LIVE TEST : comment explique-t-on ce qui nous arrive ?

Résultats Mes madmoiZelles, merci d’avoir participé à tout ça, et d’avoir donné vos réponses, qui une fois de plus ne se conforment pas aux attentes… Diantre, mais que faut-il faire pour avoir un live-test parfaitement conforme à la théorie ?! Même si ce simili-test est loin d’être scientifique, validé, sérieux et que mes anciens professeurs […]

LIVE TEST : comment explique-t-on ce qui nous arrive ?

Résultats

Mes madmoiZelles, merci d’avoir participé à tout ça, et d’avoir donné vos réponses, qui une fois de plus ne se conforment pas aux attentes… Diantre, mais que faut-il faire pour avoir un live-test parfaitement conforme à la théorie ?!

Même si ce simili-test est loin d’être scientifique, validé, sérieux et que mes anciens professeurs en seraient tout à fait mortifiés… Que peut-on dire de vos 949 réponses (je vous ai déjà remercié d’avoir participé ? Figurez-vous que j’ai une tendance à m’enthousiasmer assez grande, je suis presque sur le point d’organiser un banquet à votre gloire en hurlant « MesdmoiZelles, unissez-vous ! ») ?

Il y a parmi vous des insomniaques, des nanas qui se couchent tard ou se lèvent très tôt, ou alors des internationales horaire-ment décalées, ce qui nous donne toute une flopée de réponses débarquées au beau milieu de la nuit,

Vous oscillez entre externalité et internalité, ce qui me fait dire que les questions n’étaient peut-être pas correctement formulées, ou pas assez nombreuses pour obtenir des résultats significatifs, ou qu’il aurait été préférable de spécifier un type de situation, ou peut-être que simplement les choses sont plus complexes que ça.

Si l’on observe vos réponses item par item :

>> A la question « à terme, tout le monde obtient ce qu’il mérite », vous avez été 45% à marquer votre désaccord, 27% vous rallier à ce constat et 27% à rester neutre (score « 3 ») è Une majorité de réponses externes ;

>> A l’inverse, pour l’affirmation « la plupart des choses malheureuses qui arrivent dans la vie des gens est due à la malchance », la majorité d’entre vous (47%) ont donné une réponse dite « interne » (= n’ont pas été d’accord avec cette phrase) tandis que seulement 18% l’ont approuvée (et 34% ont choisi la neutralité),

>> En ce qui concerne un premier emploi obtenu « parce que j’ai su me présenter convenablement », la majorité absolue (53%) plaide en faveur de l’item (donc d’une explication interne) contre 24% en désaccord avec l’affirmation…

>> A l’item « si j’ai échoué lors de mon dernier examen, c’est parce que je ne m’étais pas donné les moyens de réussir », on parvient cette fois à 67% des réponses marquant leur accord avec l’affirmation (17% en désaccord, 16% neutre), usant donc d’un facteur interne pour expliquer l’échec…

>> Face à la question « le plus souvent, les conditions de vie facile de certains étudiants expliquent leur réussite scolaire », vos réponses (49%) ont penché en faveur de l’affirmation et d’une cause externe à la réussite,

>> Pour ensuite revenir vers une explication de type interne lors du dernier item « dans un mauvais jour, je ne peux que rater un entretien d’embauche » (47% en désaccord, 24% en accord, 29% en Suisse).

Finalement, si vos cœurs balancent un peu entre externalité et internalité, 4 items sur 6 obtiennent des explications internes. A priori, ces explications seraient plus nombreuses lorsque vous parlez de vos propres échecs et réussites (j’ai su me présenter convenablement/je ne m’étais pas donné les moyens de réussir)… Ce que l’on pourrait* interpréter comme un besoin de contrôle : il est peut-être difficilement concevable que nos propres vies soient majoritairement régies par des causes extérieures, par de la chance ou de la malchance, par l’intervention d’autres personnes ; peut-être que nous sommes rassurés à l’idée que nous gardons le contrôle sur ce qu’il nous arrive ; ou peut-être encore que comme ça, nous pourrions préserver la fameuse « croyance en un monde juste » ?

* J’ai bien dit « pourrait » : si le test avait fouillé plus en profondeur, si le cadre avait été scientifiquement valide… Nous restons ici dans des bribes d’interprétations, hein !

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Cela faisait bien trop longtemps que je ne vous avais pas enquiquiné avec un Live Test fait-maison… Les enfants, à l’image d’un jour de primaires socialistes ou de convention contre-attaque UMP, RASSEMBLEZ tous vos cerveaux et allez donc me remplir ce mini-questionnaire – le plus spontanément possible.

