L’atelier écriture : la sirène

Le thème d’écriture de la semaine vous propose d’incarner une sirène le temps d’un texte (une vraie sirène, avec la queue et tout et tout, pas simplement une femme fatale inaccessible) ! Vous pouvez cependant choisir votre « type » de sirène : les biatchs de Peter Pan, la douce et naïve Ariel, les étranges sirènes du […]

Le thème d’écriture de la semaine vous propose d’incarner une sirène le temps d’un texte (une vraie sirène, avec la queue et tout et tout, pas simplement une femme fatale inaccessible) ! Vous pouvez cependant choisir votre « type » de sirène : les biatchs de Peter Pan, la douce et naïve Ariel, les étranges sirènes du lac de Poudlard, les psychopathes décrites par Homère, ou n’importe quel autre genre de femme-poisson ! Si tu souhaites participer, inscris-toi et jette un coup d’oeil aux consignes pour poster ton texte, on sera ravies de te lire !

atelier écriture sirène

Vous avez été très nombreuses à participer au thème de la semaine passée et le choix du texte à vous présenter s’est avéré difficile. Tellement difficile que je n’ai pas réussi à n’en choisir qu’un, donc comme rien ne me l’interdit, je vous en propose deux !  Il y a du niveau, et c’est pourquoi je vous encourage vivement à aller lire toutes les participations !

Le premier texte, assez étonnant, est celui de Queen-Fafa :

« Place your hand here. »
« Have stranger place hand here. »
« Remove hands when no longer strangers. »

Si j’étais une autre, j’aurais posé ma main sur cette affiche, chiche. Je me serais mise là, avec mes longs cheveux lisses, ma jupe en jean & j’aurais attendu que quelqu’un arrive. Que des garçons rôdent autour de moi, puis que l’un d’entre eux les dépasse tous, juste pour poser sa main à côté de la mienne. Il me demanderait mon nom. Lui, il s’appelerait Rafaël. Ou Matthieu. Il aurait des cheveux bruns, un air négligé, mais il sentirait bon, comme une odeur d’orage, sur sa peau épargnée par les derniers rayons de soleil. On rierait, pour tout & n’importe quoi, il me trouverait belle, je le saurais grâce aux plis de sa bouche quand il me regarderait, au vert brillant de ses yeux. Voilà, nous ne sommes plus des inconnus. Mais je ne lui dis pas, parce que ça voudrait dire que je le laisse retirer sa main. Je n’ai rien eu à faire pour qu’il place sa main sur la trace noire, je suis belle, je le sais. Il n’est venu que parce que je suis belle.

Si j’étais une autre, j’aurais posé ma main sur cette affiche, Monsieur. Enfin, pas près de la vôtre, comme vous me l’avez demandé, mais je l’aurais posé en premier, attendant qu’un garçon ait envie de discuter avec moi. Qu’un garçon veuille de moi. Heureusement, vous, vous êtes là. Vous vous en fichez que mes cheveux ne soient pas lisses, n’est-ce pas ? Je m’appelle Rain, c’est mon vrai prénom. Mais il faut que vous aussi vous me donniez votre nom, pour que nous ne soyons plus des inconnus, & que nous puissions repartir, chacun de notre côté.

Clowe quant à elle se jette à l’eau pour des yeux de cristal :

C’est quand même bizarre la vie… C’est fait de tout pleins de petites choses, qui comme ça, se suivent et s’enchaînent. Des évènements, qui, mis bout à bout, font de vous Quelqu’un. Ça me fait un peu penser à ces « livres dont vous êtes le héros ». Souvent, c’est une suite de hasards, on se contente de lancer des dés, pour trouver la clé…
Regardez moi, aujourd’hui, je suis sublime, et je monte tranquillement ces marches, sous le regard de tous. Alors qu’hier, c’est à peine si je savais qui j’étais… Je n’étais Personne, je me cherchais encore.

Je m’étais assise sur ce banc, face à l’affiche. Une affiche toute particulière, deux mains, quelques lignes « Place your hand here. Have stranger place hand here. Remove hands when no longer strangers »… Cela faisait quelques jours qu’elle était là, et moi, intriguée, je venais m’y poser, depuis le début. Mettre ma main sur cette empreinte?? Vous n’y songez pas?! Non, moi, je préférais regarder. Rester assise des heures, et voir les gens défiler était une de mes activités favorites. Je vivais par procuration. Je les voyais, tous, et je m’imaginais être eux.

