Marguerite, illustratrice glam’ et rétro

À 29 ans, Marguerite Sauvage est une illustratrice multicarte : presse féminine, édition et publicité. Il y a des chances pour que tu aies déjà croisé ses p'tites nanas dans Elle ou Cosmo . Elle illustre, de façon très glamour, textes et produits grâce à un coup de crayon fashion, gai et léger.

Marguerite, illustratrice glam’ et rétro

madmoiZelle.com : Quel est ton cursus scolaire et ton parcours professionnel ?
Marguerite :
J’ai commencé, j’avais 24 ans. Je n’ai pas du tout fait d’études d’art. En fait, j’ai juste toujours dessiné. Quand je suis sortie de la fac, j’ai monté un book et je me suis dit que j’allais essayer de faire quelque chose en rapport avec le dessin, vu que c’était ma passion depuis des années.

madmoiZelle.com : Et donc tu n’avais jamais eu de contact auparavant avec le milieu professionnel de l’art ?
Marguerite :
Non, pas avec le milieu de l’art, mais avec celui de la communication. J’ai fait l’Institut Français de Presse et un stage en production audiovisuelle et en conception-rédaction, dans une agence de pub. Mais ce n’était pas lié à l’illustration. Je m’intéressais juste, en fait, à l’illustration.

madmoiZelle.com : À quoi ressemble une journée type de travail avec Marguerite ?
Marguerite :
Ça dépend vraiment du boulot que j’ai… ou pas (rires) ! Si j’en ai, ce n’est pas vraiment passionnant, en réalité. Ce n’est pas du tout la vie de bohème. Je me lève le matin, je prends mon café, je caresse mon chat (je le gratouille frénétiquement plutôt, mais bon…), j’y vais. Je lis mes mails, je regarde si j’ai des propositions de boulot ou des retours de modifications sur des travaux rendus, et puis je dessine en fonction de ce qu’on me dit.
Je travaille dans un atelier, en open-space. J’y fais de l’illustration pour moi et de la direction artistique.

madmoiZelle.com : Justement, comment se passe une commande ? Vient-on te chercher ?
Marguerite :
On vient chercher l’illustrateur, mais ça dépend de si on a démarché ou pas avant. C’est-à-dire que pour que la personne vienne te chercher, il faut généralement aller vers elle. Et pour la pub, j’ai un agent.
Après, tout ce qui est créatif, je le gère directement avec le client. Je reçois un brief, qui est généralement assez précis. Sur ce brief, on fait des roughs (croquis permettant de proposer une ébauche de projet avant la réalisation, ndlr). Ces roughs vont le plus souvent subir des modifications demandées par le client, parfois non et c’est très agréable. Il peut y en avoir une, deux, trois, … Bref, souvent il y en a beaucoup. Après on fait une mise en couleur, et il y a aussi des modif’ sur les couleurs. Donc c’est très très rare qu’il y ait des images qui sortent telles quelles. Ce n’est pas du tout comme un tableau de peintre, c’est vraiment des arts appliqués.

madmoiZelle.com : Et en ce qui concerne ce brief précis, est-ce qu’on te décrit physiquement les personnages, par exemple ?
Marguerite :
Oui, ça arrive. C’est tout le paradoxe du métier d’illustrateur. C’est-à-dire que les gens t’appellent, t’envoient un brief, te disent « on veut que ce soit vous qui illustriez, on adore votre style, on adore ce que vous faites, etc. », et puis finalement ils rappellent : « non, on voudrait que ce soit plus comme ça ». Des fois, on arrive à un bon compromis, mais d’autres fois on se trahit soi-même. C’est une des ambiguïtés qui est la plus dure à vivre pour les illustrateurs.

madmoiZelle.com : Quelle est ta technique de travail ? Quels sont tes outils ?
Marguerite :
Pour le dessin à la main, c’est un crayon 2B 0,3 mm et une gomme avec du papier ordinaire. Ensuite, j’utilise Photoshop, un scanner et une imprimante.

madmoiZelle.com : Est-ce que tu dois faire un travail de documentation avant d’entreprendre le dessin ? Ou as-tu un brief dont tu ne peux pas t’écarter ? Je pense plutôt à l’édition.
Marguerite :
Je n’ai touché que très peu à l’édition, à proprement parler. Je n’ai fait que des couvertures de livres et des cabochons d’ouverture de chapitres, pour des poches. Le texte ne m’appartient pas. Donc, de toute façon, les personnages devront ressembler au texte que j’ai. Et généralement, pour la couverture, on me demande de mettre en situation les personnages principaux. L’éditeur choisit une scène qu’il trouve importante dans le livre et me demande d’en faire l’illustration, ou bien il choisit de me faire dessiner tel et tel personnage dans tel environnement.

