De la difficulté d’être ronde dans un monde si parfait

Mincir, ne pas dépasser le 36, perdre quelques kilos pour l'été, raffermir, muscler, tonifier... autant d'injonctions quotidiennement envoyées aux femmes, pour être toujours plus minces. Alfrédette n'est pas d'accord.

De la difficulté d’être ronde dans un monde si parfait

Il est difficile aujourd’hui de résister aux sournoises injonctions de la société. Aux kiosques des marchands de journaux s’étalent, tous plus vendeurs les uns que les autres, les multiples commandements contradictoires de la femme moderne parfaite : « soyez belle, mais naturelle« . « Ayez des enfants, mais une carrière« . « Pimentez votre vie sexuelle, mais n’oubliez quand même pas que la pipe, c’est le ciment du couple« . « Mangez bio« . « Soyez consumériste, mais feng-shui« . « Ingurgitez cinq fruits et légumes par jour« . Et tant d’autres ordres qui rythment notre quotidien du berceau à la tombe. Mais le plus répandu d’entre eux n’est pas des moindres : « soyez minces, ou ne soyez rien« .

La masse pondérale, cet obscure pomme de discorde

Le fait d’être ronde, au 21ème siècle, n’est plus un état, mais une maladie qu’il faut dissimuler, voiler, cacher, quitte à mettre en péril sa propre santé. Pour effacer les « vilains kilos » qu’ont le culot d’exhiber certaines femmes, fleurissent des régimes plus absurdes les uns que les autres. Ici, on conseille aux femmes une diète à mille calories par jour. Là, on leur ordonne de n’ingurgiter que du jus de citron mêlé de sucre. Et c’est ainsi que, d’un ton très docte, tous les médias ordonnent aux rondes de mettre leur santé en péril pour gagner en conformisme.

Mais n’y a-t’il pas, dans cette cruelle obsession du corps, une certaine forme de déni de l’esprit ? Par ailleurs, la dénégation s’érige en nouvelle norme. On nie le corps, en lui infligeant des privations aberrantes – qui parfois peuvent lui infliger des séquelles irréversible. On nie la chair, pourtant autrefois synonyme de  santé et de vie. On nie la mort, en la repoussant encore et encore, à coups de crèmes et de seringues – vains artifices qui ne trompent pas même ceux qui y ont recours.

Le poids, le péché et la culpabilité

Il est amusant de constater que souvent, plus un média prône l’indépendance et la liberté de la gent féminine, plus il s’enferme dans une réthorique judéo-chrétienne moralisatrice et simpliste. Dans les pages des magazines féminins comme sur les panneaux publicitaires, l’impératif a pris le pas sur le présent. Ainsi, l’enjeu de notre époque n’est-il plus de chercher à s’aimer, mais de chercher à ressembler aux mannequins de quinze ans et cinquante kilos qui défilent sur les podiums. Faire des études, être indépendante, bâtir des projets, se cultiver, défendre ses idéaux ? Tout cela n’est que littérature.

Trop de femmes, en intériorisant à l’extrême les absurdes injonctions de la société, sombrent dans des pathologies au nombre toujours croissant. La recrudescence des cas d’anorexie et de boulimie inquiète le corps médical. L’industrie pharmaceutique, quant à elle, redouble d’inventivité pour inventer chaque semaine un nouveau coupe-faim ou complément alimentaire qui n’a de miraculeux que le nom – le Mediator était au nombre d’entre eux. On connaît les conséquences dramatiques qu’a eu sa banalisation.

