Les cinéphiles – Chroniques de l’Intranquillité

Il y a les gens qui aiment le cinéma et il y a les cinéphiles auto-revendiqués, cette semaine Ophélie nous parle de la seconde espèce de passionnés qui prolifère à l'ombre des salles noires.

Les cinéphiles – Chroniques de l’Intranquillité

Il y a les collectionneurs de timbres, les fanas d’informatique, les mélomanes épris de rock indépendant, les amateurs de tickets de métro poinçonnés, les Stéphane Bern en devenir qui se sont amourachés de la Renaissance italienne. Il y a ceux qui ont lu tout Anna Galvalda et qui ont poussé le vice jusqu’à tout lire trois fois; les aficionados de séries américaines avec des pompom girls qui chantent de la soupe ou des cadors en cosmologie qui ont tout appris des Frères Bogdanoff.

On a tous près de nous un passionné, quelqu’un qui s’est dévoué corps et âme à un domaine, un point de détail qui va nous faire baver d’admiration pendant une soirée, quand, en l’écoutant parler, on s’apercevra de l’étendue de ses connaissances et de la classe ultime qui consiste à maîtriser totalement un sujet de prédilection.

Avec un peu de chance on peut tomber sur un passionné sympa, pédagogue et intéressant, le genre de type qui va nous apporter un peu de savoir supplémentaire dans ce désert intellectuel qu’est la vie courante. Heureux et fier d’avoir une oreille autour de laquelle s’épancher et de partager un bout de son obsession pour la vie provinciale au bas Moyen Âge chez les paysans (passionnant, je vous assure).

Mais la majorité des gens ont des passions très communes, à l’école déjà nous déclamions tous le même ronron ennuyeux : « I like listening to music, i like reading novels, i like action movies. »

Bien conscients de ne pas bénéficier d’un talent extra-ordinaire, les passionnés-qui-ont- les-mêmes-passions-que-tout-le-monde doivent donc se démarquer et faire fi de la plèbe grouillante en revendiquant un amour et une connaissance supérieure à toute autre. Ils affichent leur snobisme assumé et leur mépris consumé bien haut, crachant à la gueule du tout venant.

N’essayez pas de converser avec eux; ils ne veulent pas avoir de discussion mais seulement entendre leur écho. J’en suis venue à cette constatation car j’éprouve un grand intérêt pour la chose cinématographique, c’est comme ça que de séances en critiques, de forums en gazettes, j’ai rencontré une armée de minables pédants dénommés : LES CINÉPHILES.

COMMENT DÉMASQUER UN CINÉPHILE ?

  • Il dit qu’il n’est pas cinéphile, qu’il n’a pas encore tout vu, il mime l’humilité pour mieux asseoir ses analyses extravagantes et philo-psycho-débilo-centrées.
  • Il adore David Lynch, il dit qu’il a vu Twin Peaks cinq fois et que c’est la meilleure série au monde (je préfère True Blood désolé).
  • Il adooore David Lynch, il fait semblant de comprendre ses films et de trouver du sens à tout (moi je pense que c’est ABSURDE et qu’il n’y a RIEN à comprendre)
  • Il a une carte UGC illimité, il dit des trucs comme « je sais pas quoi faire, qu’est ce que je peux faire ? et si je me faisais une toile ? »
  • Il trouve que Anna Karina est trop bonne (actrice) et que c’est la femme parfaite (même avec une voix de crécelle, un maquillage bleu putassier et le jeu d’une poupée sous Lexomil)
  • Il est abonné à Télérama et il n’en a pas honte (le con !)
  • Il n’aime pas Louis Garrel, il le méprise à fond car à part les jeunes filles de dix huit ans et Christophe Honoré (mais c’est un peu pareil au final – hihihi), la terre entière se fout de la gueule de Louis Garrel.
  • Il a des affiches de films de Tarantino dans son studio ikéa, surtout depuis que les films d’exploitations mainstream sont à la mode.
  • Il adore Faster Pussycat, Kill!Kill! et toute la série B alors qu’il en a vu trois navets.
  • Il clôt ses débats cinématographique en te disant « et celui là, avec Patrick Dewaere, tu l’as vu ? Non ? Tu l’as pas vu. Ah bah faudra que tu le regardes, il est génial, tu comprendras mieux le film qu’on vient de voir si tu regardais celui-là avant. Je te le passerai, j’ai le DVD. »

Afin de ne vexer personne et d’éviter que la HALDE m’intente un procès je tiens à clarifier certaines choses; tous les cinéphiles ne sont pas des monstres assoiffés d’ego ni de masturbation intellectuelle. Comme le chantait Didier Super, y’en a des biens.

