Je suis sirène professionnelle — Témoignage

Sirène, c'est un métier, oui madame ! Claire a 24 ans et elle est sirène professionnelle. Quelle belle époque nous vivons.

Je suis sirène professionnelle — Témoignage

Publié initialement le 11 décembre 2013

Cela fait maintenant 4 ans que je me suis lancée dans cette idée un peu folle qui est de devenir la première sirène professionnelle française. Je me doute que ce titre doit vous paraître un peu obscur alors je vais commencer par vous éclairer là-dessus.

Qu’est-ce qu’une sirène professionnelle ?

Ce concept nous vient tout droit de l’Australie et des États-Unis. Là-bas, il existe ce qu’on appelle le « mermaiding ». Il s’agit de se constituer un costume de sirène le plus réaliste possible et de pouvoir nager avec. Le « mermaiding » regroupe de nombreuses communautés de sirènes un peu partout dans le monde qui se retrouvent lors de conventions (principalement situées aux USA) et sur Internet.

Parmi ces communautés, se détachent celles et ceux qui ont décidé et réussi à devenir des « mermaid performers » : des artistes qui se produisent en spectacle dans des aquariums, pour des tournages, dans des soirées, pour des anniversaires et autres types d’évènements… Leur « spécialité » est ainsi d’être rémunéré-e-s pour apparaître déguisé-e-s en sirène.

La plus populaire des sirènes professionnelles dans le monde, et la première à avoir été médiatisée comme telle, est Hannah Fraser, une mannequin australienne et également une ardente militante pour la protection de la faune et de la flore marine, qui est célèbre pour avoir nagé notamment avec des dauphins, des raies mantas, des baleines, des requins blancs… tout ça en apnée et avec pour seul accessoire sa queue de sirène.

Mais beaucoup d’autres sirènes professionnelles existent, depuis quelques années la mode du « mermaiding » séduit d’ailleurs de nombreuses personnes qui rêvent de se glisser un instant dans la peau d’une créature aquatique irréelle, au point que les entreprises de fabrication de queues de sirènes cartonnent outre-Atlantique !

Mon parcours de sirène

Il y a quatre ans, j’ai découvert le monde des mermaid performers et, étant depuis toute petite passionnée par les créatures fantastiques (eh oui moi aussi j’aime les licornes !), cette idée s’est transformée en une volonté créatrice qui ne m’a plus quittée.

À côté de mes études, je dansais en discothèque en proposant des thèmes souvent liés au merveilleux (anges, fées…). Comme j’ai toujours aimé l’eau (j’ai commencé la plongée à 16 ans et j’ai eu la chance de vivre jusqu’à mes 18 ans au bord de la mer), il m’est venu l’idée de proposer un show en costume de sirène. En faisant des recherches sur Internet pour trouver un costume (à ce moment-là je n’avais pas encore d’idée précise sur ce que j’allais faire), je suis tombée sur les performances d’Hannah Fraser et j’ai immédiatement adhéré à son concept ! Pendant 3 mois (le temps de faire des essais pour réaliser mon premier costume), je pensais sirène, je rêvais sirène, bref, je n’avais plus que ça en tête ! Depuis, cette passion ne m’a plus quittée.

Je pratiquais déjà la plongée mais je me suis mise également à l’apnée, je pratique toutes les semaines en piscine et actuellement je descends jusqu’à 20 mètres de profondeur. Mes costumes comportent tous une monopalme qui m’aide à nager « façon sirène », je n’ai eu aucune difficulté à m’y habituer, il faut dire que l’envie joue beaucoup ! Dès que je mets mon costume je me « sens » sirène ! Le plus difficile c’est de garder les yeux ouverts et de supporter d’avoir de l’eau dans le nez pendant qu’on plonge, car bien sûr une sirène ne porte ni masque, ni lunettes, ni pince-nez.

Le costume de sirène

C’est d’abord le costume qui a accaparé mon attention. Aux États-Unis il est possible de s’en procurer, mais ceux-ci valent plusieurs milliers de dollars, sans compter qu’il faut bien 6 mois au fabricant pour les confectionner puis les envoyer. J’ai donc décidé de m’en faire un moi-même, en latex moulé sur mon corps.

Ce fut une opération fastidieuse, puisque, vivant à Paris, j’habite dans un tout petit studio et celui-ci fut donc vite rempli par les matériaux dont j’avais besoin (je ne vous dis pas le bazar !). De plus, je ne suis pas couturière et je ne connaissais absolument rien aux techniques de moulage. Après avoir fait de nombreux tests et peinturluré la moitié de mon appartement avec des pigments bleus (véridique), mon premier costume était né.

Mon premier costume que j’ai depuis vendu à une autre passionnée de sirènes !

