Les Dolleurs, ces adultes fans de poupées — Témoignage

Les Dolleurs sont des adultes fasciné-e-s par des poupées asiatiques servant de support à leur créativité. Zoom sur un phénomène méconnu.

Les Dolleurs, ces adultes fans de poupées — Témoignage

Si je viens témoigner aujourd’hui, c’est parce que je pense sincèrement que ça en vaut la peine.

Quand vous avez vu le titre, vous vous êtes peut-être dit qu’on allait refaire un mauvais épisode de Tellement Vrai, avec plein de cas sociaux et de gens bizarres qui finissent forcément par fondre en larmes… Eh bien désolée de vous décevoir, je viens parler d’un phénomène qui pourrait concerner votre voisin, votre tante, votre meilleure amie, ou n’importe quelle autre personne que vous croisez dans la rue !

Actuellement, j’ai 21 ans, et je vais sur mes 22 ans à grands pas. Si vous visitez ma chambre, vous verrez au premier coup d’œil une grande vitrine peuplée de POUPÉES. Non, pas des Barbies ou autres Polly Pocket rescapées d’une cour de récré : ici on parle de poupées très particulières, que l’on trouve essentiellement chez nos amis les Asiatiques.

Elles ont un nom : Pullip et BJD pour ma part. Mais pas mal de mes collègues peuvent vous présenter une multitude d’autres modèles, aux physiques très variés. Cette passion, c’est la nôtre, à nous les Dolleurs.

Les Pullip et les BJD, kézako ?

Les Pullip sont de petites demoiselles en vinyle d’environ 30 cm de haut, avec de grosses têtes et des yeux mécaniques. Les BJD (Ball-Jointed Dolls), c’est un monde plus vaste, avec des moules, des tailles, des physionomies aussi variées que la vraie vie, ou presque. Entièrement en résine, celles-ci sont moins kawaii et souvent plus matures.

À gauche, une Pullip, à droite une BJD

Ce n’est pas un jouet, c’est de l’art !

Derrière ces êtres inanimés, il y a un monde grouillant de créativité : en effet, elles ont une utilité ces poupettes ! Ah, je vous vois venir, imaginant que nous faisons des rites sataniques dans notre grenier, ou des pratiques sexuelles douteuses… Navrée de vous décevoir ! Nos dolls, ce sont nos modèles artistiques. Initialement prévues pour être des « mannequins » de photos, on a vu fleurir une multitude d’activités tout autour d’elles : couture, dessin, sculpture, peinture…

Toutes ces choses peuvent exister car ces poupées ont la particularité d’être entièrement customisables : cheveux, coiffures, yeux, cils, corps, maquillage, vêtements, sculpture du visage… L’idée, c’est de créer un objet d’art qui nous correspond, et que l’on pourra brandir fièrement en disant « c’est la plus belle chose du monde ».

Pour ce faire, les créateurs mettent tout à disposition en ligne en vendant soit des poupées au stade de matière première, soit déjà customisées, avec tout un tas d’accessoires achetables séparément.

Rejouer à la poupée, à 17 ans ?

Je suis tombée dans cette douce folie il y a 5 ans. Je traversais une histoire de cœur extrêmement brutale, qui m’avait fauché le cœur et l’esprit, et j’étais devenue l’ombre de moi-même. Peut-être mon âme d’illustratrice m’a-t-elle conduite à cette passion, mais ce qui est sûr, c’est que le jour où j’ai découvert la première de ces poupées sur Internet (après avoir regardé la série animé Rozen Maiden), j’ai eu un coup de foudre incroyable.

Incroyable, mais pas vraiment assumé au départ. À l’âge que j’ai, me remettre à la poupée ! Tout le monde va se foutre de ma gueule ! J’ai chassé cette idée de ma tête, mais elle est revenue au galop, et a fini par tourner à la douce obsession : il m’en fallait une.

C’est le jour où je l’ai reçue que j’ai vraiment pu tourner la page sur mes malheurs. Me concentrer avec autant d’ardeur sur la créativité, l’imagination, le plaisir de créer de ses propres mimines, toutes ces choses m’ont fait sortir la tête du trou, et reprendre avec force le cours de ma vie.

La « petite première » a vite été rejointe par une dizaine d’autres, et maintenant je possède une belle collection de Pullip et BJD.

J’ai également repris l’écriture, et il m’a semblé tout naturel d’incarner mes héros/héroïnes dans ces êtres de résine, car je pouvais les façonner comme il me plaisait, et ainsi représenter presque parfaitement l’image que je me faisais de chacun de mes amis de papier.

Dites bonjour à DR, la plus petite de mes BJD, terriblement adorable !

