La mouette pleureuse – Le Carnet d’un Pompier

Deuxième partie du carnet de notre cher pompier Le Matou, avec cette semaine, une histoire de mouette.

La mouette pleureuse – Le Carnet d’un Pompier

Être pompier, c’est s’occuper des vieux grabataires, des jeunes bourrés, des femmes enceintes et des quinquas dépressifs. Mais c’est aussi prendre soin de nos amis les bêtes.

« Sauvetage d’animal blessé : 1 mouette » annonce la feuille d’intervention. Avec mes co-équipiers on se regarde, dubitatifs, et on met le gyrophare en route. Direction la plage.

Sur place on repère une foule compacte, le nez en l’air. Ok, la mouette a réussi à se coincer l’aile dans une gouttière (c’est quand même con un oiseau, bordel) et elle pleure tant qu’elle peut. Même mon cœur tout sec de vieux matou est un peu serré en entendant ses cris d’affolement et de douleur.

Les applaudissements qui accueillent notre arrivée laissent supposer que la cinquantaine de personnes amassée dans la rue guettaient notre arrivée comme celle du Messie. On est dans une zone touristique, tous les vieux et les familles qui passaient par là ont suspendu leurs activités pour voir la suite des évènements. On est leur attraction de fin d’après-midi, leur téléréalité en direct live.

Alors on déplie la grande échelle, et c’est parti.

Cette saleté ne se laisse pas attraper facilement. Ballotée par le vent, semblant souffrir le martyre, elle arrive quand même à secouer son aile libre et à donner des coups de bec et de pattes pour que je la laisse tranquille. Mais c’est mal me connaître, je ne me laisse pas faire par un piaf, encore moins quand mes admiratrices sont au spectacle (hello les filles…) !

J’arrive finalement à passer mes mains de chaque côté de ses ailes et à la décoincer. Son petit cœur bat la chamade, et elle cesse peu à peu de piailler. Je préfère descendre l’échelle avant de la libérer, des fois que son aile soit trop endommagée pour qu’elle s’envole. Et puis mes groupies pourront prendre une photo de moi avec l’animal, c’est toujours bon pour ma réputation.

Les vieux applaudissent, les mioches ont arrêté de pleurer et les adolescentes sont en pâmoison devant ma virile délicatesse… Cette intervention cultivera encore une fois la noblesse de notre profession dans l’imaginaire populaire. Beaux et sensibles, les pompiers sont les héros de la nation. Fuck yeah.

Une fois sur la terre ferme, je traverse la route jusqu’à la plage histoire d’offrir aux badauds la vision majestueuse d’une mouette retrouvant sa liberté sur fond de soleil couchant. Je sens à cet instant que mon sex appeal dépasse celui de Justin Bieber, Brad Pitt et Michel Drucker réunis pour toutes les femmes qui assistent à la scène. Il ne manque que les caméras de France 3 pour que ce soit parfait.

Je caresse doucement la petite tête noire de la mouette à nouveau rieuse, et je lui glisse à l’oreille : « Allez maintenant tu donnes tout, c’est ton moment (et le mien) ! ». J’ouvre mes mains, elle étend ses ailes, prend difficilement son envol et alors qu’elle se bat pour décoller un peu… se fait choper par un labrador qui part en courant, la mouette dans la gueule.

Les hourras de la foule se muent en un cri d’horreur et de dégoût tandis que je regarde le clebs s’éloigner, dépité.

Épilogue

Un temps attristés, les gens sont vite passés à autre chose. Vivement dimanche ne doit pas encore être fini, c’est l’heure pour chacun de rentrer chez soi. Tel un héros solitaire, je regagne le VTU et repars vers de nouvelles aventures. C’est pas encore ce soir que je vais serrer une groupie, moi.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Il n'y a pas encore de commentaire