De l’importance d’avoir de l’imagination

L'imagination est une part importante de l'esprit humain, une échappatoire accessible à tout instant. Et ça, pour Christine Berrou, c'est important !

De l’importance d’avoir de l’imagination

Début juillet, me voilà à Stockholm. Mon amie Alice (Fifikoussout pour les intimes et les bloggeurs) propose une balade à Skansen, un zoo et des vieilles pierres. Là-bas nous rencontrons un ours, deux paons et soudain, le manoir de Skogaholm.

J’adore les lieux chargés d’histoire, c’est mon côté Des Racines et des Ailes. On me dit que la famille Wennerstedt y a vécu de 1680 à 1815, que tout y est resté en l’état et, cette fois, c’est mon côté Secrets d’histoire qui palpite. C’est un fait : j’aurais dû être archéologue, historienne ou Stéphane Bern.

Mais c’est en me trouvant nez-à-nez avec un cheval à bascule qui ne bascule plus que mon cœur se soulève pour de bon. Là-dessus, un enfant s’est fait de grands films sans savoir ce qu’était un film. Et trois siècles plus tard, une fille qui n’a pourtant pas bu une goutte d’alcool (je le jure !) tente de le visualiser.

Nous nous retrouvons à cet instant précis sur un terrain commun complètement intemporel : celui de l’imagination. Ce pouvoir sans limites que trop d’humains sous-estiment.

Des jours durant, je suis hantée par cette vision du cheval à bascule noyé dans le soleil scandinave (et le fait que la photo que j’en ai prise soit mon nouveau fond d’écran iPhone n’aide sans doute pas). J’ai envie d’en faire quelque chose et ce sera donc une chronique pour madmoiZelle parce qu’après tout ça fait longtemps.

Alors voilà : parce que pour trop de gens, « imaginer » est synonyme de « fabriquer du vent », voici trois bonnes raisons de remonter sur son cheval à bascule.

Vous mènerez une délicieuse double vie

On fantasme sur les X-Men, on aime à se demander parfois « Et si j’avais un super pouvoir ? », nous sommes souvent frustré-e-s que la réalité ne soit pas à la hauteur de nos attentes… Alors qu’un monde de tous les possibles est disponible à chaque instant à l’intérieur de nous. Si, je vous assure, même ce vieux pervers de Sade le disait : « Tout le bonheur des hommes est dans l’imagination ».

Enfant, l’attente de Noël n’était-elle pas meilleure que Noël lui-même ? Si, parce que nous le sublimions par l’imagination. Adulte, pourquoi préférons-nous « les débuts » d’une relation amoureuse ? Parce que les mystères de l’autre laissent encore de la place à l’imagination. Et lorsque nous serons vieux, qu’est-ce qui saura mieux encore que la mémoire nous faire revivre les meilleurs moments de notre vie… sinon l’imagination ?

L’imagination est plus importante que le savoir : le savoir est limité.

Je verrai bien, quand vous commenterez cet article, si je suis normale mais pour l’heure je vais vous faire une confidence : grâce à mon imagination, je peux faire l’amour avec n’importe qui. Oui, même avec toi, Brian Joubert.

Et encore, ce n’est pas ça le plus pratique : grâce à mon imagination, je peux m’échapper d’une réunion. On me voit, on croit que je suis là, mais en vrai dans ma tête… c’est Las Vegas !

Je viens de terminer Psychanalyse de contes de fées de Bruno Bettelheim, un livre vachement bien foutu qui insiste — entre autres — sur le besoin de magique chez l’enfant. Mais en fait je n’ai pas compris pourquoi ni comment ce besoin était censé s’estomper à l’âge adulte.

C’est vrai, pourquoi cette envie d’une autre réalité disparaîtrait-elle après l’adolescence ? Si pour beaucoup la transition se fait par la croyance en une religion, je pense qu’il existe un chemin de traverse sur mesure pour chacun d’entre nous et qu’il faut sérieusement oser l’emprunter si l’on veut donner à sa vie la dimension qu’elle mérite.

