À la recherche de l’Esprit de Noël – Chroniques de l’Intranquillité

Cette semaine, Ophélie est à la recherche de l'Esprit de Noël... et... oh mais dis donc, elle serait presque nostalgique !

À la recherche de l’Esprit de Noël – Chroniques de l’Intranquillité

?C’était un mercredi soir, j’avais la fièvre dans le sang ou une terrible soif de vin chaud à étancher; peu importe de quoi il s’agissait car au fond, il était question de quelque chose de rouge.

Il faisait nuit et dans le ciel scintillaient les prémices d’un puissant esprit de Noël; des guirlandes par milliers pendaient aux réverbères, une électricité palpable intranquillisait l’air au devant des commerces.

Je slalomais entre les clients et les chiens avec une grâce sans pareil jusqu’au lieu de la fête : le marché de Noël. Car chez moi, in the south of France comme actuellement à Tokyo, la place du Capitole accueille son marché.

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour s’accrocher aux jolies illusions de son enfance, rappeler à ses yeux le bon souvenir des couleurs mirifiques, des paquets cadeaux en nombre et de l’excitation permanente qui soutenait la mollesse des semaines de décembre.

Ce que je retiens des Noël de mon enfance, c’est cette illusion auditive de la nuit du 24, quand j’avais l’impression d’entendre les grelots accrochés au traîneau du père Noël devant ma maison et quand le grincement des escaliers en bois devenait le claquement des sabots des rennes sur la neige.

Ce mercredi soir j’étais à la recherche de cet esprit de Noël et c’est pour cela que je me promenais entre les allées numérotées. Comme tout le monde je m’entassais dans ces nouveaux lieux de culte (les vitrines des grands magasins et les marchés de Noël) mais j’allais de déceptions en ennui.

Les cabanes contenaient toujours les mêmes commerces :

– Des vendeurs d’aligot (le célèbre aligot de Noël que Jésus de Nazareth dégustait au biberon dans la crèche)
– Des vendeurs de churros (Jésus de Nazareth a limé ses dents dessus à l’âge de huit mois)
– Des vendeurs de vin chaud (c’est donc ça la magie de la fête, l’illusion embrumée de l’alcool ? ok je vois le genre.)
– Des vendeurs de t-shirts à personnaliser, de luminaires en papier, de bijoux en acier, de sandwiches au fromage, de pain au levain, d’encens au jasmin et de thé à la violette.

Bref, que de bons produits bien tradi saupoudrés d’un peu de Petit Papa Noël et de Jingle Bells dans l’air pour faire passer le tout.

J’étais dépitée, car, comme ne le chante pas Michel Sardou, avant de vivre à Toulouse – south of France; je viens de l’Est – middle of nowhere. Cette terre désertique et mystérieuse que personne ne sait précisément localiser sur une carte de France (je vous assure que huit personnes sur dix confondent la Lorraine avec le Jura et l’Alsace). Cette patrie située « à côté de l’Allemagne » dont on se demande encore souvent si on n’y est pas un peu allemand.

J’ai donc été élevée près d’un territoire où les festivités chrétiennes sont prises très au sérieux, où on ne déconne pas avec l’esprit de Noël :

?Chaque année, début décembre, on fête et reçoit Saint Nicolas dans les écoles. C’est un ersatz de Père Noël en plus radin (il offre du pain d’épices et des clémentines) qui vient demander aux enfants s’ils ont été sages cette année sur un ton culpabilisant (quand Saint Nicolas m’a posé cette question, j’ai bien évidemment répondu « NON », je tremblais qu’il dévoile mon mensonge et que son méchant acolyte, le Père Fouettard, me punisse. J’avais encore l’honnêteté débile des enfants de huit ans).

On prépare toutes sortes de biscuits secs et sablés aux noms imprononçables pour qui n’est pas Alsacien (Vanillschnitten, Spritzbredele, Anisbredele, Männele et Machinbredele).

Évidemment, les marchés de Noël sont une tradition, un patrimoine historique, que dis-je une religion.

