Le matou et le cormoran – Le Carnet d’un Pompier

Être pompier, c'est d'abord aider les gens. Et les volatiles aussi.

Le matou et le cormoran – Le Carnet d’un Pompier

Décidément, ces derniers temps, j’ai la côte avec les oiseaux. Quelques semaines seulement après « l’échec de la mouette », c’est pour un cormoran que nous avons sorti le VTU. Et cette fois-ci, j’étais bien décidé à ne pas rater l’intervention aussi minablement que la dernière fois. J’ai une réputation à défendre moi, bordel.

Bref, avec mes collègues nous arrivons sur les lieux du drame : un parc arboré en plein centre-ville. Au premier abord, nous ne voyons pas de cormoran, mais plein de gens formant un cercle, avec des corbeaux qui volent au-dessus. Bizarre.

Dès qu’elle nous aperçoit, la foule s’écarte, laissant apparaître un oiseau couché dans l’herbe, complètement affolé. Nous avons à peine le temps de constater la scène que les corbeaux qui planaient au-dessus de nos têtes fondent en piqué sur le pauvre cormoran ! Mais la quarantaine de personnes reforment rapidement le cercle, et les corbeaux s’en vont.

Éberlué, je tourne un œil interrogateur vers le policier municipal qui vient à notre rencontre. Il nous explique rapidement :

– C’est nous qui vous avons appelés. Les corbeaux défendent leur territoire et ils prennent le cormoran pour un ennemi. Si nous ne restons pas autour de lui, ils l’attaquent… Ils lui ont abîmé une aile apparemment, il n’arrive plus à décoller. Vous pouvez faire quelque chose ?
– Bah on peut le prendre et le relâcher plus loin… Mais s’il a besoin de soins, ce sont les services vétérinaires qu’il faudra appeler ! répond mon sergent.
–  Ok, tentez le coup alors. 

Avec mes collègues on regarde le cormoran qui s’agite comme un fou par terre en se grattant la tête : comment le récupérer de la manière la plus délicate possible ? Nous décidons de regagner le VTU pour y trouver un peu d’inspiration et établir une stratégie.

Le VTU, ou Véhicule Tout Utilité, c’est un peu la caverne d’Ali Baba des véhicules de pompiers (voire même la Caserne d’Ali Baba ! pouet). Il renferme entre autres des cages, des rallonges, une boîte à outils, un lasso, des bâches, des lampes, une pelle, une pioche, une masse, une hachette, un groupe électrogène, des mini pompes et un raton laveu… Pardon, et un filet !

Filet que nous décidons d’utiliser pour entraver la bête. Car un cormoran, c’est plus gros qu’une mouette. Et en plus celui-ci est particulièrement nerveux. Si on doit se farcir plusieurs bornes pour le relâcher dans un coin tranquille, il vaut mieux qu’il ne vole pas dans tout le VTU.

Armé de mon filet, je me dirige donc vers le volatile (bizarrement je suis encore désigné volontaire, mon supérieur a gardé une dent contre moi). Entouré par la barrière humaine qui reste compacte pour éviter les assauts des corbeaux, il me reste peu de place pour évoluer. Surtout que le cormoran bat violemment des ailes.

J’essaie donc de le calmer : « Je suis là pour t’aider connard, arrête ton cirque ! »

Aussitôt, le piaf se dresse sur ses pattes et entreprend de faire des tours de cercle alors que je lui cours après. Cette histoire prend des allures de course-poursuite à la Benny Hill… Et moi je perds bien 10 points de virilité auprès de mon public féminin venu en masse admirer mes exploits. Ok, je m’y suis peut-être pas pris de la bonne manière.

Au bout de quelques tours, je décide donc de feinter avec élégance… Je fais volte-face et saute pour plaquer l’oiseau. Ni-ckel.

Mais ce cormoran est un sacré connard : mimant dans un premier temps la soumission, il profite que mon étreinte se desserre un peu pour me labourer la gueule de ses pattes griffues, puis s’envole, tel le phénix qui renaît de ses cendres.

Passant au-dessus de la foule, il s’en va tant bien que mal, alors que les corbeaux se lancent à sa poursuite. Seul au milieu des gens, étalé par terre comme une merde, je me dis que c’est vraiment la défaite.

En me relevant je maugrée : « Ah bah pour un piaf qui avait mal à l’aile, il vole drôlement bien ! ». Le gamin à côté de moi dit :

– Hooo, il est parti.
– Bah ouais.
– Mais vous ne le rattrapez pas ?
– Bah non. Je sais pas encore voler.

Épilogue

Ce jour-là je crois bien qu’on n’a suscité aucune vocation auprès de notre jeune public. En tout cas moi je n’ai récupéré aucun numéro.

 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Leewoop
    Leewoop, Le 11 mars 2012 à 16h32

    Les gens ont vraiment de drôles d'idées parfois....
    Mon père est pompier pro depuis quelques années déjà et parfois il nous fait part de ses interventions purement insolites..

    Un coup, une dame a appelé la caserne en panique. Pour cause, non loin de chez moi, au lac, une tortue était prise au piège (WTF !? Des tortues dans un lac?). Aspirée par le courant elle s'est retrouvée coincée contre la une grille d'évacuation des eaux. Et elle tourbillonnait, tourbillonnait... Bref. Le temps que les pompiers arrivent la tortue s'en était tirée toute seule.

    Les boules. Surtout quand ça tombe pendant un match de rugby et que tu dois bouger ton cul pour "sauver" la tortue en détresse. A savoir que, certe, une intervention nécéssite un certain nombre de pompiers, mais surtout qu'elle coute chère. (Avis au petit rigolo qui font des blagues aux pompiers...! )

    Il s'est avèré que mon père connaissait la dame. Pour se moquer, gentiment, il l'a appelé le soir même en imitant un expert de la FFPTL (Fédération Française pour la Protection des Tortues de Lac). Il l'a menée en bateau pendant 30 minutes, comme quoi la FFPTL souhaitait la rencontrer pour la récompenser d'une médaille de mérite... BREF. J'étais pliée de rire. Finalement elle s'est bien rendu compte qu'on se foutait d'elle.

    Voilà pour mon racontage de vie de la journée. Ce sera tout

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