Le régime de l’été, cette infamie rituelle

Dès que reviennent les beaux jours, la plupart des magazines féminins s’adonnent avec une confondante régularité à poser cette ubuesque question : « Comment survivre à l’épreuve du maillot ?« . À première vue, l’interrogation semble innocente. Un brin sotte et paternaliste, mais sans risques. Et pourtant, elle tisse de nombreux amalgames tous plus dangereux les uns que les autres. La notion de « survie », appliquée à notre tour de taille, est pour le moins déplacée : devons-nous cesser de vivre, ou craindre de périr foudroyées dès lors que nous franchissons les troubles frontières du 36 ? Et puis, il y a ce mot : « épreuve ». Une épreuve, selon le dictionnaire, est un évènement douloureux, un malheur synonyme de souffrance, ou un « test qui permet de juger de la valeur de ». Là est le problème : la société, en rabaissant la valeur des femmes à celle de leur IMC, s’enfonce dans un machisme douloureux qui enferme les femmes dans un cercle vicieux dévastateur.

Le naturel est mort, vive le naturel !

À quoi bon nier l’évidence ? Nous ne sommes pas, et ne serons jamais, des clones. Il est des femmes nées pour être minces, comme il est des femmes nées pour être rondes. L’importance de la génétique dans nos morphologies peut certes être amoindrie – au prix d’efforts constants – mais jamais elle ne sera balayée. Pourquoi s’en plaindre ? Rien ne serait plus triste qu’un monde où les corps se ressembleraient au point de se confondre. Les hommes eux-mêmes s’y sentiraient perdus – car leurs goûts sont aussi variés que nos formes, quoi qu’en disent les cerbères qui voudraient faire de la femme un triste objet lisse et conforme. Alors, de grâce, cessons de haïr nos corps dès qu’ils sortent du moule étriqué des conventions sociales. Et réapprenons à nous aimer, telles que nous sommes. « Parce que nous le valons bien ».

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mayya789
    Mayya789, Le 7 septembre 2015 à 12h06

    Qu'est ce que j'aimerai un monde où toutes les morphologies seraient acceptées et mises en valeurs. Soit on est trop mince soit on est trop gros. Malheureusement les mentalités ne risquent pas de changer. La société actuelle cherche à nous faire croire que le physique parfait repose sur une taille normale (oui parceque si on est trop grand ou trop petit ça ne va pas!) et sur un physique sportif. Mais qu'est ce qu'une taille et un poids normales ? On m'a toujours dit que le poids idéal doit faire 10 de moins que la taille ( Je fais 1m 61 je dois donc peser 51 kg). Je me rends compte que même atteindre ce poids ne rendra pas mon physique idéal pour la société et que si je veut l'obtenir je devrais en souffrir.

    D'ailleurs, je pensais faire partie de cette catégorie de taille normale mais on me dis encore que je suis petite. Je fais 53 kg et j'ai un peu de bidou . Certains plaisantes sur ça : " oh tu as fait le plein cet hiver je vois" ou "tiens tu as pris des joues".
    Ce sont toutes ces petites remarques qui nous font complexer. Je ne peut pas assumer mon corps à cause de ces fichues modes de pensées et ces affiches de mannequins placardées dans toutes les villes. On ne voit que ça. Je n'ai encore vu une affiche de pub avec un mannequin plus-size (et d'ailleurs c'est quoi cette manie d'inventer des termes pour désigner des gens avec des rondeurs. Ca reste des mannequins point ! pas la peine de faire la distinction !!). J'ai grandi avec ça. Mon cerveau l'a imprimé en temps que "physique que tout le monde a (puisqu'on ne voit que ça dans les affiches) et que TU devrais avoir si tu veut être normale et désignée comme quelqu'un de désirable et jolie"

    Ce qui me fait le plus rire (ou pas d'ailleurs) c'est le titre des magasines. En périodes de fêtes ils nous incitent tous à manger des bons petits plats. Par contre à la fin le titre change bizarrement et parle à chaque fois de régime. En gros c'est "mangez brave gens mais après vous ferez attention de perdre les kg pris sinon vous ne pourrez pas aller bronzer sur la plage, ça choquerait les autres".

    En bref, ce que je voudrais c'est une société diversifiée avec des gros, des minces, des grands des petits, qui ne chercherait pas à classer ou transformer les gens en un modèle près-établi.

    Voilà en conclusion tout le monde est beau et chacun est différent ! Il vaudrait mieux cultiver cette diversité plutôt que de faire rentrer dans un moule.

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