Carte postale du Japon… à l’ado que j’étais

Pondu par Laetitia H le 11 novembre 2012     

Laetitia, expatriée au Japon par amour, a écrit une lettre à son « moi » d’il y a dix ans !

Chère moi-même d’il y a dix ans,

Écrire cette lettre me donne des sensations schizophrènes. La fille de 16 ans est-elle une autre personne ou bien se planque-t-elle quelque part à l’intérieur ? Avec toutes ces années de distance, tu me fais maintenant l’impression d’un petit bulldozer tellement content de ses chenilles qu’il ne regarde pas ce qu’il écrase. À tes yeux, j’ai sûrement trahi ton féminisme-tractopelle et ton souhait violent d’indépendance.

Je vis au Japon depuis 5 mois, dans la « campagne industrielle », l’ultra-large banlieue, enfin ce qu’on veut, mais avec des villes-dortoirs, des usines ET des rizières. Et ce par un miracle parfaitement civil, celui du mariage… Mariée à 25 ans, ça te fait marrer non ? Ça me semble aussi hautement improbable qu’à toi ; mais tu verras, la vie est surprenante ! À ce propos, je profite de cette situation exceptionnelle pour te glisser trois conseils :

  • non, les cheveux longs, ça n’est pas pour toi
  • le discman n’a pas d’avenir
  • aie pitié de ton futur et commence le japonais dès maintenant.
Carte postale du Japon... à lado que jétais japon1

Revenons-en à nos moutons : j’ai plaqué mon job (j’avais donc trouvé un boulot, félicitations) pour suivre mon mari (l’amour réciproque existe, lâche tes mouchoirs) dans son installation au Japon (hélas, je suis toujours malade dans les transports). Bien sûr, pour toi qui as braillé sur tous les toits que le mariage était l’aliénation de la femme, c’est un peu dur à encaisser. Alors comment en sommes-nous arrivées là ?

Eh bien, c’est une histoire toute bête qui commence par un café dans un bar, et puis d’année en année on part en vacances ensemble, on emménage ensemble et ça finit par une demande en mariage à côté du frigo. Parce que le mariage est un engagement d’égal à égal et pas forcément une montagne de détails cucul la praline. Ensuite, l’homme se voit proposer une expatriation pour trois ans au Japon.

Examinons ensemble la situation : tu gardes ton boulot sympa-mais-mal-payé-c’est-normal-dans-le- monde-de-la-culture et tu pleures de regrets à chaque fois qu’on aperçoit un groupe de J-pop à la télé, OU tu suis le mouvement et tu découvres un pays tout nouveau à l’autre bout de la planète (sushis, mangas, onsens, kawaiieries en tous genres inclus) et tu en profites pour te lancer dans autre chose ?

Franchement ?

Indépendance ou pas, j’ai vite tranché. L’absurdité de me trouver mère au foyer sans enfants ne m’a sauté aux yeux qu’en étendant une lessive sur mon balcon, un matin de juillet.

Se retrouver sans emploi, sans être « en recherche », c’est comme les grandes vacances : au début c’est génial, tu te balades, tu fais ton petit nid, tu découvres ; et ensuite… ça devient longuet. Heureusement, si on a envie de se bouger et qu’on regarde un peu autour de soi, les possibilités sont nombreuses, surtout en matière d’engagement associatif. Aujourd’hui, mon boulot me manque un peu mais je ne regrette pas ma situation. Je suis sûre que l’adolescente d’il y a dix ans apprécie la revanche ! Oui, l’adolescence c’est coton, on s’en prend plein dans la tronche, on a l’impression que nos angoisses nous boufferont toute notre vie – quant à « être adulte », euh, WTF ? La bonne nouvelle, c’est qu’on a tous beaucoup plus de ressources que ce qu’on pense.

Carte postale du Japon... à lado que jétais japon2

Je ne dis pas que je ne galère pas. Je débarque avec mon compagnon, mais j’ai laissé derrière moi famille, amis, travail, vie sociale, loisirs ; je ne parle pas japonais, les Japonais ne parlent pas anglais, j’ai peur de manger des légumes radioactifs et mon appart est tellement mal isolé que j’entends lorsque le portable de ma voisine vibre.
Mais ne serait-ce que pour l’aventure, ça vaut le coup !

Par contre, comme à chaque étape de mon parcours post-lycée (fin d’un diplôme, fin d’un stage, fin d’un boulot…), la remise en question est totale : qu’est-ce que je veux/peux faire ? Du tourisme ? Du bénévolat ? Du vrai travail rémunéré ? Du jardinage ? Rencontrer des gens ? Repeindre des commodes ? Apprendre la langue ? Reprendre des études ? Passer la serpillière tous les matins ? Adopter un chihuahua et le promener en poussette (on en reparlera) ?

