J’ai testé pour vous… arrêter l’huile de palme

Vivre sans huile de palme, c'est la décision qu'Aniochka a prise il y a déjà trois ans. Elle vous explique pourquoi, et vous découvrirez que ce n'est pas si facile que ça !

J’ai testé pour vous… arrêter l’huile de palme

Le pourquoi du comment : dans la jungle, terrible jungle…

Mise en contexte : un sombre matin de juillet 2009. Je mange une tartine de Nutella, une mèche de cheveux dans mon thé et les yeux dans le vide, regardant à moitié un documentaire animalier sur France 5. Bercée par les cris d’un orang-outan en rut, je commence doucement à me rendormir sur ma chaise lorsque je suis réveillée brutalement par un bruit qui n’a rien d’un hurlement d’extase sexuelle : une madame orang-outan vient de se prendre une bastoche en pleine tronche par des chasseurs aussi avenants que Bernard Pivot en slip. Et la voix doucereuse du commentateur explique à mes oreilles horrifiées que les mamans orangs-outans se font tuer pour que les mercenaires puissent récupérer les bébés et les revendre à prix d’or aux riches foyers occidentaux (apparemment, c’est trop hype d’avoir un bébé orang-outan comme animal de compagnie chez nos ami-e-s les pété-e-s de thunes). Là, déjà, j’ai envie de pleurer parce que je suis drôlement sensible et me parler de la détresse de petits animaux mignons au réveil, ça va pas m’arranger. Mais le calvaire continue (j’aurais pu changer de chaîne, me direz-vous – et vous aurez raison parce que ça aurait changé un paquet de trucs dans ma vie actuelle). Le monsieur dans la télé raconte qu’il existe tout un cercle vicieux autour du trafic de bestioles poilues : une fois les adultes décimés et les bébés revendus, la jungle est vide… tiens, c’est l’emplacement idéal pour planter une forêt de palmiers à huile. Du coup, ça détruit l’écosystème existant, les orangs-outans ne peuvent plus se reproduire et quand par miracle ils y arrivent, le micmac « Je bute les adultes / Je kidnappe les bébés » reprend, soutenu et largement financé par… les producteurs d’huile de palme.

L’huile de palme coûte très peu de sous à produire et encore moins à « cuisiner » dans des quantités industrielles. La plupart des produits transformés qu’on trouve en supermarché en contiennent et du coup, comme il en faut toujours plus, c’est toujours plus de zones qui subissent la déforestation pour être replantées par des palmiers à huile. Quelques recherches Internet plus tard, j’ai aussi appris que c’est extrêmement mauvais pour la santé (ça bouche les artères et à terme, provoque des maladies cardio-vasculaires) mais que les grandes industries et lobbies font pression sur les gouvernements occidentaux pour éviter son interdiction.

L’image d’une artère bouchée toute dégueulasse et d’un bébé orang-outan en tête, je prends une décision qui va changer ma vie (j’exagère un peu, d’accord) : j’arrête l’huile de palme. Et je commence par jeter ma tartine de Nutella entamée. Là, je comprends que ça va être dur.

La vie sans huile de palme

C’est un vrai parcours du combattant qui commence. Heureusement à l’époque, j’habite seule et je peux gérer moi-même les courses alimentaires (depuis, je vis avec mon chéri et je l’ai rallié à ma cause, ouf !). Concrètement, arrêter l’huile de palme, c’est jeter non seulement le Nutella mais aussi toutes les barres chocolatées (Ferrero est un des premiers producteurs mondiaux d’huile de palme) et la plupart des biscuits industriels (sauf les gâteaux type « galettes St-Michel » ou tout autre délice divin estampillé « pur beurre »). Ce ne sont pas seulement les emballages où il est indiqué « palme » qui sont en cause, mais tous ceux à l’huile végétale. En effet, comme il n’est pas obligatoire d’indiquer le type d’huile sur les paquets, les entreprises en profitent pour rester volontairement dans le flou… Maintenant, faisons un test : la prochaine fois que vous vous trouverez au supermarché, prenez une dizaine de paquets de gâteaux et regardez la composition : vous verrez que sur presque tous (sauf les « pur beurre » mentionnés plus haut), il est indiqué « huile végétale ». Et donc ça signifie… à la trappe les Pim’s, les Pépitos, les Granolas ! Et mon plus grand regret, les cookies Pepperidge Farm qui sont juste – à mon humble avis – une tuerie.