J’ai donc acquis au fil des années une solide expérience dans le domaine du Marché de Noël traditionnel, essentiellement composé d’artisans vendant des jouets en bois et… d’autres objets faits en bois. Que des trucs faits en bois, en fait, car qu’on se le dise : la tradition c’est un peu chiant.

Autant dire que les Marchés de Noël, s’ils ne sont pas alsaciens, ils sont moins bien (je fais des rimes riches ce soir). Depuis que j’ai quitté ma patrie, je ne cesse de la regretter à l’approche des fêtes (des fêtes de Noël seulement, sans déconner, le reste du temps, personne ne regrette d’avoir quitté l’Est de la France.)

Parce que oui, avant, j’aimais Noël. Maintenant, ça me fout le bourdon.

Le fait d’avoir vingt-trois ans et pas cinq doit probablement jouer dans l’affaire mais honnêtement, comparons rapidement ces bonnes raisons de ne plus aimer Noël.

J’habite en ville et, oh, je sais ce qu’on dit si on est un peu poète : on dit que c’est beau une ville sous la neige; et le blanc manteau urbain ceci et les flocons de coton tombant du ciel cela; toutes ces âneries métaphoriques auxquelles il est dangereux de croire.

La vérité je vais vous la dire : une ville sous la neige c’est une ville sous la boue et le verglas en deux heures; quand la cité revêt son brun manteau urbain le charme et la poésie en prennent un sacré coup; croyez-moi.

Avant j’avais deux semaines de vacances dédiées à l’excitation pré et post teuf de Noël; où je passais mes journées à m’émerveiller en bâfrant des Ferrero Rocher. Maintenant je bosse le 24 et même le 25 et je peste pendant des semaines à cause du centre ville bloqué et du Monoprix assiégé par le foie gras (que je ne peux pas me payer).

Quand j’étais enfant, on m’offrait des cadeaux que j’avais commandés et je n’étais jamais déçue par ceux-ci, parce qu’avec des Polly Pocket et une Barbie en Camping-car, on peut refaire le monde alors qu’avec une paire de chaussettes en laine croisée, on marche aussi mais l’imagination va moins loin.

Pourtant, ce mercredi soir, après le Marché de Noël, dans une place attenante à celle du Capitole – à Toulouse, j’ai assisté à une petite représentation pour enfants qui s’appelait Le musée des contes de fées.
?
Dans un décor fantastique un conteur de rue faisait revivre le merveilleux des mythes de mon enfance. Les gamins faisaient des « OH ! » et des « AH ! » devant les cailloux du Petit Poucet ou la robe de Cendrillon et moi j’en prenais plein les yeux avec eux.

L’orateur lançait un appel au merveilleux, à cette magie qu’il ne faut jamais oublier et c’est peut-être ça l’esprit de Noël que j’ai cherché toute la soirée. Pas les marchés Tokyoïtes ni Alsaciens, pas les cadeaux ou le foie gras, peut-être juste cette capacité à s’émerveiller que l’on possède tous au fond de nous et qu’on matraque à trop grands coups de sagesse et de réalité. Elle était sûrement là, cette magie, dans ce don onirique qui transforme notre regard et magnifie tous les décors.

J’ai cherché, toute la soirée, quelque chose qui se trouvait au fond de moi et croyez-moi je me sentais bien con, l’âme envahie par toutes ces bonnes intentions. J’ai bu du vin chaud pour me donner une contenance – j’avais les yeux qui brillaient mais ce n’était pas à cause de l’alcool.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Reiko.
    Reiko., Le 19 décembre 2011 à 22h03

    Toulousaine d'origine, cet article m'a filé le bourdon... Moi je l'aime, le marché de Noël de Toulouse, avec son aligot, son thé à la violette, son bar à soupes qui remplaçait avantageusement le RU, son stand du Flowers' Café, ses lutins montés sur échasses qu'on croisait parfois dans le métro.

    J'aimais surtout les gens avec qui on partageait ces petits plaisirs en attendant Noël. Ils me manquent.

    -Je repars pleurer, cette année, à Noël, je suis de garde.- :ill:

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