Un questionnement pas facile.

Je promets d’envoyer des cartes postales régulièrement.

PS : Et toi, si on t’envoyait promener à plusieurs milliers de kilomètres de ton chez-toi, tu en profiterais pour faire quoi ? Tu changerais des choses dans ta vie, dans ton orientation professionnelle ?

carte postale Japon

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. Le 12 novembre 2012 à 11:21

    Hello,
    Je suis l'auteure de l'article - merci pour tous vos commentaires, très intéressants !
    Partir au Japon est une opportunité extraordinaire ; mais ça n'est pas évident, au moment où on se croit "établi", de tout recommencer. Par contre, se poser à nouveau la question de ce qu'on veut faire réellement, c'est vraiment enrichissant.

    Côté boulot, j'ai profité de l'occasion pour me lancer en freelance - mais pour ceux qui cherchent un contrat, vivre loin d'une grande ville, sans parler japonais, et prolonger sa carrière dans son domaine, c'est quand même assez coton !

    L4et1 : oulah, que de similitudes !!
  2. e.g.e.g.

    Le 12 novembre 2012 à 13:03

    Posted by cuci
    Je suis aussi expatriée en Asie (pas au Japon) mais j'ai trouvé facillement un travail en tant que prof de FLE (Français Langue Etrangère) à l'Alliance Française, alors que je n'ai ni formation ni expérience dans ce domaine.
    Bon après il n'y a pas beaucoup de français (ni d'étrangers d'ailleurs) dans mon coin. Donc ça aide…


    tu as eu de la chance d'avoir un boulot dans a l'alliance francaise… generalement, ils font passer des tests et tout un cursus pour etre prof dans leurs etablissements ^^
  3. liloulililouli

    Le 12 novembre 2012 à 14:06

    Même parcours à peu de choses près mais aux States. Même questions existentielles, même hésitations et tâtonnements/étonnements. Vive l'xp de couple … enfin c'est pas tous les jours un jeu :p Je devrais moi aussi pousser mon côté schizo et m'écrire une lettre tiens ! Bon courage à toutes les miss partout dans le monde ! Yes we can ! :cheer:
  4. LaazLaaz

    Le 12 novembre 2012 à 15:14

    Pour la difficulté à trouver du boulot au Japon, il faut relativiser. Dans ce que j'ai lu de commentaires, ce sont des personnes qui ne parlent pas japonais, qui n'ont pas d'expérience du Japon et pas de diplômes… Je ne pense pas que ce soit très représentatif de la difficulté à trouver du travail : imaginez un étranger qui ne parle pas français, qui arrive pour la première fois en France sans trop rien y connaitre et sans diplôme. Difficile de penser qu'il va trouver un bon boulot rapidement, d'autant qu'il ne sait déjà pas comment et où chercher.

    Bref, ce que j'essaie de dire c'est que je ne suis pas trop d'accord avec "c'est très difficile pour un étranger de trouver du boulot au Japon." Je connais peu d'étrangers ici mais parmi ceux là la plupart a trouvé sans grandes difficultés du boulot, certains sans diplômes et sans vraiment parler la langue (mais là c'est comme partout, sans expérience, qualification, relations ou un niveau de langue faut pas s'attendre à autre chose que serveuse ou caissier, et essayer d'investir dans des cours de langue), d'autres diplômés dans des secteurs qui recrutent et embauchés dans des boîtes étrangères, tout simplement. Ceux qui parlent japonais pour une raison ou une autre bossent dans des boîtes japonaises. Mon expérience est peut être biaisée car sans job et sans soutien financier les étrangers quittent rapidement le Japon, mais je pense qu'il faut avant tout vérifier que votre futur employeur a quelques bonnes raisons de vous embaucher dans son secteur et les faire valoir, ce n'est pas propre au Japon…
    Si votre seul argument c'est d'être étranger et de parler anglais + votre langue maternelle, forcément les jobs que vous pouvez viser se limitent à prof de langue ou traducteur freelance…
  5. AlbatrosAlbatros

    Le 12 novembre 2012 à 21:52

    J'adore l'idée mais surtout j'adore comme c'est raconté: bref, c'était trop court!
  6. CherryHanaCherryHana

    Le 14 novembre 2012 à 15:53

    Posted by Laaz
    Pour la difficulté à trouver du boulot au Japon, il faut relativiser. Dans ce que j'ai lu de commentaires, ce sont des personnes qui ne parlent pas japonais, qui n'ont pas d'expérience du Japon et pas de diplômes… Je ne pense pas que ce soit très représentatif de la difficulté à trouver du travail : imaginez un étranger qui ne parle pas français, qui arrive pour la première fois en France sans trop rien y connaitre et sans diplôme. Difficile de penser qu'il va trouver un bon boulot rapidement, d'autant qu'il ne sait déjà pas comment et où chercher.

