Je suis insomniaque – Chroniques de l’Intranquillité

Insomniaque mais cool rédac, Ophélie vous raconte ses nuits, où plutôt ce qu'elle fait pour combler l'absence de sommeil. Conseils avisés et éprouvés sont au programme.

Je suis insomniaque – Chroniques de l’Intranquillité

Initialement publié le 22 avril 2012

Insomniaques de tous pays, je m’adresse à vous, mes camarades des heures creuses et silencieuses, celles du côté droit de la pendule qui s’écoulent étonnamment plus lentement que de l’autre.

En ne trouvant pas le repos j’ai l’impression de dominer le monde de toute la hauteur de mes cernes

Il est actuellement 01h56 du matin. Je rechigne à préciser « du matin », tant cet horaire ne symbolise en rien le commencement de la journée ; nous sommes plutôt dans un espace-temps flou, un moment qui s’éternise comme s’il possédait de bonnes raisons de résister.

Je m’enfonce dans des draps de coton que l’agitation alourdit, qui me râpent les membres et m’étranglent les muscles. Il est désormais deux heures « du matin » – qui n’est pas un matin mais un néant éternel – et cela fait déjà trois heures que j’ai revêtu mon plus bel habit d’ombre (un pyjama gris à petits pois blanc et un marcel Petit Bateau) et baissé la lumière.

Mais il y a une veilleuse bien plus forte qui brille dans ma tête, un éclairage à cent mille volts – haute consommation d’énergie – qui refuse de s’éteindre.

Le voisin du dessus s’est relevé pour fermer les volets, j’entends le grincement de ses pas au dessus de moi, je pense que d’une certaine façon il me marche dessus, il me piétine et je n’aime pas bien ça.

Je déteste autant ces nuits sans sommeil que l’idée de les partager avec quelqu’un, je veux qu’elles n’appartiennent qu’à moi seule, mes insomnies. En ne trouvant pas le repos j’ai l’impression de dominer le monde de toute la hauteur de mes cernes (qui se fondent à présent dans le creux de mes joues) et quelque part, j’aime cette sensation.

Aussi, selon mon humeur, j’ai essayé de mettre au point une double stratégie pour en finir avec le ronron ennuyeux de l’insomnie. Je crois qu’il n’y a pas trente-six façons de vivre convenablement avec cela ; il faut lutter contre elle ou l’accepter comme une tendre amie en visite : ça dure toujours un peu trop longtemps, sa présence est assez contraignante mais autant profiter d’elle puisqu’elle est là.

L’insomniaque premier tour : lutter

  • La technique des barbituriques

Un Stilnox au dîner et la question semble réglée. Elle n’est pourtant pas sans danger : on peut par exemple devenir accro aux médicaments, plonger dans l’enfer de la drogue et finir par acheter du Subutex sur la place St Sernin, le dimanche avant le marché.

On peut surdoser son traitement et, bémol pour les angoissé(e)s du matin comme moi : on peut dormir trop profondément pour entendre son réveil sonner et arriver en retard au travail.

J’ai pesé le pour et pensé le contre avant d’affirmer que les somnifères sont trop dangereux pour moi.

  •  Faire de la relaxation.

Je pense qu’il est totalement possible de devenir accro aux exercices méditatifs comme on le devient aux somnifères, on commence par un peu de yoga avant le coucher, une innocente position du lotus en regardant la télévision et on finit rapidement en moine bouddhiste, tout d’orange vêtu(e) et parfumé d’encens. Il est hors de question que je me rase le crâne et que je porte des tongs pour passer de douces nuits.

Et puis je ne sais pas vous, mais moi le calme, le cool, le zen et le contemplatif, y a rien de tel pour m’énerver sévère.

  • Prendre un bon bain chaud.

On pourrait simplement prendre un bain, mais il faut que ce dernier soit bon (dès fois qu’on y boive la tasse), et la chaleur dégage des vertus apaisantes. Le problème du bain, en dehors du fait qu’on y macère dans son propre jus (ce qui est déjà pour moi un gros souci), c’est qu’il me flétrit la chair autant qu’il me ramollit l’esprit. Le bain m’ennuie terriblement mais il ne me prépare nullement à dormir.