*Interlude *

Je sais que certaines petites margoulines ont eu une crise de flemme à la lecture du premier item – peut-être même avant : JE NE VOUS JUGE PAS.

Pour les autres fifrelines, de quoi allons-nous causer ? De norme d’internalité et de clairvoyance normative, c’est-à-dire de notre degré de connaissance d’une norme sociale – en l’occurrence d’internalité. Pour nous intégrer et nous adapter au mieux dans notre société, il faudrait non seulement être (ou ne pas être*) en adéquation avec les normes sociales en vigueur, mais également percevoir ces normes, avoir conscience de leur valeur sociale.

Okay, merveilleux, mais qu’est-ce qu’une norme sociale ?

La définition (s’il en existe une…) des normes sociales oscille entre explications descriptives et prescriptives : les normes, ce serait ce qui est conforme au plus grand nombre (ce qui est donc statistiquement dominant) et ce qu’il faut faire ou ne pas faire dans une situation donnée (ce qui relève de la prescription, soit de l’obéissance à une norme). Cette conformité serait socialement désirable : on valoriserait socialement les comportements normatifs.

Dans certaines situations ou conditions, nous serions plus enclins à faire apparaître des comportements ou jugements normatifs. Ainsi, les situations d’évaluation seraient particulièrement susceptibles de nous faire adhérer au normes : lorsque l’on pense qu’un évaluateur doté d’un pouvoir X peut nous juger à partir des propos que nous tenons, nous aurons tendance à tenir les propos qu’il souhaite entendre (ou du moins que nous pensons qu’il souhaite entendre)(vous me suivez ?).

Si l’on prend l’exemple du recrutement, vous-mêmes vous savez, vous ne souhaitez qu’une chose : que le/la recruteur/se tombe profondément amoureux de toute votre myriade de formidables compétences. Dans cette optique-là, l’objectif serait de passer à tout prix pour quelqu’un de bien et de dire ce qui va nous permettre d’être bien jugés -selon nous (voire de nous habiller en fonction de ce que l’on pense être la norme).

Attributions causales et norme d’internalité

Parmi ces normes sociales, il existerait une norme d’internalité. Voyez-vous, nous interpréterions le monde au travers « d’attributions causales », qui sont selon Heider, le processus par lequel l’homme appréhende la réalité. Somme toute, ce sont des explications qui nous permettent de trouver des causes à nos comportements/jugements ainsi qu’à ceux des autres. Ces attributions peuvent être de deux types :

  • internes ou dispositionnelles (« Si j’ai réussi ce test, c’est parce que je suis trop BADASS »), on privilégie le rôle de l’individu dans ce qu’il fait ou dans ce qui lui arrive
  • externes ou situationnelles (« Si j’ai réussi ce test, c’est parce qu’il était trop facile »), on minimise notre rôle dans ce qui nous arrive au profit de causes externes comme la chance, le hasard, les autres gens…

Dans notre société, nous serions soumis à une norme d’internalité, c’est-à-dire que les explications internes seraient socialement valorisées…

Ouay, mais pour mon test à moi, ça veut dire quoi ?

Si les choses se sont bien déroulées, vous avez remarqué que le simili-questionnaire* contient 3 items « externes » (items 2,5 et 6) et 3 items « internes » (items 1, 3 et 4)… En fonction de votre degré d’adhésion à la norme d’internalité, il est fort probable que vous soyez plus nombreuses à avoir été d’accord avec les items internes… A moins que les madmoiZelles se détachent une nouvelle fois des normes ! Quels que soient vos résultats, je viendrais ajouter un petit point statistique sur vos réponses d’ici quelques heures…

En d’autres termes, si l’on reprend l’exemple d’un entretien d’embauche, il y a peu de chances pour que lorsque le recruteur vous demande pourquoi vous souhaitez quitter votre entreprise, vous répondiez d’entrée de jeu : « parce que mon boss est un crétin sans nom ». Vous répondriez préférablement que vous, vous êtes à la recherche d’un nouveau challenge, d’une nouvelle mission où vos compétences s’ épanouiraient telles des bimbos dans un énième Secret Story. Ou encore, lorsqu’un professeur viendra vous interroger sur le pourquoi du comment de votre échec au dernier partiel, il est peu probable que vous lui annonciez « ALLO ?! Votre sujet était tout pourri, vous notez les élèves comme si vous veniez de vous rendre compte que le Père Noël n’existait pas ». En général, vous prendriez plutôt un air contrit pour reconnaître que bon – p’têtre bien que vous n’aviez pas assez bossé, pas été assez en forme, eu un syndrôme de tête ailleurs, etc.