Peter Pan est une œuvre très emblématique de ce processus de pensée. Elle est le fruit d’un véritable lâcher-prise de la part de son auteur, James Matthew Barrie, qui un jour s’écoute et part en vrille, rompant complètement avec l’univers auquel il a habitué son public londonien.

Le 27 décembre 1904, l’Angleterre découvre « Neverland », charmant petit îlot pas encore coté sur le marché de l’immobilier. Assez facile d’accès pour qui possède de la poudre de fée et quelques facilités à se mettre en tête des choses agréables. Comment ne pas y voir une évidente métaphore ?

Bon, la poudre de fée, je n’en ai pas. On m’en a souvent proposé en soirée, j’en ai pris une fois, je ne suis pas sûre que sur le long terme cela rende vraiment service. En fait je pense que J.M Barrie a écrit ça pour faire joli et que le vrai secret pour accéder à un monde meilleur, c’est bien uniquement de se projeter à foison des choses agréables. Et puis, le gars, vu qu’il a écrit environ 72 pièces et romans plutôt pas mal, on ne peut que lui faire confiance.

Et là vous vous dites « Holala, Christine Berrou elle est mièvre, sa chronique on dirait une chanson de Grégoire ! ». C’est vrai. Et c’est complètement assumé.

Vous apprendrez à vous connaître

« Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin » — C.G. Jung (extrait de Ma vie)

L’imagination, pour peu qu’on soit bien disposé-e à la laisser s’exprimer, roule toute seule. Il est d’ailleurs parfois très surprenant d’assister, comme un spectateur, à nos propres connections et à la naissance de nos idées. On se dit alors « Mais où j’ai été chercher ça ? ».

C’est là qu’intervient l’inconscient dont évidemment je ne vous parlerai pas plus que ça parce que je ne suis pas Michel Onfray (Michel Onfray avec qui d’ailleurs j’ai également couché grâce à mon imagination).

©Joëlle Dollé

Mais il y a ce gars, Carl Gustav Jung (incarné au cinéma par Michael Fassbender dans A Dangerous Method pour ceux et celles qui s’en rappellent) dont j’aime beaucoup les écrits les quelques fois où je les comprends.

Un jour, il met le doigt sur un truc et crée la notion d’ « imagination active ». Wikipédia vous en offrira une explication complète et bien prise de tête, mais là tout de suite je vais vulgariser : en gros chaque projection, chaque image, chaque idée produite par notre imagination serait selon Jung le fruit d’une envie, d’une frustration, d’une traduction de notre vie.

L’idée ici sera de se forcer à utiliser son imagination (par le dessin, l’écrit ou la méditation…) afin d’analyser ce qui « ressort » et donc entrer en communication avec l’inconscient. On s’approche ici de l’analyse des rêves à ceci près que l’on va s’amuser à rêver éveillé.

Un fort joyeux luron, ce Jung.

Ainsi je demande toujours aux élèves que j’ai en cours de stand-up, dans un premier temps, de s’imaginer sur scène. Puis de me dire qui se trouve dans leur « public imaginaire ». Après trois ans d’enseignement, je peux vous affirmer que celui qui y voit ses parents ou quelqu’un de décédé n’aura pas les mêmes besoins de reconnaissance ni les mêmes objectifs que quelqu’un qui y voit par exemple son ex, ou encore « un stade de 5000 personnes ». Voilà typiquement comment on peut en apprendre beaucoup sur soi via une innocente projection.

Autre exemple : je suis insomniaque. J’ai tout essayé, y compris la méthode qui consiste à s’imaginer dans un endroit calme et apaisant. Bon, ça ne marche pas. Mais je me suis rendue compte que ledit endroit calme et apaisant changeait en fonction de mon humeur.

Et ainsi j’ai noté que je m’imaginais dans ma chambre d’enfance lorsque je n’avais pas vu mes parents depuis longtemps, que je m’imaginais au milieu d’un désert lorsque j’avais besoin de solitude, dans un spa quand j’avais besoin que l’on s’occupe de moi et un tas d’autres d’exemples très intimes que je garderai pour moi.

