La procrastination vue par… la psychologie

La procrastination ronge bien des gens. Mais d'où vient ce phénomène, et est-il possible de s'en défaire ?

La procrastination vue par… la psychologie

Je vais vous dire un truc : en ce moment, je procrastine sur à peu près tous les aspects de mon quotidien, et c’est sacrément relou. Je retarde mon rendez-vous chez la gynéco, je me dis chaque jour que demain, c’est sûr, j’irais poster cette lettre qui traîne sur mon bureau, je repousse très consciencieusement certains mails à envoyer… J’ai même la flemme de cliquer sur la mise à jour de mon iPhone, nom d’un poulpe !

Tous les jours, donc, des p’tits nuages noirs squattent dans ma tête pour me rappeler qu’oh la la, je n’ai pas fait ceci, pas commencé cela…

Mais voilà, aujourd’hui, j’ai vu la lumière : rassurez-vous, je n’ai pas dé-procrastiné, mais j’ai lu des trucs sacrément intéressants, qui peuvent peut-être donner un coup de pouce à celles et ceux qui galèrent avec le même problème !

Figurez-vous que le sujet de la procrastination a été pris très au sérieux pas les chercheurs-es en sciences humaines. De nombreux psychologues ont planché sur la question : pourquoi certain-e-s d’entre nous repoussent toujours le moment de déclarer leurs impôts, de mettre à jour leur portable, de nettoyer leurs radiateurs, d’arroser leur plante ?

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Pourquoi remettons-nous les choses à plus tard ?

En soi, remettre un truc au lendemain, ce n’est pas la fin du monde, mais souvent, ce réflexe nous enquiquine. Les spécialistes définissent la procrastination comme le fait de repousser volontairement une tâche que nous avons l’intention de faire, tout en sachant pertinemment que nous souffrirons de ce retard.

Chacun-e d’entre nous peut procrastiner un jour, sans que la procrastination soit un problème. En revanche, pour d’autres, la procrastination peut devenir « chronique », régulière, voire incontournable – dans ce cas-là, elle peut être le symptôme d’un autre problème.

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Pour les psychologues, la procrastination pourrait être ce que l’on appelle un mécanisme de « coping ». Le « coping » peut être défini comme l’ensemble des moyens, des efforts cognitifs et comportementaux que l’on met en place pour maîtriser ou réduire notre stress.

De ce point de vue, la procrastination serait une stratégie pour nous défendre contre notre stress !

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Pour la psychologue Rebecca Grief, lorsque nous remettons une tâche au lendemain, ce serait parce qu’elle nous met dans une position inconfortable et pourrait raviver des émotions négatives et non souhaitées. Déclarer vos impôts, par exemple, peut faire apparaître des émotions négatives parce que vous n’êtes pas à l’aise avec les documents administratifs, ou parce que vous êtes dans une situation financière difficile.

Procrastiner permet de supprimer ce sentiment d’inconfort – en tout cas pour un certain laps de temps.

C’est justement là qu’est le côté vicelard de la procrastination : le sentiment d’inconfort ne disparaît pas vraiment, il est là, sous-jacent, tapi dans l’ombre (et prêt à ressurgir bien fort)… Pire : plus nous repoussons, plus l’anxiété monterait !

Les coûts de la procrastination

Les résultats de l’une des premières études sur le sujet ont été publiés dans Psychological Science en 1997. Les chercheurs-es Dianne Rice et Roy Baumeister ont proposé à des étudiant-e-s de remplir une échelle « mesurant » leur tendance à la procrastination. Ensuite, les psychologues ont observé leurs performances académiques, leur stress et leur santé tout au long d’un semestre.

Au départ, Tice et Baumeister observent un bénéfice de la procrastination : au démarrage de l’expérience, les élèves « procrastinateurs » semblent moins stressé-e-s que les autres. En revanche, à long terme, c’est l’inverse et les deux chercheurs-es s’aperçoivent que la procrastination coût cher : les étudiant-e-s procrastinateurs ont des performances plus faibles, plus de stress et sont même plus malades que les autres !

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En 2000, Dianne Tice poursuit ses recherches et lance une autre étude. Cette fois, elle place les étudiant-e-s dans deux situations différentes :

  • La chercheuse explique aux membres d’un groupe qu’ils sont sollicités pour participer à un test important sur leurs capacités cognitives.
  • À d’autres, elle dit simplement qu’ils sont là pour participer à un jeu anodin et amusant.

Avant de commencer le test, tou-te-s les étudiant-e-s ont un laps de temps libre : ils peuvent utiliser ce temps pour s’entraîner au test ou pour jouer à des jeux comme Tetris. L’équipe de recherche remarque que les adeptes de la procrastination ont tendance à ne pas s’exercer lorsque le test a été présenté comme un test sérieux sur leurs capacités ! À l’inverse, lorsqu’il est a été décrit comme un jeu amusant, ils ne se comportement pas différemment des non-procrastinateurs…

En analysant ces résultats, les psychologues suggèrent que la procrastination pourrait être une façon de se saboter : les gens ayant tendance à procrastiner peuvent préférer rater les choses parce qu’ils n’ont pas travaillé, plutôt qu’échouer parce qu’ils ne sont pas capables.

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Finalement, même si nous ne procrastinons pas tou-te-s pour les mêmes raisons, pour les mêmes tâches, ce qui est certain, c’est que la procrastination a un coût : elle est accompagnée de stress, d’anxiété, d’un sentiment de culpabilité, parfois de honte. Elle aurait également un impact sur nos performances et sur notre bien-être.

Nous pourrions l’utiliser comme un mécanisme de défense, mais qui ne fonctionnerait qu’à court terme : en procrastinant, nous essayons de stopper notre stress immédiatement, mais nous mettons de côté l’idée qu’à long terme, ce mécanisme augmente le stress et le malaise associé à la tâche que l’on repousse.

« Désapprendre » la procrastination

Miracle, merveille : la procrastination serait un comportement « acquis », c’est-à-dire que cette fichue tendance ne serait ni innée, ni génétique… ce serait un comportement que l’on apprend. Du coup, nous pourrions également apprendre à nous en défaire !

Pour se sevrer de cette désagréable procrastination, les chercheurs-es soulignent l’importance de pouvoir réguler ses émotions : en travaillant d’abord sur notre stress et notre anxiété, nous pourrions parvenir à maîtriser les mécanismes que nous utilisons face à ce stress. Lorsque nous sommes tenté-e-s de procrastiner, les chercheurs-es proposent également d’avoir une pensée pour notre « futur soi » : en évitant la procrastination, nous évitons aussi de pourrir la vie de la version de nous qui devra gérer ses répercussions.

Pour aller plus loin…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Fluotine
    Fluotine, Le 28 avril 2016 à 0h33

    Pour moi je crois que la cause vient d'un mélange de peur de l'échec et de peur de la réussite!
    Car tant que je ne fais rien, ou pas comme je pourrais, la possibilité que les choses se passent au mieux est toujours possible, et en même temps, j'ai cette peur que si je réussissais, je devrais faire encore plus d'efforts et je ne pourrais plus procrastiner autant, je sais pas si c'est très clair! ^^ Et aussi parce que j'ai peur du changement...
    Au passage, ma procrastination chronique est un des "symptômes" de mon TDAH (Trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité), peut-être que c'est le cas d'autres ici, peut-être même sans le savoir! (Je ne l'ai appris qu'à 28 ans donc voilà...)

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