Autant vous dire que je suis devenue une experte en produits de moulage et une bien meilleure couturière depuis ! D’ailleurs, j’ai fabriqué trois autres costumes, toujours avec l’envie de faire plus réaliste, plus spectaculaire. Le dernier en date est moulé en silicone et pèse 13 kilos ; il me sert exclusivement à nager lors des shootings et tournages sous l’eau, ainsi que dans les aquariums.

Mon quatrième costume, fait en silicone (copyright GRG underwater photography)

Percer dans un milieu… qui n’existe pas encore en France

L’étape la plus difficile de mon parcours, et celle pour laquelle je me bats encore et encore. Si Hannah Fraser et d’autres mermaid performers sont de plus en plus médiatisé-e-s dans le monde, il y a quatre ans le phénomène était presque inconnu en Europe et notamment en France.

Alors que je possédais un bon réseau grâce à mes jobs de modèle, danseuse et actrice, j’ai vraiment peiné dans mes débuts à imposer l’idée d’un show sirène, de photos et films subaquatiques… Les directeurs artistiques, organisateurs de soirée et photographes trouvaient en général mon concept « intéressant » sans toutefois donner suite.

Mais cette idée me tenait vraiment à cœur, pour la première fois de ma vie j’avais même une passion dont je ne me lassais pas. Je me suis alors investie à fond : je me suis spécialisée. J’ai commencé un master en médiation culturelle à La Sorbonne Nouvelle où j’ai pu rédiger un mémoire sur « le mythe de la sirène et ses représentations modernes » en M1 et un autre sur « du mythe à la sous-culture : les communautés de sirène sur Internet » en M2 que j’ai validé avec la mention Très Bien.

J’ai toujours été fascinée par les créatures hybrides et fantastiques : sirènes, centaures, fées… Surtout si elles reflétaient une certaine beauté féminine. Les sirènes répondent exactement à cela. Elles sont belles, fatales, pleines de mystère et vivent dans un milieu qui nous est encore presque inconnu puisque notre nature d’être humain ne nous permet pas de visiter le fond des océans. On peut désormais dire que je suis une véritable experte en ce qui concerne les sirènes !

Les sirènes selon Harry Potter, c’est un peu moins funky.

J’ai également perfectionné mes costumes et accessoires, acheté des décors, je me suis construit un site Internet, et je prends régulièrement des cours d’apnée afin d’être le plus à l’aise possible lors des événements sous l’eau.

Bientôt le succès ?

Il s’agit davantage d’un succès personnel : être allée au bout de mon rêve. J’ai eu l’occasion de plonger en mer, de faire des photos et des vidéos avec mes tenues de sirène. Par ailleurs, il semblerait que les sirènes soient de plus en plus à la mode et depuis un an j’ai désormais régulièrement des demandes de prestations. J’ai par ailleurs pu plonger cet été dans un aquarium avec des requins et je travaille (en sirène !) tous les samedis soir à l’Aquarium, un night club situé dans l’aquarium du Trocadéro à Paris.

Je n’ai jamais eu de frayeur particulière si ce n’est une grosse crampe à la jambe alors que je nageais avec mon costume depuis plus d’une heure en mer pour une vidéo. Mais je n’ai pas paniqué, je suis juste remontée vers le bateau afin qu’on m’aide à enlever mon costume.

Cela dit, une fois lors d’un entraînement d’apnée, j’ai vu une personne faire une syncope, et je dois dire que c’est assez effrayant. Depuis je fais vraiment attention à ne pas pousser mes limites car en apnée un accident est vite arrivé.

Il faut une voire deux personnes pour m’aider à enfiler mon costume, de même il en faut au moins une pour m’aider à l’enlever. En cas de problème il me faudrait donc plusieurs minutes pour le retirer.

Pour la suite j’espère arriver à organiser des expositions sur le mythe de la sirène et je poursuis mes études en doctorat afin d’enseigner la mythologie. En bref, si cette idée de devenir une sirène semblait un peu folle au départ, elle a bien changé ma vie et c’est tant mieux !

Pour en savoir plus…

  • Vous pouvez consulter mes deux mémoires en ligne sur mon site à l’onglet « A propos des sirènes »
  • Il existe un forum américain très complet qui regroupe la plupart des adeptes du mermaiding et que j’ai étudié pour mon deuxième mémoire, Mernetwork !

— Image principale par Pierre-Yves Millet / Image de slider par Ophélie Kustra

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kaylie
    Kaylie, Le 3 août 2015 à 21h22

    Je rêvais tellement d'être une sirène quand j'étais petite ! Mais je ne pouvais qu'en imagination, mes cours de natation étant un désastre. Encore aujourd'hui, je suis incapable de me passer de lunettes de plongée dès que je vais dans l'eau (heureusement que le ridicule ne tue pas !).
    Bravo en tout cas, ça vend du rêve !

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