D’ailleurs après mon bain (trop chaud) je prends toujours une douche (bien fraîche) et je dois me sécher les cheveux (bien fort) : est ce que de telles activités sont propices à l’endormissement, sérieusement ?

  • Lire un livre.

Si vous êtres comme moi, l’intrigue va vous happer et vous refuserez d’abandonner Scarlett O’Hara au milieu des terres Georgiennes dévastées. Vous serez condamnées à lire cent pages de plus avant de fermer l’oeil, enfin rassurées, après avoir retrouvé la trace de Rhett Buttler qu’on avait perdu il y a de ça trois chapitres (Bon sang, mais qu’est ce qu’il foutait en prison ?).

À moins de lire un livre assommant, ce n’est pas la solution. Et honnêtement, à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, qui perd son temps à lire de mauvais livres alors que chaque minute accouche de sales histoires ?

Après cette brillante démonstration rhétorique, vous admettrez tout comme moi qu’il ne sert à rien de lutter contre l’insomnie, il faut nécessairement s’y soumettre et l’accepter, voilà tout. Autant trouver de bonnes astuces pour s’occuper et patienter pendant ce laps de temps indéfini afin d’en faire un moment aussi peu désagréable que possible.

Insomniaque, second tour : accepter

  • Faire un tour à la cuisine.

Au temps du roi Arthur, j’aurais assurément sympathisé avec Karadoc dans l’obscurité des cuisines du château. Je pense qu’il est tout indiqué de se relever la nuit pour manger un demi-paquet de Chipster, des Pringles au paprika, voir même une petite tartine de Kiri qui s’émiettera tendrement dans le lit.

J’aime également boire un thé sur le coup des deux heures, ce même thé qui me réveillera une heure plus tard pour aller aux toilettes alors que je viendrais tout juste de trouver le sommeil.

  • Zapper consciencieusement sur la TNT.

Jusqu’à tomber sur de vieux épisodes de Hélène et les garçons, celui précisément où Christian se drogue en cachette au garage. J’ai également tendance à être captivée par les rediffusions de Tellement Vrai sur NRJ12.

Dans tous les cas, il vaut mieux regarder quelque chose qu’on a déjà vu dix fois plutôt qu’un épisode inédit de Chasse et Pêche sur TF1 : la nuit altère nos capacités cognitives, on risquerait de ne pas tout comprendre.

  • Fouiller le passé des gens sur Internet.

Les états d’âmes s’annihilent passé minuit, car si en plein jour je suis une personne relativement équilibrée et investie d’un sens moral assez développé, l’obscurité et l’épuisement me révèlent de puissantes pulsions inquisitrices. Google + Facebook + archive.com et que les squelettes tremblent dans leurs placards.

 

  •  Se poser des questions métaphysiques.

Pas du type «Quel est le sens de la vie ?» parce que 1) on s’en cogne 2) si elle avait un sens il y a fort à parier qu’on tournerait dans l’autre 3) on a passé le bac philo il y a cinq ans.

Non de vraies questions, par exemple «Que signifient les paroles de La nuit je mens ?» ou «Est-ce qu’on peut encore porter des chemises blanches, en France, sans être assimilé à BHL ?». Voilà le genre d’interrogations qui m’empêchent de dormir.

Il est inutile d’additionner les moutons, de baigner nos oreillers de lavande, d’implorer Morphée, Hypnos et leurs bras tendres.

J’ai personnellement abandonné tout espoir de m’en sortir, désormais je me contente de voler des heures au néant de la nuit et avec résignation je constate qu’il y a des veilles heureusement plus glorieuses que d’autres.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bibi Tricotin
    Bibi Tricotin, Le 14 septembre 2016 à 13h33

    Perso, je dors peu depuis toujours et j'ai jamais compris comment les gens font pour s'endormir vite.
    Par contre, contrairement à beaucoup, même si je ne dors pas, je ne fais rien : pas d'ordi, pas de lecture ,rien.
    Si je me lève parce que je ne dors pas, je ne trouverai pas le sommeil et autant carrément ne pas me coucher. Alors, mes nuits consistent à rester allongée, les yeux fermés, au moins ça repose un minimum le corps (sinon, j'ai des trucs pas cool qui m'arrivent, style malaise ) et je suis une grande adepte des questions "philosophico-existentielles",d'histoires, et d'idées de création qui me font passer le temps ^^

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