Petite déconstruction des préjugés

Notre communauté est lucide : nous connaissons les préjugés qui tournent autour de notre passion. Alors laissez-moi en déconstruire la plupart.

Qui dit poupée, dit meuf : faux, faux, faux et re-faux. Nous avons des hommes dans notre communauté, et (cassons un autre préjugé qui se ramène au galop) des orientations sexuelles très variées. Certains d’entre eux sont même très connus et ne cachent pas du tout leur passion.

Les gens qui ont des poupées doivent être un peu bizarres, un peu renfermés, ou alors excentriques : encore faux. Si ça se trouve, votre meilleur-e pote est des nôtres ! Il y a autant de Dolleurs différents que de gens dans la rue…

C’est une passion qui ne doit pas concerner grand-monde quand même : nous sommes une grosse communauté, répartie dans tous les pays du globe, avec nos champion-ne-s : les Espagnol-e-s et les Américain-e-s. Sachez par exemple que le plus gros forum de poupées connu compte près de 120 000 abonné–es ! De plus, notre passion gagne en notoriété : à Lyon se tient désormais une fois par an le LDoll Festival, qui se consacre entièrement à cette passion.

Les gens qui aiment ça doivent un peu considérer leurs poupées comme des êtres vivants, et ça fait vraiment flipper : oui et non. Nous avons une affection sans limite pour nos poupées, comme vous pourriez en avoir pour n’importe quel objet précieux ou chargé de souvenirs. Chacune d’entre elles représente une époque, une période de notre vie ou de notre imaginaire, donc forcément, on y tient. Toutefois, nous ne parlons pas à nos poupées, ne dormons pas avec ou autres « bizarreries ». Nous considérons ces objets comme ce qu’ils sont : des oeuvres d’art. Par contre, il est traditionnel de leur donner des noms : ma BJD s’appelle Laureline par exemple.

C’est un peu mal vu… en société, encore et toujours. Personnellement, j’assume ma passion au grand jour, et tout mon entourage s’y est accoutumé. Certains y ont même prêté tant d’attention qu’ils sont tombés dans le hobby à pieds joints !

C’est cher : oui, et pas qu’un peu. Cette passion est principalement présente chez les adultes ou jeunes adultes : nous manipulons des objets d’une qualité exceptionnelle, et le prix suit… Ne comptez pas moins de 110€ pour une Pullip neuve et complète, et pour les BJD, les prix peuvent s’envoler de 120 jusqu’à 2000€ pour les modèles les plus rares, les plus chers et les plus grands. C’est pour moi le seul énorme point noir : c’est un hobby de luxe.

Moi, ça ne me plaira JAMAIS : pas forcément ! Il y a tellement de modèles variés qu’on finit souvent par tomber sur une poupée qui nous tape dans l’oeil. Et puis au pire… Chacun sa passion !

Quand on aime les BJD et les Pullip, on aime aussi les reborn, non ? Pas forcément. Je connais quelques personnes qui en collectionnent, mais c’est plutôt rare à vrai dire. Le milieu des reborns est un peu différent du nôtre. On peut aimer les BJD sans aimer les reborn, comme moi par exemple : j’ai toujours été gênée par le réalisme de ces derniers, qui me met un peu mal à l’aise.

Quelques infos complémentaires

Maintenant que tout cela est cassé, permettez -moi d’ajouter un dernier petit mot.

Si cette passion vous intéresse, il vous suffit d’aller sur Flickr, et de taper « BJD ». Vous verrez que mêmes les plus grands noms de la photo en possèdent, et qu’on peut vraiment créer des choses sublimes.

Être dolleur, c’est souvent participer activement à une communauté, sur les réseaux sociaux, Flickr et les forums, qui est très active. Nous aimons partager et montrer notre travail créatif !

Pour finir, je dirais que cette passion est à mes yeux la démonstration de quelque chose de rare de nos jours : c’est la preuve que nos goûts ne définissent pas notre statut dans la société. On est ce que l’on est, et on le vit bien mieux en s’assumant et en appréciant les choses qui s’offrent à nous.

Aimer les poupées, ce n’est pas bizarre. C’est différent, c’est spécial, c’est inhabituel, oui. Mais il y a dans ce hobby plus de beauté que je n’ai pu en voir ailleurs, et tellement de liberté dans la création que j’y ai découvert une ouverture d’esprit tout à fait hors normes.

En conclusion… je suis dolleuse, et fière de l’être !

Rive, ma dernière création !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Topaze
    Topaze, Le 12 mai 2014 à 6h36

    Une amie à moi fabrique les vêtements de mes Pullips voici ce que ça donne pour ma petite Plume (la jolie rousse) Cassandra et Kyo [​IMG][​IMG][​IMG]

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