De l’art d’échouer dans la recherche d’un appartement

C’est dans l’ordre des choses, vient un jour où, il est temps pour nous de dire adieu aux chemises repassées-pliées de maman et bonjour au dîner chocapic-bière devant la télé. Le temps de l’envol, de l’abandon du cocon familial vers une nouvelle vie et un rêve fou : l’indépendance. Condition matérielle non négociable dans cette grande […]

De l’art d’échouer dans la recherche d’un appartement

C’est dans l’ordre des choses, vient un jour où, il est temps pour nous de dire adieu aux chemises repassées-pliées de maman et bonjour au dîner chocapic-bière devant la télé. Le temps de l’envol, de l’abandon du cocon familial vers une nouvelle vie et un rêve fou : l’indépendance. Condition matérielle non négociable dans cette grande étape de la vie, la recherche du premier appartement est une épreuve difficile mais pour être certaine de bien échouer mieux vaut mettre toutes les chances de son côté. Suivons-le guide.

0/ Avant propos : l’état des lieux

Selon les règles en vigueur, le budget charges comprises pour la location d’un appartement doit être inférieur à un tiers de vos revenus. Ce qui équivaut probablement à une somme comprise entre zéro et 330€. Pour ce prix, à Paris, vous pourrez louer une place de parking. Vous décidez donc de rester chez vos parents – [ECHEC DU PROJET], de vous faire aider par ses derniers ou de répondre au sirènes de la colocation entre amis ou en couple… De multiples possibilités d’échec en perspectives !

1/ Vos attentes : exigez l’impossible !

700€ pour 20 m² ? 1000€ pour 40m² ? Un balcon ? Une baignoire hydromassante ? Des moulures et une cheminée ? Un MacDo a proximité ? Une terrasse pout votre collection de nains de jardin ? Définissez un budget et des critères aussi honnêtes et précis que possible pour être sûre de ne pas trouver.

C’est la base. Avant tout, il vous faut définir le type de bien que vous recherchez. Nombre de pièces, surface habitable, quartier, caractère de l’immeuble, impératifs divers et variés…

Soyez audacieux et pour être certain de ne jamais trouver, exigez plutôt un bien situé dans un quartier recherché, avec un bon agencement, de la luminosité, des rangements, des sanitaires propres, une peinture nette et de bon goût, un voisinage agréable, des commerces et un loyer correct, si possible un poil sous la moyenne du marché.

En bref, fixez-vous les objectifs de Stéphane Plaza, l’agent magicien de « Recherche un appartement » et vous serez sûre d’échouer. [ECHEC SYNDROME PLAZA]

2/ Chasse et pêche : la mal-recherche

Ou comment devenir dingue, perdre son emploi et finir en prison pour homicide et dégradations volontaires entraînant la mort d’agent immobilier.

Vous voilà prête à partir à la chasse à l’appartement. Après avoir constaté qu’aucun de vos proches et contacts Facebook ne possédait de parc immobilier [ECHEC DU PEQUENOT], entrez vos critères et découvrez avec émerveillement les biens qui s’offrent à vous sur la trentaine de sites spécialisés (particuliers et agences).

Au bout de 4h, vous avez retenu 8 annonces. Trop tard, tout est déjà loué. Rien de grave : prenez un congé sans solde ou mettez vos études entre parenthèses afin de pouvoir répéter l’opération quotidiennement, appelez les agences une par une et épluchez les annonces de Panam’BooBoom en toute tranquilité.

Au bout de 2 semaines, vous décrochez enfin un rendez-vous pour une première visite (visite prévue en semaine, en pleine journée : vous avez bien fait d’abandonner vos activités !). Vous avez rendez-vous dans une agence du 13ème pour un bien situé dans le 17ème. On vous demande de payer un droit d’inscription avant de pouvoir accéder à une prétendue base de données et peut-être visiter l’appartement tant convoité. Acceptez sans rechigner, en plus de ne jamais rien trouver, vous vous ferez plumer de quelques centaines d’euros – [DOUBLE ECHEC].

Vous en voulez à l’agent qui vous a menti ? Non, ne le balancez pas dans les escaliers. Non, ne le poussez pas par-dessus le balcon. Gardez votre self-control, cet article n’est pas terminé et en succombant à votre désir de vengeance, vous pourriez finir dans un studio gratuit mais vraiment mal agencé, c’est à dire en prison [ECHEC DE TOUTE UNE VIE].

3/ L’annonce : réapprendre à lire

Vous pensiez maîtriser l’usage de la langue française et vous disiez qu’une notion convenable des abréviations vous permettrait de comprendre les annonces immobilières ? Prétentieuse va !

Une nouvelle annonce tombe. Elle a été remise à jour et date d’une semaine, elle est sans photo, dépourvue d’indication d’étage, d’état ou de superlatifs du genre « magnifique » ou « sublime » ? Bravo, vous avez sûrement mis le doigt sur un truc invendable – [ECHEC DE LA BOUSE].