De la même façon, prêtez attention à qui vous pensez et à comment vous y pensez, ce n’est jamais anodin.

Bref, l’imagination active, j’y crois activement.

Vous passerez à l’action

« Ce n’est pas la volonté qui est la faculté première de l’homme mais l’imagination » — Emile Coué

Évidemment, sans imagination pas d’artiste, pas de chercheur, pas de création d’entreprise. Chaque œuvre, chaque invention, chaque notion est née de l’imagination, il n’y a absolument pas d’exception. Mais alors qu’est-ce qui fait qu’un jour un songe se transforme en projet ?

Forcément il y a une part insolente de confiance. Combien d’histoires ne commencent-t-elles pas par « Au début personne n’y croyait mais je me suis battu-e… » ? Et souvent ce sont les meilleures !

Je pense au scénariste Bob Gale qui, un jour, retrouve une vieille photo de son père à l’époque du lycée. Il se dit qu’il aurait bien aimé le connaître à l’époque, en parle à son ami Robert Zemeckis que ça inspire (« Tiens, ça ferait un bon film ! »), sauf que personne n’est d’accord avec eux. Il leur faudra six ans pour donner naissance à Retour vers le futur.

J’ai pris cet exemple parce qu’il s’agit pour moi d’une œuvre entière et authentique, sortie de nulle part et fidèle à l’imagination de deux hommes qui ne se sont jamais dit « On est complètement fous, c’est nul ! ».

Et c’est je pense cet état d’esprit qui fait toute la différence : il ne s’agit pas seulement d’imaginer, il faut accepter ce que l’on imagine et apprendre à y accorder un crédit.

L’autocensure est une chose terrible. Le nombre d’élèves que j’entends me dire « J’ai écrit un truc mais ce n’est pas drôle » ! Ça me donne envie de les frapper avec une hache jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais comme je n’ai pas le droit, je leur rappelle juste que même si ce n’est pas drôle, ça sort d’eux et rien que pour cela c’est respectable et intéressant. Pour beaucoup d’œuvres qui voient le jour (et qui plaisent à un public), combien de ratés, d’échecs, d’avortements ? C’est un processus naturel qui existe depuis que l’homme crée, ce serait quand même très présomptueux de penser que l’on peut y échapper.

Au-delà de ça, je pense qu’il est indispensable à qui veut mener une vie fabuleuse, artiste ou pas, d’écouter son imagination sans se dire « Holala mais c’est n’importe quoi ! ». Pourquoi ça serait n’importe quoi ?

Nos idoles l’illustrent sans arrêt : dans chaque réussite il y a quelqu’un qui a accepté sa folie. Et le meilleur de cette folie, c’est en écoutant votre imagination que vous le trouverez. Vous êtes unique, vous imaginez des choses uniques, si vous les assumez vous aurez une vie unique. Et le reste n’a pas d’importance.

Si vous vous sentez jugé-e-s, faites-vous consoler par Boris Vian qui vous dira : « Les gens sans imagination ont besoin que les autres mènent une vie régulière ».

Voilà tout ce qu’éveille en moi un cheval à bascule, en même temps c’est les vacances, fallait bien que je m’occupe.

Si ça vous intéresse un peu, je vous conseille ces livres (n’hésitez pas à compléter cette petite liste via les commentaires !) :

  • Libérez votre créativité de Julia Cameron
  • L’éloge de la fuite d’Henri Laborit
  • L’âme et la vie de C.G. Jung
  • Rencontres avec l’âme de Barbara Hannah

– Plus de Christine Berrou ? (Re)découvrez son sketch inédit sur madmoiZelle, ses très bonnes vannes et son livre sur le stand-up !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 18 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • TKT
    TKT, Le 9 août 2013 à 17h26

    Moi aussi avec mon imagination je fais l' amour avec qui je veux c' est pratique

Lire l'intégralité des 18 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)