madmoiZelle.com : Pour l’illustration d’Alice, t’es-tu référée au travail qui avait été fait auparavant ?
Marguerite :
Oui, parce que j’aime beaucoup les illustrations de Chazelle, de Philippe Daure et de tous ces gens-là. J’essaie d’avoir mon style bien sûr, mais oui, je les regarde, m’en sers…

madmoiZelle.com : Y-a-t’il un projet dont tu es particulièrement fière ?
Marguerite :
Euh… Il faut savoir qu’il y a beaucoup d’illustrateurs qui ont une fierté qui durent trois secondes. On n’est pas souvent content de ce qu’on fait. Il m’arrive de me dire : « c’est bon, l’image est bien, elle se tient, elle est belle ». Et puis, ça passe assez vite… Donc, je dirais que les projets dont je suis fière… pfff…

MadmoiZelle.com : Ou alors un projet sur lequel tu as vraiment aimé travailler ?
Marguerite :
Ouais, là plus ! Il y en a eu pas mal, vu que ça fait six ans que je fais ça. J’ai beaucoup aimé bosser sur le site web Paul & Joe et les Alice. Et j’aime bien faire de la presse, dans l’absolu.

madmoiZelle.com : Pour les sites web, est-ce que tu travailles main dans la main avec d’autres personnes, pour la technique par exemple ?
Marguerite :
Ça dépend. Si on me le demande, oui. Mais généralement les gens me demandent de rendre mes travaux dans un format donné, et ça dépasse rarement ça.


madmoiZelle.com : Je voudrais parler de ta « patte » maintenant. Tu travailles essentiellement dans l’univers de la féminité et du glamour. Par goût ?
Marguerite :
Ado, j’étais fan des BD de Moebius, j’adorais l’univers Barbarella, les Demoiselles de Rochefort et tout ça. Plein d’influences, comme celles-là, sont à l’origine de ce que je dessine maintenant. Donc oui, c’est très féminin et un peu rétro.

madmoiZelle.com : Les vêtements et les coiffures de tes personnages sont très à la page. Où trouves-tu ton inspiration ?
Marguerite :
Je regarde les gens à Paris, dans la rue (rires). Je ne me documente pas comme une malade.

madmoiZelle.com : Tu as un style très à toi. Comment fais-tu pour te renouveler, suivre la mode sans jamais perdre ton identité ?
Marguerite :
Je n’ai pas de recette. D’ailleurs j’en subis les aléas, au sens où il m’est vraiment arrivé d’avoir des grosses périodes de carence parce que ce que je faisais ne plaisait pas aux clients. Il faut savoir qu’ils sont très versatiles. C’est le métier qui veut ça. La difficulté c’est qu’on met du temps avant de s’en apercevoir. Sinon le style évolue, parce qu’on se perfectionne en technique, en dessin. Peut-être qu’on affine un regard, mais je n’en sais pas plus…

madmoiZelle.com : Je voudrais avoir ton point de vue sur l’intérêt de faire appel à une illustratrice pour la presse, plutôt que de mettre des photos.
Marguerite :
Ça dépend vraiment de l’article à illustrer. L’illustration se prête à certaines choses et la photo à d’autres. Je dirais que le premier intérêt c’est de faire travailler les illustrateurs, parce que souvent les gens ne connaissent pas leur boulot ! On pense à la photo par simplicité, parce que c’est plus compréhensible. Comment expliquer ? C’est le dessin, quoi ! Quelque chose de plus acidulé, de plus gai ou de plus esthétique. Il accompagne mieux le texte qu’une photo simplement posée à côté.

madmoiZelle.com : C’est aussi plus facile d’être universel dans le dessin que dans la photo, non ?
Marguerite :
Je dirais le contraire. La photo, c’est la réalité qui est mise en image. Pour un dessin, il se peut que le style passe auprès de certaines personnes et pas auprès d’autres. Le dessin est plus dépendant du regard des gens.

madmoiZelle.com : Quels sont tes projets, tes espérances concernant ton travail ?
Marguerite :
Animer mes dessins davantage. Faire de la BD aussi, mais je ne trouve pas de scénariste. Je cherche…

madmoiZelle.com : Quel genre de BD ?
Marguerite :
Je suis ouverte à plein de choses. Qu’importe, du moment que c’est quelque chose qui correspond à mon univers graphique. Au final, il peut s’adapter à beaucoup de choses, pas uniquement à la mode et au contemporain. Ça peut être plus large.

madmoiZelle.com : Question rituelle des interviews de madmoiZelles : c’est quoi, pour toi, être une madmoiZelle aujourd’hui ?
Marguerite :
Je dirais que c’est quelqu’un qui assume son âge (rires). Voilà, ça va pour les vieilles comme pour les jeunes !

Le blog de Marguerite c’est ici, et son book est !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 12 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Ywana
    Ywana, Le 16 août 2009 à 13h22

    j'avais déjà repéré ces dessins dans mes magazines préférés, et revoir le tout me rapelle à quel point j'aime cet univers qui, je trouve, se prète si bien à évoquer les rêves, les pensées...
    j'aime les couleurs utilisées aussi, claires et acidulées à souhait, le trait est également super sympa...
    bref un tout que j'adore ^^ et maintenant je peux mettre un nom dessus! merci

Lire l'intégralité des 12 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)