 

J’ai aussi arrêté tous les produits qui contiennent des « mono et diglycérides d’acides gras » et du « E471 », des conservateurs réalisés la plupart du temps à base d’huile de palme. Mon chéri, encore plus radical que moi, a arrêté les pains au chocolat de la boulangerie (la pâte n’est pas en cause, mais le chocolat industriel peut contenir cette substance diabolique).

La liste de produits autorisés se restreint donc drastiquement et on passe beaucoup plus de temps à faire les courses puisqu’il faut lire les emballages de A à Z. Quand par miracle, un produit ne contient pas d’huile végétale, il comporte souvent de l’E471. Depuis trois ans, j’ai trouvé un certain nombre d’articles de substitution, mais qui, il faut bien l’avouer, coûtent (beaucoup) plus cher. Je donne des pistes pour celles qui voudraient se lancer : les Bounty sont les seules barres chocolatées autorisées (manque de bol, j’aime pas ça), la marque Lay’s propose de plus en plus de produits sans huile de palme. J’ai trouvé un remplaçant au Saint-Graal du Nutella : le « mutella », comme je l’appelle, pâte à tartiner Monoprix Bio, qui a un vrai goût de noisette et constitue une parfaite bouée de sauvetage pour droguée en manque. Les gâteaux Saint-Michel et Bonne Maman sont souvent « kasher Aniochka » (l’expression consacrée pour définir les produits sans huile de palme – toute ma famille l’utilise maintenant : « Tiens, je t’ai fait un plat kasher Aniochka »).

Trois ans sans huile de palme… et maintenant ?

Trois ans après avoir commencé ma cure d’austérité, tout ce que j’achète en supermarché est dépourvu d’huile de palme. Au restaurant, c’est bien sûr plus compliqué d’obtenir une réponse donc j’imagine que, parfois… Mes amis sont TRÈS conciliants avec moi : même s’ils ne changent pas leurs habitudes alimentaires, ils font un effort lorsqu’ils m’invitent pour ne servir que des produits « conformes ». Lorsque ce n’est pas le cas, j’évite de faire ma relou et de lancer des grands discours moralisateurs : je pense qu’il n’y a rien de plus efficace pour convaincre les autre de ne PAS se rallier à notre cause…

Tous ces « sacrifices » sont parfois difficiles (quand je repense aux Pepperidge Farm… snif !) mais globalement je ne le regrette pas. En bonne gourmande, je mange déjà assez gras par ailleurs donc je me dis que c’est au moins ça d’économisé sur mon triple pontage prévu en 2027. Au niveau écolo, j’ai l’impression d’apporter ma petite pierre à l’édifice et je soutiens à mort « l’amendement Nutella ». Je sais bien que ce n’est pas à ma modeste échelle que je vais faire avancer les choses… mais ça ne m’empêche pas d’essayer.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 64 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Andy_
    Andy_, Le 26 août 2014 à 1h50

    @Tante Julia : ah d'accord, dans ce cas c'est plus cohérent !

    Après, chacun son rapport à ce genre de vidéos, il faut probablement y voir plus que ce qu'on nous donne. Les gens ne sont pas réceptifs aux vidéos chocs parce que déjà, ils ne les regardent pas ("c'est horrible, je veux pas voir ça!") et, si jamais ils réussissent à les regarder, ils culpabilisent un peu et ça passe. Tandis que là, bon, ce n'est pas insoutenable et ça permet de faire passer un message important malgré tout donc... pourquoi pas !

Lire l'intégralité des 64 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)