Ici nous ne parlons que des cinéphiles détestables, ces rebuts des passions humaines aux contradictions complexes que je surnomme les cinéphilitiques; car ils semblent vivre leur passion comme une maladie douloureuse – l’écran blanc dans la peau.

Parfois, le cinéphilitique s’offre un petit plaisir et il crie son amour pour une comédie sentimentale, c’est son côté complètement déglingo qui ne lui arrive qu’une fois tout les deux ans.

Car un bon film ne se contente jamais d’être un « bon film » – il est presque toujours une révolution; le cinéphilitique va se pâmer d’amour, d’analyses pointues ultra référencées, il trouvera que « la photographie a du génie », que « le montage est très rythmé » et tout ces poncifs à la mords-moi le noeud qui n’expliquent JAMAIS en quoi le film est bon puisqu’ils se contentent d’asséner qu’il est un chef d’oeuvre.

Au fond de son petit coeur meurtri qui voulait briller en société par sa grande culture, le passionné est devenu un snobinard pénible avec qui chaque discussion se transmue en un concours de teub géant.

Parfois il réussit dans la vie en faisant une prépa littéraire et en côtoyant d’autres amoureux timidement déçus par le septième art; ensemble ils se moquent de Kad Merad et de Ken Loach. Ça leur donne l’impression d’émettre un avis personnel puisque c’est souvent en pataugeant dans la haine et le dégoût des choses qu’on croit sortir ce qu’il y a de plus profond en soi.

Le cinéphile n’aime pas la 3D (« ça va tuer les films à scénario, on ne voudra plus que de l’action et du spectacle, les grandes oeuvres n’auront plus la place d’exister »), il n’aime pas les VF (« c’est vraiment un truc de débiles et de flemmards, ça bafoue le travail des acteurs, des dialogues, de tout le film. »), il n’aime pas les gens qui mangent des pop corn ou font du bruit avec leur bouche, leur téléphone, le souffle de leur respiration (« ouais le film était bien mais y avait trop de monde dans la salle, ça m’a gâché mon plaisir. »), il n’aime pas qu’on se lève avant la fin du générique, il n’aime pas les bande-annonces avant le début du film, il n’aime pas la salle, trouve son siège inconfortable et trop bas.

En gros, le passionné de cinéma déteste profondément tout ce qui existe autour du film, il est supérieurement relou, d’ailleurs il se rend au cinéma tout seul et ne propose jamais à ses amis de l’accompagner. De toute façon, discuter du film après la séance il s’en tape; son avis est mieux que celui du voisin. Huit fois sur dix, le cinéphile n’aime pas le film qu’il vient de voir, sauf si c’est un péplum ou un muet rediffusé dans une salle de quartier un mardi matin.

En vérité, le cinéphile n’aime rien qui possède un lien avec sa passion, il n’aime rien tant que de pouvoir dire qu’il est cinéphile.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Winona Sköll
    Winona Sköll, Le 14 février 2014 à 2h10

    Mon avis c'est que cet article est trop agressif pour être constructif. C'est bourré de clichés et beaucoup trop facile à écrire. Tu ne dois pas connaître beaucoup de cinéphiles sympathiques (ou beaucoup de cinéphiles tout court..), tant pis pour toi.

    ALOOOORS (par où commencer? on ne sait que choisir..)

    Je suis cinéphile, je n'ai pas de problème avec ça, je ne me soigne pas pour ça. J'étudie le cinéma, je compte en faire un métier, c'est ma passion, j'aime ça, j'adore ça. Même le plus con des cinéphile, la plus désagréable des personnes se disant cinéphile a le droit de l'être, et de l'être comme il l'entend.

    HA OUI :
    "la classe ultime qui consiste à maîtriser totalement un sujet de prédilection."
    Si je suis passionnée par un domaine et que j'aime l'approfondir, et discuter beaucoup, et partager ce que je connais avec les gens pour savoir leurs avis, il est où ton problème? Moi j'en vois pas.

