De la perception de la figure paternelle par les madmoiZelles

Mais c’est quoi, pour les madmoiZelles, un père ? On ne parle pas forcément du père biologique, génétique ou officiel, mais de l’idée d’une figure paternelle… Publié initialement le 19 juin 2011 Avant tout : merci de vos participations, vous avez été nombreuses… et sacrément prolixes ! Après un week-end marathon pour extraire et analyser […]

De la perception de la figure paternelle par les madmoiZelles

Mais c’est quoi, pour les madmoiZelles, un père ? On ne parle pas forcément du père biologique, génétique ou officiel, mais de l’idée d’une figure paternelle…

Publié initialement le 19 juin 2011

Avant tout : merci de vos participations, vous avez été nombreuses… et sacrément prolixes ! Après un week-end marathon pour extraire et analyser vos p’tites réponses, l’heure des résultats a sonné.

Vous m’avez fait part de vos perceptions à propos d’une figure paternelle « idéale », à propos de vos pères à vous et de votre intimité, à propos d’une place qui peut être difficile à trouver aux côtés de pères trop parfaits, trop imparfaits, trop aimants ou trop absents.

Vous m’avez parlé de la culpabilité que certaines d’entre vous portent envers des pères qui donnent ou se sacrifient trop ou à l’inverse envers des pères qui ont « démissionné ».

Vous avez mentionné aussi la difficulté de se construire face au regard du père, la difficulté de pardonner à nos pères pour ce qu’ils n’ont pas été, pour ce qu’ils ont fait et – parfois – pour la violence qu’ils ont infligée. Scindés en mots courts et explications concises, vos témoignages apportent la preuve que la paternité, comme la filiation, ne sont pas si évidentes. Et qu’être « la fille de », ça ne se fait pas sans heurts.

Alors c’est quoi, un papa en 2011 ? Les sciences sociales se sont intéressées à la paternité sur le tard, et sont revenues d’un modèle traditionnel où le père était un simple pourvoyeur d’autorité (Valois, 1998). Quelques bouleversements et changements sociétaux sont venus moduler le rôle de père.

En premier lieu, on pensera à la révolution contraceptive, au fait qu’en théorie, en 2011, chaque membre du couple peut choisir où, quand, comment et avec qui faire un enfant (en théorie, nous avons dit).

Ensuite, grâce à l’arrivée des mères sur le marché du travail (ALLELUJAH), un nouveau partage des rôles s’est découpé ; puisque les finances reposent sur les deux conjoints, les hommes ont la possibilité de s’investir davantage auprès de leurs enfants.

Enfin, la montée des ruptures conjugales a transformé le système de parenté propulsant les problématiques des parents à mi-temps, des gardes exclusives… Et de la difficulté de défendre son droit de garde lorsque l’on est un homme (et ici, j’aimerais souligner que le sexisme touche à la fois les hommes et les femmes, et si la garde est bien souvent offerte à la mère, c’est probablement parce que l’on considère que la parentalité est l’apanage de la femme).

Dans la paternité nouvelle génération, le père doit aimer son enfant, lui consacrer du temps, partager et verbaliser ses émotions et accepter de mixer paternité, sensibilité et masculinité.

La paternité pourrait bien devenir un statut personnel valorisé (Delaisi de Parseval et Hurstel, 1987) et pour François de Singly (coeur coeur coeur – bonjour, je suis une fan), le père idéal se caractérise aujourd’hui par sa présence et la proximité qu’il instaure avec sa progéniture.

Les dires des sociologues et psychosociologues rejoignent ici ceux des psychanalystes (victoire ! Hache de guerre enterrée !) : Didier Lauru pointera l’importance du regard du père sur l’enfant, et plus spécifiquement sur la fille, qui doit contenir assez d’amour pour que nous puissions prendre confiance en nous, mais pas trop pour ne pas nous empêcher d’aller vivre nos vies ailleurs.

Les résultats ! Les résultats !

Mais comme je sais que vous avez ras-le-luc de tout ce blabla, passons à vous et vos réponses. Vous avez été 116 à participer, et vous avez décrit le sujet en 346 mots. Les groupes que vous avez construits et nommés à partir de vos listes de mots m’ont permis de comprendre le sens que vous accrochiez à ces mots et d’affiner un peu l’analyse technique.

Pour les connaisseuses, vos résultats ont été étudiés avec ce qui se nomme de façon barbare une analyse de similitude, qui permet de construire un tout aussi sauvage « arbre maximum ». Ce qui signifie qu’après extraction et statistiques, nous obtenons les représentations suivantes :

Que personne ne s’enfuie, explications : ce dessin représente les mots que vous avez le plus associés à votre idée d’une « figure paternelle ».

