Liseuse électronique mon amour – Chronique de l’Intranquillité

« Une liseuse électronique ? Jamais ! » : voilà ce que pensait Ophélie il n'y a pas si longtemps. Mais depuis qu'elle en a une entre les mains, son avis a bien changé...

Liseuse électronique mon amour – Chronique de l’Intranquillité

?L’autre jour je suis allée rendre visite à mon bouquiniste préféré qui m’a dit « Ah, on ne vous voit plus beaucoup ». J’ai reniflé la tranche de ses livres pleins de poussière et j’ai prétexté que j’étais un peu occupée, ces derniers temps. C’était faux, mais j’ai préféré lui mentir que d’avouer la véritable raison de mon absence : le père Noël m’a apporté une liseuse électronique dans sa hotte et depuis je ne cesse de clamer cette évidence : « C’est la meilleure invention depuis la découverte du feu et l’électricité ».

Je suis tombée amoureuse de mon Kobo, je me suis éprise de cet objet qui a révolutionné mon rapport à la lecture alors que notre histoire était plutôt mal partie. Il y a deux ans, je clamais à qui voulait bien m’écouter – c’est-à-dire pas grand monde – que ce support était sans avenir, que le rapport aux livres était bien trop charnel pour disparaître dans l’immatériel d’un petit rectangle de plastique blanc. J’affirmais – avec beaucoup trop d’aplomb pour que cette résolution soit honnête – que le livre numérique ne passerait pas par moi.

Et puis quelque chose d’incroyable est arrivé : les temps ont changé et mon avis si résolu s’est amolli. Du téléphone fixe qui trônait dans l’entrée de la maison familiale nous sommes passé à un portable, si ce n’est deux, par personne ; le Minitel est mort – et c’est bien triste ; les photos de vacances se regardent à travers un écran plutôt que derrière le papier plastifié de l’album familial ; les échanges épistolaires ne sont plus timbrés… J’essaie de me trouver des excuses, mais la culpabilité pèse lourd face à ce vendeur de livres d’occasions qui semble étouffer sous le poids de ses bouquins rabougris chancelant au sommet d’étagères infinies.

Pourtant, mon Kobo m’a charmée. Il faut dire qu’il est mignon, blanc, en plastique molletonné à l’arrière duquel mes doigts s’enfoncent tendrement. On a envie de le caresser tant il est doux et agréable à prendre en main. Je le pose sur mes genoux, une tasse de thé dans la main gauche, et je n’ai qu’à appuyer sur son écran pour changer de page. Pas besoin de le tenir d’une main ferme afin qu’il reste bien ouvert jusqu’à en avoir des crampes, non, mon Kobo est autonome, il se tient tout seul. Il est tellement gentil qu’il me récompense en m’offrant des médailles et me donne des statistiques détaillées sur le nombre d’heures que j’ai passées à lire, la quantité de bouquins terminés, etc. Et moi qui aime chiffrer mes activités, autant de précisions me ravissent.

D’ailleurs, comme je ne lis presque exclusivement que des auteurs morts – et refroidis depuis bien longtemps – l’Internet regorge de livres tombés dans le domaine public, qui sont donc libres de droits… ce qui signifie : GRATUIT. Je suis désormais l’heureuse propriétaire de toute la saga des Rougon Macquart. Quoique… sommes-nous réellement propriétaire d’un bien qui appartient à tous ? Nous méditerons là-dessus au cours de notre prochaine leçon. Toujours est-il que lorsque je vois le prix des classiques pourtant très classiques chez Gallimard ou en Folio tout ripou, mon coeur de pingre s’emballe à la perspective de ces folles économies (TOUT Balzac, TOUT Zola, TOUT GRATUIT).

?Je n’ai pas encore connu la délicieuse sensation qui me plonge d’ordinaire dans d’immenses embarras à l’heure des départs en vacances : quels livres j’emporte ? Désormais, plus besoin de sacrifier un ouvrage pour un autre : je partirai avec ma bibliothèque entière. D’ailleurs, où que j’aille, elle m’accompagne au fond de mon sac et ne pèse rien. Je n’aurai plus jamais besoin de trouver une réponse à cette question existentielle, « Quel livre emporter sur une île déserte ? » : je prendrai uniquement mon Kobo (mais un Kobo qui fonctionnera à l’énergie solaire – paraît que Robinson Crusoé n’a pas installé l’électricité sur son île).

Et pour finir, mon Kobo n’est pas un autarcique qui n’avale qu’un seul format de fichiers, il est au contraire très ouvert sur l’extérieur, totalement tolérant face aux fichiers différents (pas comme ce raciste de Kindle qui refuse les ePub et fonctionne principalement avec un format propriétaire).

J’ai beau être convaincue de tout ces bienfaits révolutionnaires, je culpabilise encore. J’avoue être un peu triste de voir des volumes manquer à ma saga Rougon Macquart sur l’étagère de ma bibliothèque. Au fond, je suis véritablement attachée à l’objet-livre, à l’aspect décoratif de mon bon goût littéraire dans le salon, à la curiosité du titre que les gens dévorent sur leurs strapontins dans le métro. La liseuse anonymise la lecture, on ne sait plus qui lit quoi – donc on ne sait plus à qui se fier. Si ça se trouve on se met à éprouver de la sympathie pour un lecteur de Marc Levy qui aurait une tête à dévorer du Céline !

Je suis bien emmerdée, d’autant plus que les auteurs vivants (comme les demi-morts qui n’ont pas encore soixante dix ans de caveau) coûtent souvent aussi cher en version numérique qu’en version papier. Et moi, quand je paie, j’aime bien palper. Je n’ai toujours pas franchi le cap avec mon Kobo, je ne lui donnerai mon code de carte bleue qu’après au moins une année de relation assidue.

Alors je continue à fréquenter mon bouquiniste comme on entretient un grand amour dont on peine à se défaire. Je lui achète de vieilles éditions aux couvertures bien ringardes et je visite les librairies lorsque je me mets dans l’idée d’acheter un « beau livre », un ouvrage imposant que je ne trimballerai nulle part, que l’on garde jalousement pour soi, un bouquin d’intérieur.

Je ne sais pas si le format papier finira par disparaître ou par devenir tellement désuet qu’il se vendra davantage d’eBooks – je ne l’espère pas, j’aime encore trop corner les feuilles et écrire mon nom sur la première page. Et puis j’aimerais pouvoir continuer à offrir mes livres préférés aux réfractaires technologiques ou avoir l’opportunité de brûler des pages de Marc Levy dans un autodafé rédempteur, les jours où le découragement global se fera trop ressentir.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 60 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • *Gabrielle*
    *Gabrielle*, Le 26 juin 2016 à 13h58

    Deux choses ont fait que j'ai pris une liseuse alors que j'étais contre avant (Genre "Mais les livres papiers c'est mieux !" ) : Les classiques du domaine public et....les fanfictions :dowant: !!
    Et je n'ai aucun regret :puppyeyes:
    Après j'alterne livres et ebooks, surtout que tout n'est pas numérisé. Et j'aime farfouiller dans les vide greniers pour revenir avec des paquets de livres a 1€ ou 2€.
    J'ai pris une Kindlle a cause du catalogue anglais particulièrement bien fournis et le rétro éclairage qui est pratique lors d'une insomnie pour pas embêter Chéri qui dors a côté.
    Bon par contre pour les bds, c'est pas super, même les mangas quand il y a beaucoup de texte dans les bulles, ça devient assez illisible et j'aime pas zoomer/dézoomer......

Lire l'intégralité des 60 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)