Chronique de la première journée de travail

Après son idylle avec le Pôle Emploi et un entretien d'embauche concluant, Almira a enfin trouvé un job. Carnet de route, première partie.

Chronique de la première journée de travail

Bonne nouvelle.

J’ai trouvé du travail.

Hola… Je te vois venir toi là-bas au loin, avec tes cotillons et ta bouteille de Champomy. Ne t’excite pas. C’est toujours la crise. Je n’ai trouvé qu’un CDD à mi-temps aussi sexy qu’un strip tease de Charles Pasqua.

J’ai commencé la semaine dernière.

Les premiers jours au travail, c’est toujours un peu la galère. Déjà, après avoir passé des mois entiers à errer sans but dans tes 28m2 d’appartement, on espère que tu pourras localiser la DRH, le Service Comptable, le service informatique, la salle de pause, les WC, la machine à café cassée, la machine à bonbons, la réserve à post-it, les boîtes aux lettres, la photocopieuse couleur, la photocopieuse noir et blanc, le fax et la cachette à bonbons en moins d’une demi journée.

Et puis on espère, qu’après de longs mois à essayer de communiquer avec les moutons vivant sous ton lit, tu pourras retenir le nom de tes 73 collègues ainsi que si oui ou non tu peux les tutoyer. T’as pas encore posé ton cul sur ta chaise à roulette que t’as déjà la tête comme une coucourde.

Et c’est pas fini. Parce qu’il faut qu’on te crée une adresse mail. Que pour se faire, tu dois demander à un service qui a un acronyme qui ferait plus penser à une maladie vénérienne qu’à n’importe quoi d’autre de te créer ce qu’ils appellent avec poésie “une identité numérique”, mais uniquement après avoir contacté la DRH qui devra leur prouver grâce à des tests adn, une analyse d’urine, mes empreintes digitales et mes déclarations de revenus que tu es bien salariée de l’entreprise.

Ensuite, tu iras voir l’informaticien (seul habilité à te créer ta boîte mail) qui te renverra chez toi puisque tu es venue sans le formulaire XDLOL, et que de toute façon, il ne fera rien si tu ne lui présentes pas une pièce d’identité. Ah quand même.

Finalement, en attendant de pouvoir commencer à travailler sérieusement (aka attendre le retour signé de la hiérarchie du formulaire XDLOL qui devra être visé par ma tante avant de transiter de nouveau vers le service informatique qui finalement en plus d’une pièce d’identité a besoin aussi d’un rib, de ton numéro de sécu, et l’inscription au L.O.F de ton hamster), tu essaies de faire un bureau à ton image.

Seulement, t’es tellement fière d’avoir un bureau, que la seule chose que tu oses personnaliser, c’est l’agencement des trombones dans le pot à crayons. Ce qui ne te prendras pas trop de temps. Et donc au bout de 27 secondes derrière ton nouveau bureau, considérant que ta conscience professionnelle t’interdit d’aller stalker sur facebook avant ta troisième semaine de travail, tu commenceras à te faire chier.

Tu iras donc voir ta supérieure directe, et tu lui diras (en ayant l’impression d’avoir l’air de la grenouille à la grande bouche) “tu fais quoi touââ? Je peux t’aider mouââ?”. Compatissante (mais overbookée), elle te filera une vingtaine de photocopies à faire. Douze minutes plus tard, ta mission acquittée “tu fais quoi touââ? Je peux t’aider mouââ?”. Et ainsi de suite, jusqu’à la pause déjeuner.

La pause déjeuner, c’est primordial lors des premiers jours dans un nouveau job. C’est le moment où tu fais plus ample connaissance avec tes collègues, ou tu tâtes l’ambiance, où tu cartographies les rapports entre tes collègues. Si tu as de la chance, tu constateras que l’ambiance est plutôt légère, que personne ne couche avec personne (ouais, c’est chiant, mais c’est plus sain), et que les gens sont plutôt mignons. Jusqu’à ce que une de tes collègues te regarde et te dise :

– Bon, et toi Almira, tu bosses dans quel service ?
– Celui qui a un acronyme qui ressemble à une éructation
– Ah ! Avec monsieur Dugland ?
– Oui, monsieur Dugland, c’est mon chef de service
– Aouch. (Grimace)
– Ben quoi? Il est gentil monsieur Dugland, non ?
– Ah ça oui, hein, il est gentil. Est ce qu’il t’a proposé de venir passer ta pause déjeuner dans son camping car ?
– Heu… Non…
– Ben ça va pas tarder. Il l’a proposé à toutes les nouvelles. La seule a qui il n’a pas proposé, c’est Marie Evelyne. Et encore, il ne lui a pas proposé parce qu’à l’époque, il n’avait pas de camping car. Il lui a proposé d’aller prendre la pause déjeuner dans sa Renault 21. Et bizarrement, les pauses déjeuner du camping car, il ne les propose que lorsque sa femme (qui est aussi dans la boîte) est en déplacement.
– Ah…
– Et puis il est d’une RADINERIE effarante ! Il va t’inviter à boire un café. Et ben c’est toi qui devras payer les deux.
– Il a peut être des problèmes d’argent ?
– Attends voir… t’es au SMIC à mi-temps ? Ben disons que son salaire est 10 fois plus élevé que le tien. Hors primes. Il a des oursins dans les poches.
– Ah, c’est pas cool ça…
– Enfin… radin… s’il te trouve sympa, à Noël, t’auras des cadeaux. Il offre toujours des fleurs et des chocolats et des fleurs aux nouvelles… Pas aux nouveaux. Aux nouvelles.
– Comment tu sais?
– J’ai eu les deux, Giorgio n’a eu ni l’un ni l’autre.
– Ca me rassure pas trop trop ce que tu me dis là.
– Non mais ça va hein, il est gentil hein. Enfin sauf quand sa femme vient dans son bureau. Tu verrais comment il lui parle ! Par contre quand il a affaire à de jolies blondes avec de grandes jambes, c’est un agneau.
– Ah.
– C’est lui qui t’a fait passer ton entretien ?
– Oui
– Tu l’as trouvé gentil ?
– Heu oui, mais maintenant que j’y pense…

Ça promet.

… À SUIVRE

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Nihil
    Nihil, Le 4 octobre 2011 à 2h00

    Ca tombe bien... je commence ma première journée demain, je suis préparée !

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