Le retour d’Erasmus, ou le choc des cultures… à l’envers

Miss Lu, après être partie en Erasmus en Allemagne, a expérimenté un choc des cultures... à son retour en France. Elle vous raconte.

Le retour d’Erasmus, ou le choc des cultures… à l’envers

Revenir d’Erasmus, c’est un peu comme y partir : ça peut être légèrement difficile et traumatisant. Même si, on est d’accord, tout dépend de l’expérience de chacun•e, du pays où l’on part en Erasmus, du pays d’où l’on vient, des gens qu’on rencontre, etc.

Mon Erasmus, c’était en Allemagne

Mais quelquefois, surtout au début, on peut passer par une phase difficile, une sorte de choc des cultures. Pour ma part, je n’ai eu aucun mal à trouver ma place à Konstanz, en Allemagne lorsque je suis allée y vivre pour un an en échange Erasmus… c’est en rentrant en France que les choses se sont révélées culturellement plus difficiles.

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C’est en rentrant en France que les choses se sont révélées plus difficiles

La France et l’Allemagne étant limitrophes, je pense qu’il y aurait clairement eu plus dépaysant comme expérience. Mais n’empêche que les Allemand•e•s et les Français•es ont pas mal de différences, et qu’une fois que je me suis habituée au mode de vie et à la façon de penser germaniques, j’ai eu un peu de mal quand je suis revenue dans l’Hexagone !

Les différences concrètes

D’abord, il y avait les gens. En Allemagne, les gens sont particulièrement respectueux et polis. Alors qu’en France, soyons honnêtes, on aime bien dire des gros mots, râler très fort et se bousculer (moi la première). Et l’ambiance générale va avec : en France, l’atmosphère (surtout depuis la crise) est plus morose que dans d’autres pays, notamment en Allemagne, moins touchée par les difficultés économiques.

En France, l’atmopshère est plus morose qu’en Allemagne

Ensuite, il y a l’environnement. Si j’avais le même nombre de poubelles dans mes colocs en France et en Allemagne (cinq poubelles dans neuf mètres carré en cité universitaire, c’est dur), la protection de l’environnement était vraiment plus avancée dans mon pays d’accueil Erasmus. Le nombre de vélos attachés devant l’université était proprement hallucinant, les voies cyclables larges et nombreuses (contrairement à Nancy où, sans vouloir dénoncer, il y a des pistes cyclables coincées entre la voie de bus et la voie automobile), et les associations universitaires de protection de l’environnement très actives.

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La communauté Erasmus et universitaire

J’aimerais mentionner tous ces gens qui, au fil des rencontres, deviennent des ami•e•s. Et il y en a beaucoup, car la communauté Erasmus est grande ! On rencontre ainsi des personnes de tous horizons, de toutes nationalités, de tous caractères… Pour ma part j’ai compté mes nouveaux/nouvelles potes sur tous mes doigts des deux mains et des deux pieds ! C’était très cool.

Eh bien, quand on revient ensuite dans son université d’origine, on peut être soudain un peu déçu•e. Se sentir un peu seul•e. Avoir l’impression de voir toujours les mêmes têtes, même s’il y en a plusieurs milliers, et de ne plus respirer la diversité. Je ne sais pas si l’université de Konstanz avait une communauté Erasmus particulièrement nombreuse et/ou active, ou si c’est simplement que je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de rencontrer des étudiant•e•s en échange à Sciences Po Paris, mais j’ai réellement eu l’impression en rentrant en France de toujours voir le même genre de jeunes un peu gâté•e•s par leurs parents. Peut-être l’université inclut-elle tout simplement un brassage social plus important !

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Cette ouverture d’esprit m’a terriblement manqué quand je suis revenue en France

Dans la même idée, les gens que l’on rencontre en Erasmus sont souvent des personnes ouvertes et curieuses — au moins assez pour venir habiter pendant minimum six mois dans un pays étranger. Et c’est cette ouverture d’esprit qui m’a terriblement manqué quand je suis revenue en France. Je me suis retrouvée confrontée au FN qui montait dans les sondages, à la xénophobie qui se décomplexait, à un communautarisme qui s’affirmait.

Je me suis demandé pourquoi partir à l’étranger quelques temps n’était pas encore obligatoire, parce que ç’aurait manifestement fait du bien à tous ces gens-là de se retrouver dans la peau de « l’autre », la minorité, pour une fois…

Sprechen Sie deutsch ?

Mais abordons donc un sujet un plus joyeux, et qui me met un peu moins le seum. Pendant tout le temps de mon Erasmus, je me suis habituée à parler dans une langue étrangère, soit allemand, soit anglais, selon les personnes que je rencontrais. Mon vocabulaire s’est énormément enrichi en très peu de temps, mon accent s’est nettement amélioré, je me suis trouvée capable de comprendre de fines nuances… et globalement, en même temps que j’apprenais à mieux parler ces langues étrangères, je me suis habituée à m’exprimer autrement.

Parce qu’apprendre et pratiquer plusieurs langues, c’est aussi gagner en nuances, en richesse de pensée, c’est apprendre à exprimer les choses plus précisément, à l’aide d’un terme qui peut n’exister que dans une seule langue !

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Je me suis un peu ennuyée, linguistiquement parlant !

Du coup, quand je suis rentrée en France, je me suis un peu ennuyée, linguistiquement parlant ! Je me retrouvais à nouveau dans un environnement où les gens ne parlaient qu’une seule langue, dont j’avais moi-même déjà pas mal exploré les possibilités, et je n’apprenais plus grand-chose. Le français me paraissait même… insipide. Dénué de toutes ces couleurs qui font le côté chatoyant d’une langue étrangère, dénué de la saveur des accents qu’on a pas l’habitude d’entendre.

Qui suis-je ?

Et surtout… je me suis retrouvée, à nouveau, étrangère dans mon propre pays. Alors certes, je partais déjà avec un handicap, puisque je n’ai pas grandi en France. Mais en Allemagne, au milieu de toute cette multiculturalité, j’avais trouvé ma place. Je m’entendais particulièrement bien, facilement, avec tous ces gens déracinés.

Je me suis sentie encore moins française, plutôt multiculturelle.

Nous étions pareil•le•s : nous avions une ou plusieurs nationalité(s), nous ne pouvions généralement pas communiquer dans notre langue maternelle (sauf les anglophones), nous nous trouvions en terrain étranger… et nous partagions un certain amour de l’Allemagne et de sa culture. Avec cette expérience Erasmus, en plus de ma double culture, je commençais à ne vraiment plus ressembler du tout à la Française moyenne. Je m’en sentais très éloignée, par mes centres d’intérêts, mes points forts, et mes expériences. Je me suis sentie, depuis ce séjour Erasmus, encore moins française. Plutôt multiculturelle !

Et toi, quelle a été ton expérience à l’étranger ? Comment t’es-tu senti•e en revenant dans ton pays d’origine ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • RadioLu
    RadioLu, Le 17 décembre 2015 à 16h15

    Oh là là, ça y est, le Jour-J est arrivé, je suis dans tous mes états :crying:
    C'est vraiment dur ! Mes valises ne sont pas toutes terminées, et pourtant elles débordent déjà... Je redoute fortement le passage à l'enregistrement...
    S'ajoute à cela la tristesse de quitter son pays d'accueil, ses amis, son quotidien depuis un an et demi. DUR, DUR :tears:

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