Les petits traits entre les bulles indiquent les corrélations entre chaque terme, c’est-à-dire : 13% d’entre vous ont cité « protection » avec « amour » et avec « soutien », 9% d’entre vous ont associé le mot « amour » au mot « modèle », et ainsi de suite…
Les petits chiffres sous les mots sont quant à eux des indices de connexité et permettent de voir que tel mot est plus prégnant qu’un autre.

Si l’on prend les choses par ordre d’importance, pour vous, madmoiZelles, un père, ça veut dire :

1/ Quelqu’un qui protège. Protection a été le terme le plus utilisé dans vos descriptions, et celui qui était la plupart du temps en tête de vos listes. Pour vous, et que cela soit effectif ou fantasmé, un parent doit être garant de votre protection, de votre bien-être, et doit vous permettre de grandir de façon sereine.

2/ Quelqu’un qui représente l’autorité. Peut-être hérité du système traditionnel, la notion d’autorité arrive en pôle position. Le terme ne représente toutefois pas la même chose pour chacune d’entre vous : certaines ont expliqué que l’autorité bienveillante de leur père leur avait permis d’acquérir certaines valeurs et limites, tandis que d’autres ont pointé une autorité plus « violente », intransigeante, non constructive, une autorité « couperet ».

3/ Le terme « amour » fait également partie du Top 5, et lui aussi n’a pas eu le même sens pour toutes. Vos explications ont montré qu’un père, c’est quelqu’un qu’on aime, quelqu’un qui nous aime. Ou quelqu’un qu’on a parfois du mal à aimer et qui nous aime mal. Le terme est également revenu avec une idée de devoir : on doit aimer son père. Un père doit aimer ses enfants. Je crois que c’est par le mot « amour » qu’est apparue toute la complexité des rapports au père, de la filiation, de la paternité, et sans doute de la parentalité en général.

4/ Un modèle. Une figure sur laquelle on peut s’appuyer pour grandir et pour se construire, une figure que l’on admire et à qui l’on veut ressembler, plaire… Ou qui nous a simplement enseigné certaines valeurs, montré certains chemins.

5/ Quelqu’un de drôle. Un père doit vous faire rire, que cela soit intentionnel ou malgré lui. Selon vous, cette qualité serait le gage d’une certaine complicité, le signe que « tout va bien » dans votre relation, que « tout va bien » malgré des événements qui n’iraient pas dans ce sens.

6/ Un soutien. Psychologique, financier, affectif… Le père dont vous avez parlé doit vous soutenir de façon inconditionnelle, doit être présent pour vous même si certaines de vos décisions lui semblent farfelues, même si s’il n’est pas d’accord avec tout, et même si vous vous plantez. Surtout si vous vous plantez.

Certains mots se sont placés à la frange du seuil de « significativité » (= de prise en compte), et à quelques trucs près, on aurait pu trouver les mots suivants : fort, compréhension, présence, responsabilités, complice, solide… Ainsi que les surnoms (bonjour les P’pa/Papou/Poupounet/mon- papa-à-moi…).

Finalement, vos descriptions n’ont pas été si éloignées du modèle actuel utilisé par les sociologues, psychologues & tous les quelquechose-logues : un père doit JONGLER. Et s’ajuster en fonction de nos besoins, des étapes de nos parcours.

Ils doivent gueuler un bon coup lorsque l’on fait une bêtise (allez, #dimancheconfession : à 9 ans, je me suis tirée de l’école parce que je n’avais pas envie de manger du riz pilaf à la cantine = plus grande engueulade de mon paternel)(en revanche, à 18 piges, pour m’engueuler quand je faisais le mur par ma porte-fenêtre, Y AVAIT PLUS PERSONNE – je suis donc devenue schizophrène), tout en nous assurant qu’ils nous aiment quand même et en finissant par une petite blagounette pour nous arracher un sourire.

Personnellement, j’aurais tendance à conclure que Papa est une Maman comme les autres et que la phrase de Winicott devrait être élargie : « il faut être [un parent] suffisamment bon ». Ni trop, ni trop peu.

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MsOriginalDoll
    MsOriginalDoll, Le 23 juin 2014 à 15h58

    C'est une très belle perception des choses, même si, je pense comme moi, que certaines Madmoizelles aimeraient avoir un père qui respecte ces choses-là.

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