Pourquoi ça déchire d’être une meuf

Ceci est une réponse à Vice qui explique pourquoi ça craint d’être une meuf. Leur article est marrant et bien foutu, pas de doute là-dessus, mais je connais assez de jeunes filles foutues de le prendre au premier degré (moi à 14 ans, par exemple) pour ne pas avoir envie d’apporter mon optimisme dans le […]

Pourquoi ça déchire d’être une meuf

Ceci est une réponse à Vice qui explique pourquoi ça craint d’être une meuf. Leur article est marrant et bien foutu, pas de doute là-dessus, mais je connais assez de jeunes filles foutues de le prendre au premier degré (moi à 14 ans, par exemple) pour ne pas avoir envie d’apporter mon optimisme dans le débat. Moi vivante, aucune lectrice ne se lèvera désespérée par ce double X marqué sur son front. Ok, marqué sous son string.

1. On n’a pas de poils au visage. Non mais sérieux. DES POILS AU VISAGE. (Et sur les pieds. Et dans le dos. Mais au secours.)

2. Je pense que c’est une absurdité sans nom mais il paraît que les femmes sont plus belles. Donc en gros, on peut affirmer que les hommes prétendent posséder (de belles partenaires) alors que les femmes sont (de belles partenaires). Etre ou avoir ? Etre, forcément.

3. Nous n’avons plus nos règles. Nous prenons l’implant. Contrairement à ce que raconte Vice, il y a donc un moyen pas cher de se débarrasser des enfants ET des Tampax. Vu que s’il y a bien un truc qui suxx dans la féminité, c’est ça. Heureusement, en 2010, la féminité se customise. Moi comme options j’ai pris lecture de cartes routières et push-ups, par exemple.

4. Les orgasmes multiples. Hin hin.

4bis. Nous venons de Vénus. Nan j’déconne. Vénus, c’est une marque de rasoirs, c’est bien ça ?

5. Les talons aiguille et par extension, l’infinie bienveillance de la société quant à notre potentiel de réinvention et de trouble dans le genre – du treillis à la robe fendue, des cheveux courts au tatouage “troue-moi comme un gruyère” dans la raie des fesses. Un mec qui ose le dixième de ce qu’on fait, il se fait exploser la gueule.

6. Nous n’avons pas à séduire, même si on peut. Il suffit de s’assoir quelque part en souriant, et hop, on pécho à volonté. Catherine M. explique par exemple que si elle veut coucher avec vingt mecs à la fois, il lui suffit de se garer sur un parking. Allez me trouver UN mec qui arrive à se taper vingt meufs à la fois, et en claquant des doigts siouplaît. Ribéry ne compte pas.

7. Les mecs dans notre lit ont des ventres, des clavicules, des mâchoires, ils sentent bon, certains ont les fesses de François Sagat. Enfin, si on a pécho correctement (les lesbiennes ne sont pas en reste : Megan, Scarlett, Sasha. Mais quand même. LE CORPS DES MECS, quoi).

8. Nous ne sommes pas en Chine ou au Soudan ou en Afghanistan ou etcetera donc on va pas commencer à trooop chouiner non plus. La revendication constructive, yes of course, la victimisation, ras-le-bol.

9. Nous pouvons écrire notre nom dans la neige avec notre pipi ET jouer avec nos seins. Que celle qui n’a jamais joué avec ses seins me jette le premier gravillon.

10. Grâce aux quotas de la parité, on peut maintenant prendre le travail d’un homme forcément plus compétent que nous, de même que les Arabes volent le pain des Français blonds. Ah putain Eric Zemmour, rends-moi mon clavier.

11. Nous ne perdons pas nos cheveux avec l’âge. Je le précise parce que parfois, on a l’impression que seules les femmes grossissent et vieillissent. Donc non. Les mecs deviennent également moches passés leurs 17 ans, ils prennent du bide (le boss de madmoiZelle en sait quelque chose) et leurs tétons pendent.

12. Personne ne nous demande d’être musclées ou courageuses. Généralement, personne ne nous demande rien, ce qui est bien la seule raison pour laquelle on a le temps d’avoir des ongles colorés. Par voie de conséquence, au bureau, on a toujours les meilleurs scores au démineur.

13. Le miracle de l’enfantement, tu vois, sentir le machin gonfler dans ton ventre, donner la vie et tout ? Pour ma part, c’est un motif de panique totale mais je sais que ça parle à plein de filles, donc bon, je me soumets exceptionnellement à l’avis majoritaire. A noter que les mecs ne sont même plus nécessaires pour faire un bébé. Salut les gars ! Et merci pour le poisson !

14. Cette liste était censée faire 10 points parce que j’adore les listes en 10 points. Je suis perturbée.

15. Les mecs portent nos valises et payent le restau, surtout quand on n’a rien demandé, pour le plaisir de pouvoir se plaindre ensuite qu’on soit des chiennes ingrates. En attendant qu’ils se lassent de nous reprocher leur comportement, on n’a pas porté nos valises, et on n’a pas payé le restau.

16. On a le droit de porter du rose sans se faire traiter de tapettes. Et de toute façon, vu que les gays gagnent plus que nous, se faire traiter de tapette serait déjà une promotion.

17. Nous n’avons pas de pénis. Je pense que souvent, on oublie de mesurer cette chance : pas de stress, pas d’impuissance, pas de complexes de taille.

18. En conséquence de quoi, on peut faire l’étoile de mer au pieu et lire le Monde Diplo pendant que le partenaire se prouve sa virilité tout seul. (J’exagère. Le mec moderne se donne un mal de chien pour décoder notre body language, terrorisé qu’il est par l’extension du domaine du sextoy.)

19. La féminité se limitant à des bêtises esthétiques, genre rouler des hanches en marchant, on est libres de faire ce qu’on veut. Contrairement à la virilité qui est esthétique ET morale. Il est bien plus compliqué d’être un homme viril (de toute façon plus personne ne sait trop ce que ça veut dire) qu’être une femme féminine (là au moins tout le monde est d’accord). Et si tu refuses de jouer le jeu, ce qui est ton droit le plus strict, tu risques rarement plus que te faire traiter de lesbienne – ce qui n’est pas une insulte.

20. Cette liste était censée faire 10 points mais comme les femmes retombent toujours sur leurs pattes (pensez, avec tout ce qu’on a subi depuis des millénaires), elle se termine gracieusement sur ce numéro 20.

Je précise deux choses pour conclure : 1) je ne suis pas fière d’être une femme, je suis née supercool par hasard génétique, en revanche, je suis fière de m’accepter et d’habiter joyeusement mon corps, sans angélisme ni autodépréciation ridicule, 2) je mesure évidemment le luxe de pouvoir écrire cet article, et ma solidarité va à toutes les femmes qui ne se reconnaissent pas dans mon portrait – et qui ne lisent ni Vice, ni madmoiZelle, trop occupées qu’elles sont à faire à bouffer pour huit marmots. Mais le simple fait que je puisse poster ce texte, et qu’elles ne puissent pas le lire, invalide l’existence d’un destin féminin. Et vous savez quoi ? Tant mieux.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Savon
    Savon, Le 18 décembre 2011 à 17h35

    c'est bizarre, je lis l'article de Vice et je ne m'y retrouve pas.. je lis celui de Maïa et je ne m'y retrouve pas non plus, malgré le second degré...

    Plus je vieillis, plus je me dis que je ne suis pas une "fille", avec tous les clichés et raccourcis que ça suppose...
    Se trouver en tant que personne c'est un boulot suffisamment conséquent pour moi.

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