Adrienne Pauly, rockeuse classe

On a rendez-vous chez Warner, sa maison de disque. Elle arrive aussi classe que je l’avais imaginée, avec un style loin des canons habituels du rock, et une paire de chaussures de dame que j’aurais adoré pouvoir lui piquer tellement elles étaient belles. Autour d’un duo café-clope, Adrienne Pauly m’a (presque) tout dit. madmoiZelle.com : […]

On a rendez-vous chez Warner, sa maison de disque. Elle arrive aussi classe que je l’avais imaginée, avec un style loin des canons habituels du rock, et une paire de chaussures de dame que j’aurais adoré pouvoir lui piquer tellement elles étaient belles. Autour d’un duo café-clope, Adrienne Pauly m’a (presque) tout dit.

madmoiZelle.com : Tes chansons ont vraiment un écho particulier auprès de la moitié féminine de l’humanité. On dit souvent qu’elles « sentent le vécu ». Est-ce que tu as vraiment l’impression d’écrire pour les filles ? Est-ce une volonté ou un hasard ?

Adrienne : Au départ, je n’écris ni pour les mecs ni pour les filles, j’écris pour moi, pour meubler le temps. A ce moment-là, j’étais au chômage, comme une comédienne qui ne travaille plus beaucoup. J’étais à une charnière de ma vie, je ne savais pas trop quoi faire.

Donc ces chansons, c’était aussi des notes que je m’adressais à moi, à un amoureux imaginaire. Parce que, finalement, « J’veux un mec », c’est une chanson romantique.

« La fille du prisunic », c’est une nana que j’ai observée, alors que j’étais en train de faire la queue, je ne faisais rien de ma vie, j’étais à côté de mes pompes, je me posais des questions. Et j’ai vu cette fille derrière sa caisse, qui avait l’air aussi mal que moi finalement, à côté de la vie qu’elle voulait avoir.

Faire une chanson, c’était avant tout une manière de donner un sens à ma vie. Après, que ça plaise aux filles, c’est vrai, je l’ai observé pendant tout mon parcours.

madmoiZelle.com : Et tu trouves ça bien ? Tu aimerais être plus universelle ?

Adrienne : Non mais il y a aussi des mecs qui aiment bien, hein ! On dit parce que je chante « J’veux un mec » et « J’ai fait l’amour avec un con ». Mais il y a aussi des mecs à qui ça parle. Il y en a aussi qui se disent « j’ai fait l’amour avec une conne ».

Et la chanson « Vas-y viens », c’est un type dans une boîte de nuit, qui appelle une fille en train de danser. Là, on peut dire que c’est une chanson qui s’adresse aux types, mais je ne crois pas en fait. Je l’ai écrite au masculin tout de suite. J’étais dans un bar, plus personne à part deux types à côté de moi qui allaient terminer la soirée seuls. Alors je me suis sentie comme ces deux mecs, et j’ai écrit au masculin.

Ou alors c’est parce que j’ai un frère. Mais je ne pose pas la question à vrai dire, de savoir si j’écris pour une fille ou pour un mec. C’est une histoire de rencontres.

madmoiZelle.com : Emilie, l’animatrice de l’émission radio Les Filles du Mouv, a accordé une interview à madmoiZelle.com dans laquelle elle t’a chaudement recommandée à nos oreilles, en disant que tu étais « une féministe, mais bien, dans le bon sens ». Est-ce que tu trouves que ça te correspond ?

Adrienne : Oui, j’ai un frère qui m’énervait, le genre de trucs que peuvent faire les mecs. A un moment, je me suis certainement sentie obligée de faire ce que doivent faire les filles, être gentille, sage et tout. Mais en même temps, je ne me vois pas néoféministe ou je ne sais quoi. J’essaie de défendre ma peau, les gens que j’aime. Mais peut-être…

madmoiZelle.com : Quand on lit ceux qui parlent de toi, on retrouve des qualificatifs tels que « glamour », « volcanique », « déchaînée », « vénéneuse », « regard de braise », « sensuelle », « fougueuse ». Tu trouves ça bien vu ? Flatteur ?

Adrienne : Ah bah, c’est flatteur. C’est plus flatteur que s’ils avaient dit « les fesses tombantes », « le front bas », « désagréable »…

madmoiZelle : Et ça correspond à ce que tu es vraiment ou bien tu joues un rôle quand tu es sur scène ? Ta formation initiale est le théâtre… alors es-tu toi même face au public ?

Adrienne : En fait, on montre des facettes différentes quand on est sur scène ou qu’on chante. Mais on est tous multiple, ce n’est pas un rôle à proprement parler. Je suis très « double » moi, je suis ça et puis le contraire aussi, je suis gémeau.

madmoiZelle.com : Quelle est la différence entre monter sur scène pour jouer au théâtre et monter sur scène pour chanter ?

Adrienne : A vrai dire, je n’ai pas fait beaucoup de théâtre professionnel. J’ai pris des cours. Ce n’est pas pareil, parce que comme je viens chanter des chansons que j’ai écrites, je ne suis pas seulement interprète. Je viens raconter des choses sur ma vie

madmoiZelle.com : Qu’est-ce qui t’a décidée à écrire un album ? Il te manquait quelque chose dans le théâtre ?

