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L’instant putassier : les gens 1er degré

Aujourd'hui, le Pr. Bobby Freckles traite un cas difficile : les individus qui prennent tout au premier degré.

Par Pr. Bobby Freckles, 26 ans, le 19 juin 2008
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Nom d’une pustule hypertrophiée, quelle société pourrie que celle où nous vivons.
Parfois j’ai l’impression de vivre dans un clip jauni des années 80 où un groupe de hair métal jouerait intensément et sincèrement, et surtout avec tout le sérieux du monde, agrippé à une keytar*. C’est exactement ce que je ressens face aux personnes qui sont 1er degré.

En tant que membre honoraire du site trash pixelSTAR, où le principe est de baver sur les people pour se rassurer quant à leur vie palpitante et notre existence fétide, je rencontre beaucoup de gens 1er degré. Par exemple, si je fais une note sur le fait que le prénom de la fille de Jessica Alba (Honor) me fait saigner des yeux, j’aurais automatiquement la réponse suivante : « tu te prend pr ki pr jugé les autres kom sa ? Jessica Alba é + belle que tu ne le seras jamé ! t jalouz ????? ».

Rapidement, lorsque vous faites une blague, la personne 1er degré (PPD) se sent offensée, et réagit de manière agressive et démesurée. Admettons qu’une collègue de travail vous dise :

« Je viens d’acheter un petit chiot. C’est quoi tes noms préférés pour un chien ? »

Naturellement vous répondez :

Adolf.

Alors la PPD, choquée mais décidée à ne pas le montrer, prend sa voix la plus monotone pour vous demander :

T’es néo-nazi ?

Car elle aurait voulu que vous répondiez « louloute » ou « comète ». Ceci dit maintenant que j’y réfléchis, si j’avais un chien je l’appellerai Satan, pour enquiquiner mes vieilles voisines qui sortent sur le pallier en chemise de nuit et qui sentent le pipi rance. Bref.

En réalité les gens 1er degré me font le même effet qu’une mouche agonisant dans ses propres ailes déchirées près de la vitre par laquelle elle a tenté en vain de sortir durant ces 2 dernières heures (vous ne l’avez pas aidée, parce que vous avez mauvais fond) : à la fois ça m’agace (le bzz-bzz intempestif rendant fou) et en même temps ça me fait MAL (pauvre petite chose qui n’a pas demandé à naître mouche).

La PPD a cette non-faculté à comprendre l’humour. Tout propos est placé au même niveau qu’un régime hyperprotéiné : tout grain de folie est à bannir.

Etudions donc un peu ce qui amène la PPD à ne pas percevoir l’ironie (hypothèse optimiste) ou bien à être hermétique à vos plaisanteries (hypothèse pessimiste), avec en fig. 1 la zone de l’humour (en bleu) dans le cerveau d’une personne normalement constituée :

Puis en fig. 2, la zone correspondante au sens de l’humour dans le cerveau d’une PPD :

 

Comme vous pouvez le constater, non seulement la zone de la gausserie est plus petite chez la PPD que chez une personne normale, mais en plus elle n’est pas du tout au bon endroit. Autrement dit : c’est mal barré.

Face à la réaction de la PPD, vous vous sentez obligée de vous justifier. J’ai personnellement laissé tomber cette mauvaise habitude. Au contraire, il est plus efficace d’essayer d’éduquer la PPD en lui administrant un tel flot d’absurdités à la minute que ses synapses finissent par en exploser et par reconnaître d’elles-mêmes l’humour.

C’est ainsi que j’ai enseigné à ma propre mère le second degré, par un entraînement intensif, ma mère étant la première PPD que j’ai rencontrée. Exemple, une discussion-type que nous pourrions avoir au téléphone :

- Tu as fait quoi ce week-end mon titi ?
- J’ai été invitée à une orgie, et là-bas j’ai pris de la drogue.
- …
- Mais bon ne t’inquiète pas, j’ai pris la pilule du lendemain, tout va bien.
- …
- …
- …
- Tu es bête.

Il fut un temps où ma mère réagissait au quart de tour, ne laissant pas même un 1er degré et demi s’insinuer dans sa psychose maternelle protectrice lorsqu’il s’agissait des sujets qu’elle avait estampillés comme étant « dramatiques-à-jamais » et qui revenaient à ceci :

  • mon travail à l’école
  • ma carrière professionnelle
  • mon compte en banque

Quand j’étais jeune et que je m’ennuyais, l’exercice du jour était donc de la provoquer :

- Maman, j’ai eu 2 en lettres.
- Comment ça 2 ? 2 sur 2 tu veux dire ?
- Non 2 sur 20. J’pense que j’vais arrêter l’école et me consacrer à une carrière professionnelle de jongleuse de bolas. Tu sais j’ai bien réfléchi, et même si au début ce sera dur, je pourrais sûrement en vivre en faisant des représentations dans des mariages.

S’en suivaient regard furieux, veine prête à exploser sur la tempe et recherche du martinet pour mieux fouetter mon derrière acnéique avant qu’elle ne comprenne que je racontais n’importe quoi.

Il est en effet plus important pour moi qu’on trouve mon humour déplorable plutôt qu’on considère mes propos comme sérieux. Question de priorité.

Néanmoins, disons les choses comme elles sont : la différence majeure entre une PPD et une personne normale, c’est l’incompatibilité d’humours. Une PPD, puisque par définition elle ne sait pas discerner ce qui est supposément drôle de ce qui ne l’est pas, a tendance à faire des blagues nulles quand elle s’essaye à la fantaisie. Au mieux elle balancera une blague qui n’en est pas une, et qui sera le plus souvent un jeu de mot qui pue (« On se voit demain ? – Non moi j’ai aussi deux pieds ! AH AH AH »), voire une bonne petite réplique bien éculée (« Il est où Machaing ? – DANS TON CUL AH AH AH ! »), au pire elle crachera simplement un sarcasme, une petite réflexion à peine subtile qui cache ce qu’elle pense réellement, telle un coup de poignard dans le dos (« ah oui c’est vrai que t’aimes bien les garçons bruns toi, comme celui que tu m’as volée en 1997 HEIN ? AH AH AH »).

La prochaine fois, je vous raconterai comment les gens qui disent « ils voyent » et « ils croivent » me donne envie de mourir d’une otite.

* un keytar est un synthé en forme de guitare.

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