Sachez qu’il existe un lexique propre à l’immobilier et que mal le maîtriser vous assure de très mauvaises surprises. Notez ainsi que :

  • atypique = appartement en sous-sol et donc sans fenêtre,
  • ancien = dernière peinture datant de 1972
  • charmant = sombre et petit pour le prix,
  • quartier animé = au-dessus d’un bar-boîte,
  • cuisine non équipé = pièce vide avec un vieux lavabo…

Et qu’au contraire, un logement trop bien situé ou en trop bon état sera toujours accompagné d’adjectifs plaisants, du nom de la rue ou de la station de métro et pire, de plusieurs belles photos. Fuyez ce genre d’annonce ou répondez-y trop tard (plus de 2h après la mise en ligne) – [ECHEC DE L’ECHEC].

4/ La visite : démarquez vous, venez nue !

Le grand jour arrive et enfin vous allez toucher ces murs qui, abstraction faite du papier peint à fleurs et de l’humidité, vous ont fait tant rêver… Savourez !

Vous avez suivi mes conseils et malgré cela, vous avez obtenu un rendez-vous. S’il s’agit d’une visite groupée, arrivez à l’heure convenue. Vous constatez qu’ils sont déjà 50 à camper dans la cage d’escalier aussi repartez chez vous, vous n’aurez toujours pas d’appartement mais vous pourrez au moins un peu profiter de la fin de journée. [ECHEC DU DEBUTANT]

Si le rendez-vous est personnalisé, il ne vous reste plus qu’à inspecter les lieux (la visite est souvent rapide pour un 18m²) et suite à cela, démarrez votre grand numéro de charme.

Félicitez la propriétaire pour son bon goût (« les lambris au plafond, quelle bonne idée ! »), faites-lui comprendre que vous n’avez pas de vie sociale par d’habiles allusions (« je sais pas vous, mais moi le sexe j’ai fait une croix dessus depuis mes 16 ans : je préfère le maquettisme ou la broderie »), jouez-la sérieux en posant des questions concrètes (« la taxe d’habitation est de combien ? vous avez des poltergeists ? ») puis enfin, demander un rabais car si l’annonce stipulait « toutes commodités sanitaires » elle oubliait de préciser « sur le palier ». Le rapport offre/demande des locations à Paris étant désastreux, votre requête, bien que légitime, vous vaudra un vif refus et une élimination certaine. [ECHEC DE LA NEGOCIATION]

5/ Le Dossier : un passeport pour l’échec

Le point sur votre solvabilité ou l’aller direct vers la désillusion.

Mazeltov ! Un appartement vous plaît et vous souhaitez déposer un dossier. Fiches de paie de vous et/ou de vos garants ? Dernier avis d’imposition ? Taxes foncières ? Cartes d’identité ? RIB ? Vous pensez n’avoir rien oublié. Malheureusement, votre candidature sera jugée trop légère. [ECHEC PRECARITE]

En plus de n’être en CDI que depuis 8 mois, d’être du signe du scorpion (des fouteurs de merde, ceux-là) et d’avoir choisi l’orange comme couverture de dossier (ce dernier détail gageant d’un manque de goût évident et donc de votre incapacité à bien entretenir un intérieur), le propriétaire préfère louer sa studette à quelqu’un de plus… blond. Si possible étudiant en droit ou en médecine, et d’un signe d’eau.

La prochaine fois, pour le convaincre, pensez à joindre une lettre de votre employeur déclarant sur l’honneur vous aimer, un petit mot du banquier affirmant que non, vous ne dépensez pas plus de 100€ par mois en boutique SM, une lettre de recommandation de votre prof d’équitation, vos 24 derniers bulletins scolaires ou les résultats de vos récentes analyses urinaires… De tels documents, dans un pochette lilas-parme, rassureront instantanément les propriétaires.

6/ Epilogue : Bravo, vous avez échoué !

Après plusieurs mois de recherche, vous avez visité des biens qui se sont tous révélés être de grosses arnaques [ECHEC DE LA BOUSE]. Avec un peu de chance, vous avez tout de même pu déposer votre dossier pour un bien étonnement acceptable malheureusement, c’est un ingénieur, fils d’un prince saoudien qui l’a emporté [ECHEC PRECARITE]. Vous voilà donc sans rien. Vous décidez alors de rester chez vos parents encore quelques années – [ECHEC DU PROJET] -, de réviser vos critères en vous rabattant vers le Val d’Oise, le Larzac ou la place de parking selon votre budget [ECHEC DU REVE], ou enfin, de continuer vos recherches en attendant une période plus propice (avril/mai/juin), un hypothétique héritage ou un drame social (la mort de tous les papy-boomers), et en attendant, vous décidez de dépenser vos économies en partant vous dorer le cul à l’autre bout du monde – [ECHEC QUI A LA CLASSE]. Je choisis celui-là.

As-tu toi aussi connu l’échec dans ta recherche d’appartement ? Partage avec nous tes bons plans et échangeons ensemble nos expériences désastreuses pour mieux échouer et ne jamais trouver d’appartement à louer !!!

PS : couple sérieux recherche F3 d’environ 55/60m² sur Boulogne (centre/nord) ou Paris (ouest) à partir de mars 2009. Stéphane Plaza, si tu me lis, contacte-moi !!!

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Van_elodie
    Van_elodie, Le 16 mars 2010 à 11h51

    Moi j'avais eu de la chance lors du départ du cocon familial , premier appart visité , j'ai emménagé 15 jours après mais en ce moment je cherche un nouvel appart et je galére un peu mais Merde aux Madz:rockon:

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