La procrastination, le mal du siècle

La procrastination, Almira Gulsh aime ça. C'est même un art de vivre pour elle. La preuve, elle en a même fait un article qu'elle a mis dix ans à écrire.

La procrastination, le mal du siècle

Le mal du siècle est un inconstant. Tous les cinq ans, le mal du siècle change. Originellement, le mal du siècle, c’est la mélancolie. Et la mélancolie, c’est l’ennui profond apporté par le matérialisme bourgeois du XVIIIème.

Aujourd’hui, quand tu tapes “mal du siècle” dans la partie blog de Google (les blogs et Google sont pour moi la quintessence de la source scientifique validée et vérifiée), on peut constater que le mal du siècle, c’est pèle-mêle, le mal de dos, l’hyper-émotivité, la dépression, les troubles mentaux, la banalisation des drogues, le sida, le stress du travail ou encore l’auto-tune.

Certes, tous ces maux sont autant d’affreux gremlins qui polluent notre société.

  • La société de consommation est une chienne en rut qui nous oblige à acheter des chaussures totalement importables alors qu’on se nourrit de pâtes depuis 6 semaines. Le mal de dos, c’est un fourbe puant, probablement provoqué par ma collection de chaussures importables, qui me fait marcher comme ma grand-mère alors que ça ne fait que 8 ans que j’ai 18 ans.
  • L’hyper-émotivité, cette fille de joie, me force à pleurer comme une madeleine dès que j’entends un violon, même de loin.
  • La dépression est une allumeuse vérolée qui m’a poussé à passer plusieurs semaines dans mon lit, à me nourrir uniquement de noodles crues quand j’ai appris qu’un esprit tordu avait eu l’idée de prendre des ch’tis, de les mettre à Ibiza et de les filmer. La dépression, chez les hyper-émotifs, c’est moche.
  • Les troubles mentaux, c’est des gros bâtards, inutile d’en dire plus, je risquerai de tomber dans le mauvais goût.
  • La banalisation des drogues, c’est une verrue infectée, mais qui a tout de même de bons côtés, puisque ce sont les gentils dealeurs de beuh de l’immeuble d’en face qui surveillent mon vélo.
  • Le sida, c’est qu’une sale raclure de WC turc, rien à ajouter de plus.
  • Le stress au travail, c’est qu’un enfoiré, et à cause de lui, je ronge mes ongles, je mange mes cheveux, et je hurle le nom de ma responsable de service dans mon sommeil.
  • Quant à l’auto-tune, je ne dirais qu’une chose : BLACK EYED PEAS avant d’aller vomir par les oreilles.

Avec tous ces maux, le siècle a déjà pléthore de bleus bien douloureux. Mais selon moi, le plus cuisant de ces bleus, celui qui fait le plus mal, n’a pas encore été cité. Pourtant, il est partout. Il règne sur le quotidien, à la maison, au travail, du matin au soir.

Le mal du siècle, le vrai, c’est la procrastination.

Journée type d’une procrastineuse tendance grosse flemmasse de compèt’ (moi)

7h00: le réveil sonne. Je l’éteins. Je me lèverai plus tard. Pour l’instant j’ai la flemme.

8h00: le réveil sonne. Je l’éteins. Je me lèverai plus tard. Pour l’instant, j’ai la flemme.

8h23: j’ai envie de faire pipi. Mais ça va. Je fais comme si je m’en étais pas rendu compte.

8h35: j’ai toujours envie de faire pipi. J’envisage d’appeler mon mec (mon téléphone est à portée de main) pour qu’il aille pisser à ma place. Il me répond d’aller me faire voir. Je lui réponds que là j’ai pas hyper envie. Il me raccroche au nez. Tant mieux, ça m’évitera de faire l’effort d’appuyer sur la touche rouge.

8h36: je me rue aux toilettes. Quand il faut y aller, il faut y aller.

8h59: j’ai lu le catalogue Ikea en entier. J’envisage d’apprendre par coeur la composition du Canard WC, mais j’ai mal aux cuisses. C’est pas étonnant, j’ai acheté un abattant de WC molletonné en mars dernier, mais je l’ai pas encore déballé. J’ai pas le choix, faut que je me lève, j’ai déjà des crampes.

