Comment réveiller le tortionnaire caché en chacun(e) de nous ?

Comment des soldats peuvent brutaliser à mort des prisonniers ? Sont-ils nés bêtes sanguinaires ou bien le contexte y est pour beaucoup dans leur comportement ? Décryptage d'une expérience passionnante datant de 1971.

Comment réveiller le tortionnaire caché en chacun(e) de nous ?

Pas vers l’horreur n°4 : Jour 3

[rightquote]Quand l’équipe de psychologues se prend au jeu et devient agents de sécurité[/rightquote]Au troisième jour, les parents et amis sont invités à rendre visite à leurs proches. Pour ne pas les inquiéter (et il est très clair ici que l’équipe de chercheurs s’est clairement laissée prendre au « jeu »), les lieux sont nettoyés, les prisonniers nourris, de la musique est diffusée pour détendre l’atmosphère… Ainsi, lorsque les proches des candidats arrivent au sein de la prison, l’expérience semble se dérouler sans encombre. Certains parents protestent et se plaignent des règles arbitraires, mais finissent par les admettre.

L’évènement majeur de cette journée fut la rumeur d’un complot de fuite collective, soi-disant prévue juste après les heures de visite. N°8612, le candidat relâché la veille, est censé revenir libérer les prisonniers restants. Prise au piège de sa propre expérience, l’équipe de chercheurs ne réagit plus comme une équipe de psychologues sociaux et se transforme en équipe de sécurité de prison : une réunion stratégique est organisée pour faire face et enrailler ce complot.

Les psy-agents de sécurité prennent la décision de renforcer le nombre de gardes présents, d’enchaîner les prisonniers ensemble et de les déplacer dans une pièce isolée pour faire croire à n°8612 et ses comparses que l’expérience est terminée et qu’aucun prisonnier ne reste à libérer…

Fort heureusement, les choses ne se passent pas exactement de la manière prévue et le Dr. Zimbardo est interrompu par un collègue, Gordon Bower, curieux d’en savoir plus sur cette expérience singulière. Seulement voilà, G. Bower pose une question qui met Zimbardo dans une rage folle : « quelle est la variable indépendante ? » (l’objet d’étude de l’expérience). Le psychologue, dépassé par la situation, se met en colère et pense à cette prison qu’il a sur les bras, pour laquelle il doit assurer la sécurité des hommes… Quelle importance de cette variable indépendante ?! Le Dr Zimbardo le confesse lui-même : il n’aura réalisé que bien plus tard à quel point il était dans son rôle…

Je vous passe quelques détails suivants – notamment le passage d’un prêtre catholique auprès des prisonniers, des prisonniers qui se présentaient spontanément par leurs numéros – pour en arriver à l’anecdote qui mit le feu aux poudres : un prisonnier, le n°819, refuse de rencontrer le prêtre, se sent mal, ne se nourrit plus et réclame un docteur… L’équipe le reçoit, il s’effondre et commence à pleurer de façon hystérique. Zimbardo lui enlève la chaîne de son pied, le collant de sa tête et l’emmène se reposer dans une pièce isolée.

Pendant cette entrevue, les gardes, tout à leurs rôles sanguinaires, en profitent pour aligner les prisonniers et leur ordonner de chanter : « le prisonnier 819 est un mauvais prisonnier. A cause de ce qu’il a fait, ma cellule est un désordre, Mr l’Officier Correctionnel ». Si aux prémices de l’expérience les chants étaient désordonnés, pris à la rigolade, à ce stade du « jeu de rôle », les prisonniers chantent d’une seule voix (vidéo).

Le n°819 fonds en larmes, hystérique à l’idée que ses comparses le considèrent comme un mauvais prisonnier. Le docteur lui propose alors de partir, mais il refuse de s’en aller en étant vu « comme un mauvais prisonnier » et veut rejoindre sa cellule.

Zimbardo, probablement mû par un électrochoc intérieur, met la première touche de fin : « Tu n’es pas 819. Tu es (nom) et mon nom est Dr Zimbardo, je suis psychologue, pas intendant de prison, et ce n’est pas une vraie prison. C’est juste une expérience, et ce sont des étudiants, pas des prisonniers, comme toi. Allons-nous en ».

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