    D'AILLEURS

    J'adore Lynch, je ne comprends pas souvent, mais on dirait toujours un rêve, et je le trouve drôle. J'adore Twin Peaks, et j'aime aussi True Blood selon les saisons. Je n'aime pas Louis Garrel, pour moi il représente le snobinard "fis de" qui joue toujours les mêmes rôles de la même manière. J'ai une carte illimitée, je m'en sers le plus souvent possible. J'adore aller au cinéma. Les gens qui bouffent je m'en branle, moi aussi je bouffe au cinéma. Les sièges je m'en branle.

    ET SINON

    moi des cinéphiles chiants et snobs, j-c'est surtout des gens qui sont à la fois cinéphiles et à la fois chiants et snobs. Mais ils ont le droit. Les pauvres. Tout comme on a le droit de ne pas les côtoyer s'ils nous agacent.

    LES GOUTS DES CINÉPHILES OU CINÉPHILIQUES

    Je refuse de ne pas assumer mes goûts parce qu'une personne comme toi peut me dire que ça fait de moi une cinéphile chiante. Je refuse aussi je me laisser dicter mes goûts. Mais je refuse aussi de ne pas aimer quelque chose qui me plait parce que c'est le cas de tout le monde.

    Si tu as un problème avec toi, tes choix, ça n'est pas notre faute.

    TON JUGEMENT FACILE, I SAY NO, NO, NO.

    Alors quoi? Tu vas me dire que tu peux dire qui je suis en regardant les films que je regarde et comment j'en parle? Tu vas me dire que je suis dans le panier des gens qui regardent des films d'intellos, ou de gauchos, ou de fachos, ou de féministes, ou de beaufs? Donc moi aussi je peux dire ce que je veux sur toi, je peux t'analyser juste avec cet article si je suis ta logique? Cette logique est archi naze, parce que je ne peux pas.

    J'AI PAS COMPRIS

    "« et celui là, avec Patrick Dewaere, tu l’as vu ? Non ? Tu l’as pas vu. Ah bah faudra que tu le regardes, il est génial, tu comprendras mieux le film qu’on vient de voir si tu regardais celui-là avant. Je te le passerai, j’ai le DVD. »"

    Là je n'ai pas vu l’apparent vice suprême du truc que tu essayes de dénoncer..

    D'AILLEURS (encore)

    " il trouvera que « la photographie a du génie », que « le montage est très rythmé » et tout ces poncifs à la mords-moi le nœud qui n’expliquent JAMAIS en quoi le film est bon"

    Navrée de faire la cinéphile conne, hein, mais saches que le montage et la photographie sont quand même des éléments importants et qui ont à voir avec la qualité du film. J'ai des cours là dessus, on m'a assez expliqué pourquoi. Si ça t'intéresse pas, soit, mais ça en intéresse d'autres, moi ça m'intéresse, je ne t'oblige pas à les suivre mes cours, si? Bon.

    LES CRITIQUES
    j'en fais des fois, sur Sens Critique. Même que parfois j'utilise des mots de connasse de cinéphile comme "montage", "photographie" et PIIIIRE " "PLAAAAAN SEQUEEENCEEE". Et tu vas y faire quoi? Des cauchemars? Tu vas envoyer des troupes du Mordor? Bruce Willis?

    (oui je fais exprès parce que le mainstream c'est à la mode et que je suis une cinéphile trop à la mode lolilol)

    (c'était ironique)

    BREF

    JE CONCLUE parce que faut bien que j'aille me coucher, sauf que maintenant je suis énervée. Merci.

    Si tu es passionné de peinture sur bois, de maquettes, de saut à ski, d'ornithologie, d'informatique, de Céline Dion, d'Ikéa, de pommes de terres, ET qu'il se trouve que tu es une personne désagréable et snobe, cela ne veut pas dire honte à tout ceux qui sont passionnés de peinture sur bois, de maquettes, de saut à ski, d'ornithologie, d'informatique, de Céline Dion, d'Ikéa ou de pommes de terres, car tous des cons.

    Tu as peut être voulu faire un article désopilant de cynisme anti snob anti mépris, mais il n'en transpire malheureusement que du snobisme et du mépris, et le cynisme en devient de l'agressivité gratuite et mal dirigée.

    C'était peut être pas ton but. N'empêche que c'est ça qui paraît, et gros comme une maison au soleil couchant.

    Sur ce je citerai mon noble Lancelot : ZUUUUUUUUUUUUUUUUTTTTTTEEEEEE :popcorn:

    Sinon je vais pas aller voir un psy parce que je suis fan de Bridget Jones ou Armageddon, je te rassure.

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