Lettre à mon ado de petite soeur

Alfrédette a deux ou trois petits trucs à dire à sa petite soeur de quinze ans. Voici sa lettre !

Lettre à mon ado de petite soeur

Chère petite soeur,

Il y a quinze ans tout pile, on se rencontrait pour la première fois : toi, couverte de viscères et aussi rouge que le drapeau chinois, et moi, ta soeur, bien étonnée de voir nos parents porter tant d’attention à une petite chose braillarde, à peine plus lourde qu’un gigot dominical.

Depuis ce jour, nous avons fait beaucoup de chemin, toi et moi. Nous nous sommes volé notre propre poids en fringues, avons passé des jours entiers à nous chamailler pour d’exquises futilités. Tu as vomi sur mes Barbies, mais j’ai lu ton journal intime, et corrigé ses nombreuses fautes d’orthographe. Tu as troué mon pull Jean-Paul Gaultier, mais je t’ai chipé ta veste Levi’s. Ensemble, nous nous sommes trouvé des sobriquets tous plus affectueux les uns que les autres – sorcière poilue, belette boutonneuse, furet pelliculeux… Et j’en passe.

Voilà quelques années que j’ai quitté le foyer familial à cause de mes études, et je n’ai pas eu la chance de te voir grandir au jour le jour – qu’importe, on rattrapera le temps perdu un jour, lorsque nous serons deux vieilles dames très ridées et très riches.

À ton âge, lorsque l’autorité parentale me devenait trop pesante, je fuguais à vélo pour « écrire des nouvelles surréalistes au domaine de George Sand ». Je suis donc à peu près aussi qualifiée pour te faire la morale que Loana est compétente pour écrire une thèse sur la fission moléculaire. Tu as quinze ans, et bientôt, tu vas devenir une femme libre, mais cela ne dépend que de toi. Mes quatre ans d’aînesse et moi-même avons deux-trois petits conseils pour toi, alors pose ce CD de Justin Bieber et écoute-moi trois secondes.

Sois ambitieuse, très ambitieuse : même si tu es, comme je l’étais à ton âge, une flemmarde impénitente, va jusqu’au bout de tes passions et assume-les fièrement. Que tu désires être présidente de la République, sosie de Sheila, fille spirituelle de Badinter ou digne successeur d’Amélie Nothomb, tu as toutes les qualités requises pour aller jusqu’au bout de tes rêves, alors prends-les à bras le corps et vis-les.

Alfrédette et sa soeur (à peu de choses près)

N’écoute jamais ceux qui veulent te changer, pour une raison ou pour une autre. Nous vivons dans un monde très laid qui veut que les jeunes filles se ressemblent et se taisent, mais ce n’est pas une raison pour obéir à cette triste injonction. Sois forte et bats-toi pour tes idées : la vie t’infligera sans doute de sacrées claques, mais tu seras restée intègre, fidèle à toi-même, et cela n’a pas de prix. Il est toujours tentant de céder aux effets de groupe, et de devenir un petit mouton de Panurge, mais ces derniers finissent toujours par se noyer d’une manière ou d’une autre. Aussi, chéris ton indépendance et ne laisse personne influer sur tes décisions.

Ne laisse personne te marcher sur les pieds parce que tu es une fille. Ce n’est pas parce que l’égalité hommes-femmes semble acquise et que l’ex-première dame de France elle-même assume tout à fait de ne pas être féministe que tu dois croire que tout est dans la poche : à l’heure où les hommes gagnent en moyenne 27% de plus que les femmes et où seuls 25% des parlementaires sont des femmes, baisser les armes ne serait pas un bon choix.

Vise haut, toujours plus haut : la vie ne vaut pas d’être vécue en courbant l’échine, et comme dirait Amel Bent Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune car en même en cas d’échec on atterit au milieu des étoiles ».

Aime-toi, et fais de tes défauts tes meilleurs atouts : tu ne ressembleras jamais aux potiches décharnées qui déambulent sur les catwalks avec une moue blasée, alors sois fière de ce que tu es, parce que tu le vaux bien.

N’oublie pas de profiter de ta jeunesse, de ton inconscience, de tes folles années lycée : le temps passe désespérément vite, et tu regretteras bien assez tôt l’insousciance de tes quinze ans. Aussi, vis-les pleinement, et ne regrette rien.

Bisous, et bon anniversaire,

Ta soeur qui t’aime.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Wendy Torrance
    Wendy Torrance, Le 14 décembre 2012 à 2h31

    C'est très touchant, j'en ai les yeux tout penauds.

    J'ai l'autre jour tenté vainement de faire une "morale mignonette" a ma petite soeur de 13 ans sur l'énorme méprise que sème la dictature de l'apparence, après avoir remarqué qu'elle émettait de plus en plus son avis sur le physique des gens a la télé : "Elle pourrait etre belle mais son nez gâche tout" .. je ne sais pas si elle à comprit, je réessaierai dans quelques années.

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