Adrienne : Ca se fait par étapes, petit à petit. Parce que comme j’avais une autre passion, qui était de jouer la comédie, il a d’abord fallu que je me dise dans ma tête qu’il fallait que j’arrête ce métier pour passer à un autre. Or c’était quand même un métier que j’aimais. C’était un peu un déchirement d’arrêter, mais finalement pour chanter, ce que j’aime mieux, et adopter un domaine dans lequel je me retrouve plus.

madmoiZelle.com : Pour toi, il faut choisir entre les deux, soit chanson soit théâtre ?

Adrienne : Peut-être qu’un jour, j’aurai une rencontre et ça me donnera envie de rejouer. Mais pour l’instant, je ne me pose pas la question, parce qu’il y a du boulot là !

madmoiZelle.com : Comment s’est passée l’écriture de l’album ? Tu l’as mûri pendant très longtemps ou tu l’as écrit sur un coup de tête ?

Adrienne : C’était long… Ca a duré quatre ans, le temps de vivre des choses et de les écrire.

madmoiZelle.com : Tu joues d’un instrument ?

Adrienne : Ca y est, je connais tous les accords au piano maintenant. Mais à l’époque, je connaissais juste quelques accords, j’arriver juste à pianoter comme ça.

madmoiZelle.com : Dans la chanson « C’est quand », tu te demandes « c’est quand c’est quand que je serai blonde ? ». Tu l’as même surligné en jaune pétant sur le livret de l’album. Tu veux vraiment être blonde ?

Adrienne : Non, c’est une blague. Mais j’aimais beaucoup Marilyn Monroe quand j’étais petite, je regardais ses comédies musicales. D’ailleurs, on voit bien là le lien entre chanter et jouer. Je me posais toujours la question. Mes parents faisaient plus du cinéma, donc je me suis dirigée vers ça.

Pour en revenir aux cheveux, j’aimais beaucoup Marilyn Monroe et je crois que j’ai pensé à elle dans Les hommes préfèrent les blondes en écrivant ces paroles.

madmoiZelle.com : Et tu crois qu’on peut être à la fois blonde et volcanique ?

Adrienne : Ah bah elle est pas mal quand même Marilyn… Et dans les autres blondes, il y a Marlene Dietrich… Mais au départ, c’est une blague. Ce que je veux dire, c’est « quand est-ce qu’on me regardera, quand est-ce que je serai lumineuse ? » !

madmoiZelle.com : Pour toi, quel est le titre le plus emblématique de ton album, s’il ne fallait en retenir qu’un ?

Adrienne : « Pourquoi ».

[Neuneu, l’interviouveuse s’emmêle les pédales] Pourquoi n’en retenir qu’un ? Parce que…

Adrienne : Nan nan ! « Pourquoi » la chanson.

madmoiZelle.com : Pourquoi « Pourquoi » n’a pas été choisie comme premier single ?

Adrienne : Parce que dans « J’veux un mec », il y a un côté un peu rock que je donne plus sur scène que sur le disque. Et puis, il y a quelque chose de plus universel. C’est un cri du coeur partagé par pas mal de monde.

madmoiZelle.com : En effet, ça peut toujours défouler de chanter ça à tue-tête dans son salon un soir de déprime. Mais est-ce que ça marche comme technique ? Est-ce que quand tu chantes 10 fois par jour « J’veux un mec » dans la radio, il y en a un qui finit par venir ?

Adrienne : Oui. Oui, oui. [NDLR : dommage, maintenant que c’est pris, c’est fini… La prime à l’innovation n’existe qu’une fois]

madmoiZelle.com : Tes ambiances musicales du moment, ça ressemble à quoi ?

Adrienne : En ce moment, j’écoute Karen Dalton. C’est une chanteuse des années 60, qui a une voix un peu cassée, à la Billie Holiday, mais un peu plus perçante, un peu plus aiguë, assez émouvante, qui fait des chansons un peu à la Dylan. Elle a fait juste un disque et après, elle a disparu du système. J’ai écouté aussi Lily Allen, je trouve ça marrant. La chanteuse à laquelle je reviens tout le temps, c’est Billie Holiday. J’aime bien Barbara aussi. J’aime beaucoup Catherine Ringer. Rose Murphy aussi. C’était une grosse black dans les années 40 qui avait une toute petite voix, comme Betty Boop dans un grand corps, en faisant des claquettes.

madmoiZelle.com : Ton avenir proche ou lointain, dans ta vie rêvée, ressemble à quoi ?

Adrienne : C’est le plus possible me sentir à ma place quelque part, avoir des projets et les concrétiser. Faire des choses, dans la musique.

madmoiZelle.com : Tu as une recommandation aux madmoizelles ? Qu’est-ce c’est pour toi qu’être une « nana bien » aujourd’hui ?

Adrienne : Ne pas se raconter de bobards ! Faut y aller les filles !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Liilly
    Liilly, Le 19 mars 2008 à 19h28

    Adrienne est une artiste exceptionnelle, je ne cesserai jamais de le dire :coeur2: . Elle est à la fois drôle, sensuelle, fragile, quand on la voit en concert, c'est quasiment de l'hypnose, impossible d détacher ses yeux d'elle, & on en sort carrément ailleurs !! Bref, moi, je suis AdriennePauly- Addict, clairement. :d

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