Peut-on refuser de garder un secret ? — La leçon de la semaine

Sérieusement, parfois, garder un secret, ça fout la merde. Et si on avait le droit, finalement, de refuser de les garder ? C'est la question que se pose Sophie aujourd'hui.

Peut-on refuser de garder un secret ? — La leçon de la semaine

De mémoire d’humaine, y a une phrase que je déteste qu’on me dise. En fait, y en a plusieurs. Y a par exemple « votre train est annulé », « désolée madame, nous n’avons plus de pâté » ou « vous avez une IST ». Mais aucune de ces trois phrases n’a de rapport avec le sujet du jour alors j’ai envie de te dire : passons.

La phrase que j’aime pas tellement entendre et qui colle pile poil avec le sujet du jour, c’est :

— Je peux te confier un secret ?

Après, sérieusement, ça dépend du contexte. Quand on me dit « est-ce que tu pourrais regarder ce truc que j’ai pondu, sans le dire à personne, pour me donner ton avis ? » je suis hyper flattée. Quand c’est un secret qui concerne uniquement la personne en question, je respecte et je protège l’info comme si c’était un bébé Border Collie.

Quand c’est un secret qui concerne uniquement la personne en question, je respecte et je protège l’info comme si c’était un petit chiot.

Mais y a certains secrets, finalement, t’as pas toujours envie de les avoir entendus, après coup. Tu sais, ces secrets que tu sais difficiles à garder, parce qu’ils sont pas très importants mais un peu gênants, ou qu’ils concernent trop de personnes que tu connais et du coup c’est chaud du slibard de pas faire une boulette ?

pllMoi gardant un secret de façon discrète et naturelle.

Parce qu’en plus, généralement, le léger sentiment de panique d’avoir fait une boulette (et par mégarde trahi un secret) est suivi d’une autre forme de panique : celle d’être interrogée par la personne en question pour savoir de qui tu tiens cette info.

Horrible.

Combien de fois on m’a cuisinée de la sorte depuis que je suis née ? Je n’ose y réfléchir.

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Y a quelques années, une pote de l’époque m’a foutu un putain de bâton merdeux dans les mains en me disant un secret sur un pote de l’époque. Je sais plus comment, ce pote avait su que je savais ce truc sur lui, et voulait savoir de qui je tenais cette information. ET MOI JE VOULAIS PAS !

Loyauté level : labrador.

D’un côté j’avais un pote qui avait vraiment envie de savoir qui racontait des trucs sur lui, et de l’autre une pote à qui j’avais pas envie de créer des emmerdes. Et j’étais pas bien, oh lala ! Quoique je fasse, quelqu’un allait me faire la gueule.

Ça a pas manqué, mais tant pis : quelqu’un qui est pas capable de comprendre quand je dis « j’ai pas envie de trahir la confiance qu’on a placée en moi », bah c’est quand même quelqu’un qui risque bien souvent de faire la tronche.

Bon, avec le recul, quand je revois la scène où m’a confié le secret, c’était plus en mode total ragot. Mais ça m’a au moins permis de savoir que j’étais tel le roseau et magnolia, la zouz à Claude François : je plie mais je ne romps jamais, ma gueule. On me confie un truc, je la ferme, autant que possible.

chienJe suis comme Beethoven, je reste loyale (et parfois je sens un peu fort)

Mais c’était quand même un moment désagréable (vraiment).

Alors tu sais ce que j’ai fini par apprendre à faire, parfois ? Refuser qu’on me raconte des trucs. À moins d’être vraiment très proche de la personne en question — genre mes amies de longue date, elles savent qu’elles peuvent et que ma loyauté envers elles est complète.

Alors tu sais ce que j’ai fini par apprendre à faire, parfois ? Refuser qu’on me raconte des trucs.

Mais alors comment faire la différence entre les amis dont on ne préfère pas entendre les secrets et ceux où, ok, d’accord, même si peut-être, ça va être difficile ? Moi mon repère, c’est « est-ce que j’aurais envie que cette personne vienne me voir à l’hôpital si je tombais très malade ou que j’accouchais d’un enfant ? » C’est personnel, tout de même.

Peut-être que toi, ton repère de l’ami dont tu veux bien entendre et garder les secrets est ailleurs. Exemple : « je pourrais refuser une tartine de rillettes pour cette personne ».

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Ton refus n’a pas à être immuable ! Tu peux aussi – c’est personnellement un truc que j’essaie de faire – chercher à connaître les motivations de la personne qui s’apprête à se confier. Lui demander, tout simplement, sans agressivité « est-ce que ce secret te concerne toi, ou est-ce que c’est un secret pas très important mais gênant que je vais devoir garder sur d’autres personnes ? ».

Parce que, comme dans l’histoire mentionnée plus haut, les secrets-potins ne m’intéressent plus. Pire, ils m’embarrassent. Savoir que je vais devoir croiser à nouveau la personne concernée en prenant garde à ce qu’elle ne voit pas que je sais qu’elle mange son caca, trompe sa moitié ou fantasme sur Moundir n’est pas une idée qui m’enchante.

moundirOuais.

Une autre question à poser, je trouve, c’est « est-ce que tu es sûr•e de vouloir me raconter ça à moi ? Est-ce que tu ne vas pas regretter demain ? », parce que peut-être que la personne s’emballe et qu’elle sera gênée après coup (ce qui serait quand même dommage). Peut-être aussi qu’elle aura de très bonnes raisons de vouloir se confier à toi, genre « je sais que ça t’est déjà arrivé et que tu as réussi à dépasser ça ».

Personnellement, on me dit ça je dis « banco, raboule la confidoche ». Si on m’appelle vraiment au secours, je vais pas non plus faire la rapiat. 

Une autre question à poser, je trouve, c’est « est-ce que tu es sûr•e de vouloir me raconter ça à moi ? Est-ce que tu ne vas pas regretter demain ? »

Et dans ce cas-là, il vaut mieux être prudent•e : si le secret qui t’est confié est hyper important, il faut à la fois tenir parole, et aider la personne qui s’est confiée à ne pas le garder pour elle et à se faire aider par quelqu’un de plus compétent•e !

Mais si vraiment, t’as pas envie d’entendre un secret en question parce que ça implique de le garder, bah t’as le droit. On a tendance à oublier qu’on a le droit de ne pas avoir envie de tout entendre, alors je le rappelle, l’air de rien. On a le droit de dire non

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Alors, à la question posée par ce titre, je réponds que oui, bien sûr, on peut refuser de garder un secret… mais seulement si on a refusé de l’écouter. Sinon ? Sinon, je pense qu’il vaut mieux, dans la majeure partie des cas, fermer sa mouille et le garder pour soi !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ratapenada
    Ratapenada, Le 27 juillet 2016 à 22h39

    Bon je n'ai jamais voulu commenter sur les articles du site, mais je crois que je vais faire une exception :) Déjà merci pour évoquer un tel sujet qui fait écho à une situation que je connais euh ... depuis toujours en fait, aussi loin que je me souvienne

    D'ailleurs je ne sais si des personnes connaissent cette situation ici, mais pour mon cas je déteste garder un secret ! Car j'ai une très grande qualité (qui me pose souvent problème en fait) c'est que je garde toujours les secrets que les gens me confie et ça commence lourdement à me peser.
    Et le pire c'est quand les gens me raconte leur secret même quand je leur précise explicitement que je ne veux pas le savoir ! :mur:

    Et désolé de m'incruster et de raconter comme ça ma vie :red: :ninja:

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