Je regardais les gens passer, mais peu s’arrêtaient. Ils n’osaient pas se confronter à l’étranger. Cette affiche, elle avait le pouvoir de leur renvoyer leur propre image, et ça, ça les effrayait. Et si personne ne venait??
Il s’en trouvait quand même, qui se lançaient. Et à chaque fois, quelqu’un venait. C’était intéressant à regarder, les rencontres étaient parfois étonnantes. Deux hommes, deux femmes, un homme une femme, un grand-père un enfant. Toutes les combinaisons étaient envisageables. J’y ai même vu une cougar en chasse, une fois! Moi-même, j’espérais pouvoir faire mon marché. Si un bel Apollon décidait de jouer le jeu, je me serais précipitée. Même arrêté, ses cheveux voleraient avec légèreté, ils danseraient dans le vent. Et ses yeux, doux, me dévisageraient. Ses fines lèvres, comme un appel au viol, dévoileraient de sublimes dents blanches, étincelantes. Un bel Apollon j’vous dis, pas un des ces types en carton!

Mais c’est une tout autre rencontre que je fis ce jour là, en réalité. J’étais assise, j’attendais, me demandant qui oserait s’arrêter, quand une silhouette m’interpella. Un clochard, âgé, boîtant. D’une main, il tenait un bâton, de l’autre une bouteille d’alcool. Il devait certainement puer à dix kilomètres à la ronde, car tous les passants s’écartaient. Sans pour autant le regardaient. Le type semblait souffrir le martyr, il grimaçait, avançait lentement, difficilement même. Mais pas un ne s’en inquiétait. Après tout, des vieux clodos saouls, il n’est pas rare d’en croiser… Moi non plus, je ne m’en inquiétais pas trop. Il semblait quand même vraiment mal. J’en avais même décroché mon regard de l’affiche, m’attendant à ce qu’à tout moment, il s’écroule. Il avança ainsi, quelques mètres, et, à hauteur de l’affiche, tituba. Il s’approcha du mur, et, sans lâcher sa bouteille, posa sa main sur l’empreinte. Je ne sais pas trop si c’était voulu, ou s’il avait juste fait ça pour ne pas tomber. Je le voyais, me tournant le dos, la main gauche sur l’affiche, l’autre tenant toujours sa canne. Peut-être était-il intrigué. Comprenait-il le message?

Cinq bonnes minutes passèrent, sans qu’il ne bouge pas. On aurait put le prendre pour une statue, s’il n’y avait pas eut sa respiration haletante. Et les gens, eux, continuaient de passer, sans regarder. Moi, mes yeux le fixaient, attendant une suite. Comme pris dans un de stupides feuilletons télé, qui passent toujours dans l’après midi, ces feuilletons sans intérêts auxquels on est scotché. Chaque fois qu’une personne marchait dans sa direction, mon estomac se nouait, comme angoissé par la suite de l’aventure. Mais à chaque fois, ils continuaient leur chemin, pas un ne s’arrêtait.
Alors, j’ai décidé de devenir actrice de mon propre film. J’allais y jouer un rôle. Je me suis levée, et tout naturellement, suis venue me poser à côté du SDF, ma main droite sur le mur. Il se retourna, l’air vaguement surpris. Il me dévisagea, et tout doucement, me sourit. Ses iris, d’un bleu cristallin, baignaient dans un océan de rouge, les yeux injectés de sang. On était bien loin du beau gosse au sourire parfait, là, j’avais plutôt droit à un vieil édenté. Son visage était parsemé de cicatrices et de puits profonds, dévasté par l’alcool.
Je n’eut guère plus de temps pour détailler plus attentivement son faciès, car déjà, il repartait. J’eus envie de lui courir après, de lui dire d’attendre, que nous devions parler pour ne plus être des étrangers. Alors, il se retourna, m’offrant au passage un dernier sourire, et se contenta d’un mot. Merci.

Aujourd’hui, je suis en haut de ces marches, dans ma belle robe de mariée. Et je repense à ce jour, où tout a commencé. Ce maigre sourire et le bonheur qu’il m’a procuré. Cette satisfaction, mon engagement auprès des gens en difficulté, ma rencontre avec ce stupide avocat qui voulait détruire un immeuble squatté. Mon combat contre cet homme. Et maintenant notre union.

Non, nous ne sommes pas étrangers. Dès l’instant où nos regards se sont croisés. Merci, Monsieur qui n’a qu’une dent. Merci, Monsieur aux yeux de cristal. Qu’importe comment je l’appelle, nous ne sommes de toute façon pas étrangers.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Tsiporah
    Tsiporah, Le 14 octobre 2010 à 12h00

    Je trouve le second texte absolument génial ! Bravo.

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