Les erreurs de jugement auront-elles notre peau ? Comment arrêter de se tromper ?

Parce qu’on est pas là que pour déconner, aujourd’hui dans la rubrique psy soc’ : une live-expérience en forme de problèmes, où il ne sera ni question de robinet fuyant, ni de mètres cubes d’eau qui s’en échapperaient subséquemment. Mobilisons donc nos méninges et résolvons les problèmes suivant >> Problème 1 Linda est âgée de […]

Les erreurs de jugement auront-elles notre peau ? Comment arrêter de se tromper ?

Parce qu’on est pas là que pour déconner, aujourd’hui dans la rubrique psy soc’ : une live-expérience en forme de problèmes, où il ne sera ni question de robinet fuyant, ni de mètres cubes d’eau qui s’en échapperaient subséquemment.

Mobilisons donc nos méninges et résolvons les problèmes suivant

>> Problème 1

Linda est âgée de 31 ans. Elle est célibataire. C’est une personne de confiance et elle est très intelligente. Elle a étudié en philosophie. Comme étudiante, elle était très préoccupée par les questions de discrimination et de justice sociale ; elle a aussi participé à des manifestations anti-nucléaires. Évaluez la probabilité de chacun des énoncés suivants, en donnant 1 à l’énoncé le plus probable et 8 à l’énoncé le moins probable.

a) Linda est enseignante du niveau primaire.
b) Linda travaille dans une librairie et suit des cours de Yoga.
c) Linda est impliquée dans le mouvement féministe.
d) Linda est une travailleuse sociale qui travaille dans le milieu psychiatrique.
e) Linda est membre de la « League of Women Voters ».
f) Linda travaille dans une banque.
g) Linda vend de l’assurance.
h) Linda travaille dans une banque et est impliquée dans le mouvement féministe.

>> Problème 2

On joue une pièce de théâtre que Mr Leblanc aime beaucoup. Le billet coûte cinq cent francs, et bien qu’il ne soit pas riche, Mr Leblanc décide de prendre deux places. Imaginez maintenant les deux situations suivantes :

a) Leblanc achète les deux billets très en avance, mais une semaine plus tard, il s’aperçoit
qu’il les a irrémédiablement perdus.
b) la veille du jour où il compte acheter les billets, Leblanc s’aperçoit que par suite d’une erreur comptable toute bête, il y a précisément mille francs de moins qu’il ne le croyait sur son compte bancaire.

=> Quelle est, selon vous, la probabilité pour que Leblanc décide d’acheter deux autres billets dans le cas a ?
=> Quelle est, selon vous, la probabilité pour que Leblanc décide quand même d’acheter les billets dans le cas b ?

*** Interlude pré-résultats (j’attaque celles qui auront eu la flemme avec de petites olives grecques virtuelles) ***

En ce qui concerne le premier problème, et d’après les statistiques, la majorité d’entre vous devrait avoir évalué l’énoncé h comme plus probable que l’énoncé f… Alors même que, puisque l’énoncé h contient les énoncés c et f, la probabilité de h ne peut pas dépasser celle de f (ni de c, d’ailleurs).

Vous me suivez ?

Pour le second problème, nous aurions tendance à penser que Leblanc achète quand même les billets dans le cas n°2 plutôt que dans le cas n°1… Mais y a-t-il une rationalité économique dans ce choix ? Pas vraiment, et le phénomène viendrait d’un biais psychologique (en l’occurrence, « l’affectation budgétaire mentale »).

Mais qu’est-ce qui nous pousse à ce résultat ? Pourquoi n’avons-nous pas fait preuve de logique ?

Parce que bon, si vous êtes comme moi, vous vous dites qu’en étant pas trop naze, dans un monde idéal, on essaierait de prendre les meilleures décisions possibles. En pesant le pour, le contre et même le reste. Eh bien, vous savez quoi ? Que nenni, ce serait nous rendre la vie bien trop facile. Acceptons-le : nous avons tendance à nous tromper. Non pas que nous serions une bande d’imbéciles en puissance, mais parce que nos cognitions nous joueraient des tours et qu’il faudrait simplement apprendre à les corriger.

Massimo Piattelli-Palmarini nous donne un exemple : lors du procès d’O.J. Simpson, l’avocat de la défense a avancé un argument de taille ; la probabilité qu’un mari qui bat sa femme la tue serait d’une chance sur mille. Astuce d’avocat et raisonnement en forme d’illusion perceptive, l’information pertinente aurait été : quelle est la probabilité pour qu’une femme qui a été tuée l’ait été par un mari qui la battait ? Une chance sur trois, my friend, et ça, ça aurait pu faire mal au c** à la défense.

Selon la psychologie cognitive, le phénomène serait à rapprocher de l’illusion d’optique, de l’adage « l’oeil voit ce qu’il voit, même une fois que nous savons ce que nous savons ». De la même manière, nous serions victimes d’illusions cognitives, d’illusions du savoir… D’erreurs que nous faisons sans même nous en apercevoir. Ces illusions perceptives sont des problèmes de jugement, qui donneraient lieu à une erreur systématique chez les participants. De façon inconsciente, ou en tout cas naturelle, nous utiliserions des stratagèmes, des raccourcis pour remplacer des calculs rationnels. Ainsi, pour prendre une décision, faire un choix, nous ne nous appuierions pas sur les données factuelles de notre environnement, ni sur les processus de logique… Cette réflexion serait remplacée par des processus mentaux automatiques, qui seraient à l’origine de nos erreurs et de ces illusions cognitives. Cerise sur le gâteau : comme pour les illusions d’optique, les illusions cognitives peuvent persister même avec la démonstration rationnelle de l’erreur (mais alors… Quand on est con, on est con ?)…

Mesdmoizelles, qu’est-ce que tout ça a donné pour vous ?

Pour aller plus loin

Des petits « saviez-vous » psychologiques
Processus d’acquisition d’un comportement non optimal (vs illusion cognitive)
– Des extraits du livre de Massimo Piattelli Palmarini : la réforme du jugement ou comment ne plus se tromper

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 16 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • FM Doll
    FM Doll, Le 14 février 2012 à 0h02

    Roooo j'avais mis la "bonne" rep en premier, et puis j'ai changé d'avis au dernier moment.

    Je suis un peu du genre à me faire de gros films ds ce genre de truc (du style imaginer Linda, son appart, son chat, son université) en lisant, et du coup, je me disais "pfff travailler ds une banque doit la saouler, après des études en philo, elle doit faire un truc à côté.("Je ne suis pas folle vous savez ":yawn:)

    Je pense qu'on fait peut être aussi une confusion entre ce qui doit être vrai, et ce qu'on trouverait sympa que ce soit.

Lire l'intégralité des 16 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)