La norme d’internalité est la valorisation sociale des explications qui accentuent le poids de l’acteur comme facteur causal ; pas parce qu’elle sont plus vraisemblables, mais simplement parce qu’on les juge plus favorablement que les explications externes. Grâce au pot-pourri d’expériences réalisées sur le sujet, nous apprenons que :

  • les groupes sociaux les plus avantagés ont plus tendance à donner des explications internes que les groupes désavantagés (tu piges l’avantage à te dire que si tu as réussi, c’est quand même un peu grâce à toi)(à l’inverse, c’est plus chouette lorsque l’échec est en partie dû à des évènements extérieurs)
  • lorsque l’on doit deviner comment les gens expliquent leur vie quotidienne, nous attribuons plus d’explications internes aux personnes « socialement valorisées » qu’aux personnes « socialement dévalorisées » (par exemple, nous estimons que les bons élèves auront plus recours aux explications internes que les « mauvais » élèves)
  • nous aurions une nette tendance à choisir des explications internes dans des cas d’auto-présentation (lorsque nous nous présentons nous-mêmes à autrui )
  • les évaluateurs préféreraient les évalués ayant recours aux explications internes…
  • l’internalité aurait un lien avec la perte de contrôle sur l’environnement (manifestement, elle décroit chez les personnes âgées et prisonniers).

Bref, vous l’avez compris : les explications internes sont valorisées, et elles le seraient parce qu’elles auraient une utilité sociale. Par ces attributions, nous pourrions évaluer n’importe quel événement sans avoir à réfléchir à des théories tarabiscotées et coûteuses.

La clairvoyance normative

Lors d’une expérience mesurant la clairvoyance normative, Nicole Dubois (1985) place les sujets sur un continumm à 4 pôles :

1/ les sujets clairvoyants qui n’adhèrent pas à la norme (les explications sont généralement externes, mais dans certaines situations elles seront internes),
2/ les sujets clairvoyants qui adhèrent à la norme (les explications sont majoritairement internes mais le sujet a parfaitement conscience que ces explications sont valorisées),
3/ les sujets non clairvoyants qui n’adhèrent pas à la norme (les explications sont plutôt externes et les individus ignorent la valorisation de l’internalité),
4/ les sujets non clairvoyants qui adhèrent à la norme (les explications sont internes et le sujets ne perçoivent pas la valorisation de l’internalité).

En psychologie sociale, cette tendance au recours de facteurs internes pour expliquer des comportements qui pourraient tout aussi bien relever des circonstances ou des conventions sociales se nomme l’erreur fondamentale d’attribution (Dubois, 1994) et pourrait a priori s’expliquer par un besoin de contrôle (nous pouvons parfaitement contrôler les facteurs internes puisqu’ils viennent de nous, en revanche les causes externes nous échappent), de justice sociale (nous serions ainsi responsables de nos actes) et de compréhension/prévisibilité (les explications internes sont plus simples).

Malgré tout, la norme d’internalité, ou plutôt ses causes, sont encore des notions particulièrement controversées : les explications internes sont-elles plus valorisées parce qu’elles sont normatives ou parce qu’elles sont utiles socialement (Dubois) ? La norme d’internalité a-t-elle à voir avec notre idéologie libérale et les valeurs de l’individualisme ?

A vous : quelles explications avez-vous privilégier ? Pourquoi ? Avez-vous conscience de cette norme d’internalité ?

*Je voudrais mettre un WARNING tout rouge : ce questionnaire n’est qu’un simili-questionnaire pour tenter d’illustrer les explications de cet article, il n’est en aucun cas à prendre au pied de la lettre et ne constitue pas un questionnaire « valide » de recherche…

Pour aller plus loin

Le dossier « internalité et libéralisme »
Une expérience entre norme d’internalité et commandement libéral
Une expérience étudiant la perception des enseignants face à l’internalité
Un article de Pratiques Psychologiques – pour les courageuses
Un article des Cahiers de Psychologie Politique, par la prêtresse de la norme d’internalité Nicole Dubois

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Rumplestiltskin
    Rumplestiltskin, Le 26 octobre 2011 à 22h46

    Justine_;2648460
    Han :) Tu a pris quelle orientation du coup ?
    Clinique. :shifty:
    Enfin j'ai abandonné en m1, mais je reste un clinicienne dans l'âme.

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