexy and I know it

En 1996, ça bouillonne encore dans le cerveau d’Issey.  La collection A-POC est dans la place, babe. A-POC signifie « A Piece Of Cloth« , se prononce « époque », et va devenir une ligne indépendante en 1999. Si vous ne suivez plus, accrochez-vous à la jupe de votre voisine : pour le défilé de 1998, 23 mannequins sont reliées par une même pièce de tissu (c’est un peu le Facebook version sape). Autre trouvaille de la collection : la fringue qu’on découpe soi-même en suivant les lignes tracées sur un tube de tissu tricoté en 3D.

Scissors Sisters version Miyake

Un détail insolite

Petit intermède sentimental. Le premier amour d’Issey n’a pas été un vêtement mais un pont. Ou plutôt deux. Le couturier prétend qu’il a eu son premier choc esthétique devant les deux ponts d’Hiroshima construits en 1952 près de l’épicentre de la bombe, qui répondaient à l’époque aux sobriquets fort joyeux de « to live » et « to die » (soit « vivre » et « mourir »). Comme on peut faire un sacré paquet de mauvaises blagues avec ce genre d’intitulé, un mec pas trop dépressif les a renommé « to create » et « to go » (« créer » et « partir »).

À moins d’être étudiante en architecture (et encore), tu te demandes peut-être comment on peut pleurer d’émotion devant une charpente. Personnellement, la seule chose qui m’ait jamais fait sortir un mouchoir devant la tour Eiffel, ce sont les crottes de pigeons, mais je ne parierai pas sur la présence des volatiles à Hiroshima.

Une phrase qu’il a dite

Dans une interview pour les Inrocks en octobre 1998, Issey balance un peu :

« Le danger de Paris, c’est le côté médiatique, très international. Tellement de défilés, tellement de gens, de fêtes. Beaucoup de gens aiment la mode, très peu la comprennent. »

Première explication. Si Issey dit ça, ce n’est pas parce qu’il fait l’équation parigot = tête de bobo. Mais parce qu’à l’époque où il étudiait à Paris, le designer a un peu abusé des night-clubs. Un rapatriement sanitaire à Tokyo avec comme motif « gros fêtard », ça le fait moyen, même quand on s’apprête à devenir mondialement connu.

Si Issey semble un peu blasé des Fashion Week, c’est aussi parce que l’étalage de fric et d’ego qui s’y fait chaque saison ne correspond pas trop à sa vision de la mode. Lui qui prône un style démocratisé et accessible doit rester pexplexe devant les fashionistas qui racolent les photographes à la sortie des défilés. D’un autre côté, en affirmant que peu de gens comprennent la mode, notre Issey ne fait-il pas une petite crise de snobisme intellectuel ? Ah, les contradictions.

Et pour encore plus d’Issey

Dur dur, de trouver de l’info exclusive sur Issey. À croire qu’Issey caché. (Ce prénom est décidément plein de ressources.) Bref, si tu veux faire des origamis avec tes paupières, tu peux regarder cette vidéo, tournée lors de l’expo Making Things à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain en 1998. Attention, le film est un peu longuet et le son n’est manifestement pas inclus. Trop de zen tue le zen, alors n’hésite pas à caler une playlist dessus pour secouer du yukata.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Paperboat
    Paperboat, Le 7 mai 2012 à 11h10

    Si j'avais su que l'Eau d'Issey avait été créée par un japonais... ça fait quand même très français comme nom ^^ ! bref, un très bon article, très intéressant !

    sinon j'ai une question pour les modeuses (parce que perso j'y connais rien) : j'ai récupéré une robe zuhair murad pour mango mais qui malheureusement ne va pas à ma soeur (c'était un cadeau). donc je me disais que j'allais la revendre, le hic c'est que je l'ai achetée à une braderie à 2e (ouiii je sais) et je connais pas le prix d'origine...

    elle est neuve (jamais portée, y'a encore l'étiquette), 100% soie, à combien je devrais la vendre ?

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