9h00: j’allume mon ordinateur. Je suis super motivée, j’ai une super idée d’article. En 45 minutes, c’est torché. Après ça, je m’attellerai à la très longue liste de choses que j’ai à faire, à savoir ranger mes papiers, faire un peu de ménage dans mon appartement, relancer de potentiels employeurs.

11h42: J’ai écrit deux lignes. D’un coup, je suis plus du tout inspirée. Alors je vais sur des sites d’info parce que c’est important de se tenir informée de ce qui se passe dans le monde. Et oui, je considère le blog de Perez Hilton comme un site d’info. Après je vais sur Facebook. Puis sur twitter. C’est fou le nombre de liens passionnants qui courent sur les réseaux sociaux ! Puis je compile des photos trash de Courtney Love et je regarde des vidéos de chiens qui dansent. Puis je pars à la recherche d’un perfecto en cuir vintage à moins de 12 euros, et je finis par me demander si une paire de Jeffrey Campbell m’irait bien. Finalement, je fais un comparatif des meilleures recettes de cheesecake en chattant avec ma copine Pétronille.

11h48: j’ai faim. C’est pas étonnant, j’ai pas déjeuné. La brioche était dans le placard et moi à mon bureau.

11h49: Pétronille m’appelle. Elle veut savoir si j’irais pas la retrouver pour aller boire un café pendant sa pause déjeuner vers 12h30. Je dis oui.

12h23: Je suis toujours en pyjama, je pue de la bouche et j’ai les cheveux gras. Mais ils diffusent Cougar Town sur NRJ12. Je regarde encore 3 minutes et après je vais me doucher.

12h42: Pétronille m’appelle. Elle veut savoir où je suis. Je lui dit que c’est pas de ma faute, que j’avais une tonne de trucs à faire ce matin et que je me suis laissée déborder. En réalité, je suis à poil sur mon lit à me demander si oui ou non j’ai envie de repasser ma robe rouge.

12h54: Pétronille me fait la gueule. Elle dit que je la prends pour une andouille. Je lui demande comment elle sait. Elle me répond qu’elle n’a qu’à aller voir mon mur Facebook pour constater que j’ai passé la matinée à poster des vidéos de chatons mignons.

13h23: j’ai toujours faim. Mais j’ai plus de vaisselle propre. Je mange de la soupe lyophilisée en l’humidifiant avec ma salive.

13h27: j’ai mal au ventre.

15h34: j’ai fini d’écrire mon article. Faudrait que je le relise. Mais j’ai un orthographe irréprochable, alors c’est pas la peine. Faudrait que je m’attaque au reste de ma to do list. Mais là j’ai la flemme. On verra ça demain.

16h04: je suis épuisée. Je vais regarder 2 épisodes de True Blood, 1 de How I Met Your Mother et je vais faire une petite sieste.

19h00: j’ai trop dormi, j’ai mal au crâne. J’ai deux messages sur mon téléphone. C’est chéri. Il me demande de lui confirmer qu’on a bien rendez vous au cinéma à 18h45. Oups.

19h20: je retrouve chéri. Je suis pas maquillée, j’ai les yeux bouffis, la tête comme une pastèque, et une robe pas repassée. Lui tire la gueule. Il me demande des explications. Je bégaie. Il me traite de grosse flemmasse. Je me sens meurtrie dans mon amour propre. Je lui dit qu’il ment. Il me dit que je suis une grosse branleuse, et qu’on peut pas me faire confiance. Je lui dis qu’il va trop loin. Il me dit que non. Je lui fais un doigt. Il me dit que je suis une connasse. Je lui réponds que c’est lui la connasse. Il me dit qu’il va se barrer. Je lui dis que c’est une très bonne idée. Il me dit qu’il veut plus me voir. Je lui dis que c’est tant mieux. Il fait pff et il s’en va. Je fais pff et je suis célibataire.

La procrastination, c’est le mal du siècle. En 14h20 à peine, la procrastination m’a transformée en souillon aux yeux bouffis et à l’haleine fétide seule et sans ami. Je te défie de trouver mieux.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pamplemouz
    Pamplemouz, Le 28 février 2014 à 1h12

    HEEEEEELP
    Si quelqu'un a réussi à en sortir, me contacter rapidement avant que je m'étouffe avec mes cours/ma couette/mon ordi (si si, c'est possible)
    I need a coach please :fleur:

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