Tête dans les nuages : les rêveurs sont-ils moins efficaces ?

Cette semaine, Justine va décrypter une étude selon laquelle les personnes qui ont la tête dans les nuages auraient un cerveau plus efficace que les personnes concentrées à 100% tout le temps...!

Tête dans les nuages : les rêveurs sont-ils moins efficaces ?

Je vous le dis tout-de-go, cet article va plaire aux têtes en l’air, à celles qui révisent leurs partiels et dont l’attention peut être happée à tout moment par une fenêtre, un jeu Facebook ou un p’tit shot de Roland Garros, à celles qui sont bercées par les voix de leurs profs (ou de leurs directeurs/directrices, au choix), bref : à celles dont l’esprit vagabonde (et aussi un peu à mon frangin, tellement hobo de l’esprit qu’à six ans, il chantonnait déjà en classe).

Réalisée par des chercheurs de l’Université du Wisconsin et d’un institut allemand, une nouvelle étude parue dans Psychological Science tendrait à prouver que le « daydreaming » (qu’on pourrait traduire par « la rêvasserie ») pourrait bien être le signe d’un cerveau bien équipé. Brandissez donc cette excuse la prochaine fois qu’on vous enquiquinera !

Plus spécifiquement, notre capacité à rêvasser serait liée à ce que l’on appelle la « mémoire de travail »  – définie comme la capacité de nos cerveaux à retenir, stocker et se souvenir d’informations, même si nous sommes distraits.

Imaginons par exemple qu’en plein cours (ou en plein boulot), vous avez drôlement envie de lire un article madmoiZelle NSFW* (des trucs estampillés Josée l’Obsédée, sûrement) lorsque vous serez rentrée chez vous. Diverses choses se passent entre le moment où vous pensez à lire cet article et le moment où vous le faites : vous prenez le bus, vous allez chercher vos raviolis préférés et du P.Q. triple épaisseur au Monop’, votre mère vous téléphone, vous rangez les courses, vous vous envoyez une petite bière (ou un bon Pago, ce sera selon)… Et pourtant, malgré toutes ces distractions, vous vous souviendrez d’aller lire le dernier Josée l’Obsédée, justement parce que votre cerveau a un système de « mémoire de travai » qui roule.

Mettons les mains dans le cambouis : dans leur expérience, les chercheurs avaient pour objectif d’examiner le lien entre la capacité de mémoire de travail des participants et leur tendance à rêvasser.

Dans un premier temps, ils demandent donc aux sujets d’effectuer une tâche particulièrement facile (presser un bouton lorsqu’une lettre apparaît sur un écran, ou bouger leurs doigts selon le rythme de leur propre respiration), ce qui devrait permettre à leur esprit de s’évader tranquillement. Régulièrement, ils vérifient si les sujets sont concentrés sur la tâche qui leur est assignée.

Enfin, ils mesurent la mémoire de travail des participants par un exercice de rappel (les chercheurs énoncent une série de lettres et posent quelques questions faciles de mathématiques, les sujets devant ensuite se rappeler de la série de lettres).

BIM, résultats : une corrélation existerait entre un esprit vagabond lors de la première tâche et des scores élevés au test de mémoire de travail ! Autrement dit, ceux qui rêvassaient en pressant le bouton lors de la première étape seraient meilleurs pour se souvenir ensuite des séries de lettres que ceux qui restaient concentrés… Finalement, les personnes à l’esprit vagabond s’évadent parce qu’ils auraient trop de capacités pour se concentrer uniquement sur l’action en cours. Pour aller vite, ils déploieraient leurs ressources pour penser à autre chose qu’à leur tâche actuelle.

Selon les interprétations des chercheurs, les processus mentaux qui sous-tendent le « daydreaming » pourraient être similaires à ceux de notre mémoire de travail. Lorsqu’on tire des plans sur la comète, lorsqu’on rêvasse à notre futur en faisant du vélo, des courses, ou au boulot, tout cela pourrait être soutenu par la mémoire de travail. Nos cerveaux pourraient ainsi essayer de parer aux problèmes les plus pressants : ce qui m’intéresse, là, ce n’est pas d’acheter la meilleure mozzarella, mais d’imaginer où ma vie en sera en 2013. Ce qui ne veut pas dire que je suis incapable de me concentrer sur une tâche précise lorsque c’est nécessaire. Ni que ceux qui ne laissent pas leur esprit se balader sont des gens moins chouettes – ils auront simplement des systèmes de fonctionnement différents.

Vous voyez le genre ?

* Not Safe For Work : un truc que les mecs des services informatiques n’aimeront que modérément voir apparaître sur ton historique Web, selon leur propre degré de coolitude.

Pour aller plus loin

> La source, un debrief de Joseph Stromberg
> Pour les puristes, l’article original est disponible ici (not for free ceci dit)
> Une autre étude en faveur des rêveurs

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Paranthèse
    Paranthèse, Le 17 avril 2012 à 18h39

    BAM!! Maintenant j'espère que les gens arrêteront de me dire toujours la même phrase: "Laura, arrête de rêver et concentre toi sur ce que tu fais!". [​IMG] :taquin:

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