Les rois de la guigne – Chroniques de l’Intranquillité

Ce dimanche, Ophélie vous parle d’une race à part. Celle des gens qui auront toujours davantage de problèmes que vous, les rois de la guigne.

Les rois de la guigne – Chroniques de l’Intranquillité

Ces êtres qui semblent s’être maudits pour mille ans et autant de générations qu’il est possible d’en voir naître. Ces damnés de la terre, du ciel et de leurs mères qu’aucune bonne action ne pourra jamais racheter car c’est LE SORT, le destin ou le calendrier Maya (qu’en sais-je ?) qui se sont ligués contre eux afin de leur pourrir la vie.

Ils sont comme les archétypes des personnages de films d’horreur, les braves qui se font toujours éventrer dans le premier quart d’heure. Ceux qui n’auront jamais l’occasion d’explorer le tiers de leurs potentialités parce qu’ils se feront toujours faucher avant les autres.

« Ce sont les meilleurs qui partent en premier » dit-on en grands philosophes. Certes, je veux bien le concevoir, mais c’est à croire dans ce cas précis que les plus grandes qualités humaines sont étroitement liées à la mollesse d’esprit.

Je ne veux pas être désagréable mais certaines personnes semblent cumuler le capital d’emmerdements d’une population toute entière, il leur arrive plus de choses en une journée que dans une semaine d’épisodes de Plus belle la vie; c’est tout de même fort alarmant.

QUI SONT ILS ? D’OÙ VIENNENT ILS ? (quels sont leurs réseaux ?)

Moi il ne m’arrive jamais rien ou lorsqu’il se produit quelque chose de grave dans mon existence, je suis presque soulagée de constater que la réalité est moins cruelle que mon imagination.

On peut donc supposer que ces malchanceux perpétuels sont de grands optimistes. Des gens que l’infâme réalité rattrape quotidiennement et qui se laissent surprendre par l’injustice intrinsèque du réel. Alors à chaque coup porté, ils tombent – et de haut, et à chaque fois. Ils ont les jambes toutes croûtées à force de se retrouver à genoux mais leur mémoire sélective les empêchera toujours de se méfier des mauvais coups du sort.

Il est également possible que ces personnes soient des drama queen ordinaires. C’est à dire des êtres qui cèdent complètement à la tentation du pire et qui foncent dans le drame pour y trouver leur salut. C’est une forme de reconnaissance qui s’est transformée en style de vie moyen, c’est leur façon d’exister. Il y a des gens qui se distinguent par leurs talents, leur probité rigoureuse ou leur gentillesse naturelle (moi, pour donner un exemple bien concret) et il y en a d’autres qui sortent du lot en surnageant dans la merde. Pardonnez-moi l’expression mais ces « drama queen » semblent confondre l’admiration et la pitié, quelle satisfaction peuvent-ils trouver à être champion hors catégories du pathos ? Cela m’est encore fort mystérieux.

Il y a également les Pierre Richard du quotidien qui font ce qu’ils peuvent mais qui semblent être totalement inadaptés à toutes les circonstances et qui provoquent, bien malgré eux, les emmerdements en avalanches. Ils sont comme des enfants trop préoccupés par de grands questionnements intimes pour prendre en compte l’extérieur. Je ne compte pas le nombre de « maladroits » qui m’entourent, ceux qui cassent trois tasses à café par semaine, qui perdent toujours leur sac, leur pull ou leur tête dans un endroit incongru, qui jettent LE papier administratif à ne jamais jeter sous peine de mort sociale immédiate.

QUE FAIRE FACE À EUX ?

Peut-on réellement lutter face à une personne de ce type ? Alors qu’on transpire déjà d’angoisse et de découragement avant même de leur demander si « ça va ? » (puisque ça ne va JAMAIS), peut-on réellement espérer les aider d’une quelconque manière ?

Pour ma part, je ne parviens même plus à compatir. J’éprouve une empathie froide et timide face à ce déferlement d’éléments détestables. Lorsqu’en une semaine ils réchappent à un accident de voiture, une rupture affective et à un impayé de 1400 euros aux impôts je suis presque contente pour eux quand ils m’annoncent que si ça ne va pas aujourd’hui, c’est seulement parce que leur chat est mort hier soir.

Mais évidemment ce n’était pas juste un chat, c’était LE chat, celui qui a une histoire. C’est le dernier cadeau que lui a fait sa mamie avant de clamser, c’est très sentimental, ce chat, d’une certaine manière, c’était la réincarnation de sa grand mère; « tu vois ? »

Alors moi, pas contrariante, je dis que « oui oui, bien sûr, je vois, ça doit être dur. » Mais en vérité je n’y pige rien car il me semble que ces gens, couronnés Rois de la guigne, sont comme des éponges. Un essuie-tout hyper absorbant aux tracasseries en tout genre, du type à mettre des symboles partout, à tartiner d’émotions chaque tranche de vie. Le genre de personnes qui aiment aussi à s’inventer des histoires parce que sinon ils s’ennuient.

La joie, le bonheur, la satisfaction d’une réussite ordinaire ? C’est bien trop banal. En soirée bobo ce sont souvent eux qui défendent des lapalissades masochistes selon lesquelles on ne pourrait produire de l’art qu’à travers la souffrance.

Et Dieu sait si ils souffrent, hélas Dieu n’est pas le seul à le savoir et pourtant leur production artistique est inversement proportionnelle à leur productivité de casse-couilles.

Ce qu’ils n’envisagent pas, c’est que par effet rebond, ils ennuient aussi beaucoup les autres. Moi je me trouve bien banale à ne rien vivre de vraiment noir et je me surprends parfois à vouloir transfigurer une goutte d’eau en tsunami, à rêver de rebondissements plus épiques qu’un épisode de Dallas et Melrose Place réunis (j’ai la culture série US d’une femme de cinquante ans et je le vis bien, merci).

Mais j’ai fini par comprendre qu’au jeu du plus malheureux je ne gagnerai jamais, et c’est tant mieux. Il faut accepter certaines défaites et prendre patience quand les guignards- geignards murmurent que nous on a quand même « bien de la chance ». Alors que la chance, comme les malheurs au demeurant, je crois bien que ça se provoque un petit peu.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Tupuducu
    Tupuducu, Le 30 juillet 2012 à 17h30

    Je suis du genre à avoir la poisse pour tout plein de petits trucs, mais rééquilibré par des putains de coups de chance.
    Paradoxal :rotate:

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