    Bref, ce que j'essaie de dire c'est que je ne suis pas trop d'accord avec "c'est très difficile pour un étranger de trouver du boulot au Japon." Je connais peu d'étrangers ici mais parmi ceux là la plupart a trouvé sans grandes difficultés du boulot, certains sans diplômes et sans vraiment parler la langue (mais là c'est comme partout, sans expérience, qualification, relations ou un niveau de langue faut pas s'attendre à autre chose que serveuse ou caissier, et essayer d'investir dans des cours de langue), d'autres diplômés dans des secteurs qui recrutent et embauchés dans des boîtes étrangères, tout simplement. Ceux qui parlent japonais pour une raison ou une autre bossent dans des boîtes japonaises. Mon expérience est peut être biaisée car sans job et sans soutien financier les étrangers quittent rapidement le Japon, mais je pense qu'il faut avant tout vérifier que votre futur employeur a quelques bonnes raisons de vous embaucher dans son secteur et les faire valoir, ce n'est pas propre au Japon…
    Si votre seul argument c'est d'être étranger et de parler anglais + votre langue maternelle, forcément les jobs que vous pouvez viser se limitent à prof de langue ou traducteur freelance…


    Je me suis peut-être fait mal comprendre mais j'ai suivi les expériences de pas mal d'expats au Japon qui parlaient parfaitement la langue (JLPT niveau 1), lire et écrire et qui avaient bac +3 en quittant la France. Et malgré ça, impossible pour eux de trouver un boulot pendant plusieurs mois. L'une d'entre elles avaient même essayé serveuse dans un resto français mais rien à faire.
    Ils sont peut-être mal tombés ou leurs qualifications n'intéressaient peut-être pas là où ils étaient (tous n'étaient pas sur Tokyo/Yokohama), mais voilà les informations que j'ai pu glanées à droite et à gauche…
  7. AlectoAlecto

    Le 14 novembre 2012 à 22:25

    Posted by e.g.
    tu as eu de la chance d'avoir un boulot dans a l'alliance francaise… generalement, ils font passer des tests et tout un cursus pour etre prof dans leurs etablissements ^^


    Un cursus universitaire d'au moins cinq ans, licence + master, ou bien le diplôme spécial des AF mais qui est de moins en moins populaire. Sans oublier deux ans d'expérience. Etre prof, ça ne s'improvise pas, qu'on soit en France ou au bout du monde ! ;)
  8. GwenishGwenish

    Le 18 novembre 2012 à 15:38

    Je serais expat dès que j'ai fini le lycée pour un an au Japon, j'ai tellement hâte :dowant:

    A part ça j'ai trouvé l'article très intéressant, c'est vrai que les lettres à son moi d'avant c'est super comme concept (bien qu'un peu triste aussi).
    J'espère que la madz se fait à sa nouvelle vie :hugs:
  9. Lilly LouLilly Lou

    Le 18 janvier 2013 à 22:25

    Posté par cuci
    Je suis aussi expatriée en Asie (pas au Japon) mais j'ai trouvé facillement un travail en tant que prof de FLE (Français Langue Etrangère) à l'Alliance Française, alors que je n'ai ni formation ni expérience dans ce domaine.
    Bon après il n'y a pas beaucoup de français (ni d'étrangers d'ailleurs) dans mon coin.

    Désolée de te citer des mois après l'article/le com' mais je suis retombée là-dessus et ça m'intéresse !
    Comment as-tu obtenu ce job de prof de FLE avec l'Alliance française ? Sur leur site, j'ai bien trouvé les formations, mais la formation, je l'ai déjà (et j'ai pas très très envie de payer !) - s'il faut suivre une de leurs formations, je suis cuite :sweatdrop:

    Par contre, je suis intéressée par le fait de travailler à l'étranger - je cherche n'importe quel travail de prof de Français aux USA parce que j'ai un Visa pour encore un an après mes études :clin:
  10. MarlitaBCNMarlitaBCN

    Le 02 mars 2013 à 16:47

    Salut !

    Merci pour ton article ! J'aime la forme originale et les idées présentes. Puis, je suis toujours avide d'en savoir d'avantage sur le Japon !!

    Moi je suis expatrié au Canada depuis 10 mois. Bien sûr au niveau langue c'est plus simple, mais la remise en cause humaine et professionnelle est aussi au rendez-vous. Je pensais y faire ma vie ici (rêve américain oblige), mais je me suis rendue compte que j'étais belle et bien du vieux continent. J'ai même réalisé que la communication c'était pas pour moi et qu'à 24 ans je pouvais faire ce que je veux de ma vie !! Du coup, je rentre en France pour devenir maquilleuse artistique : un rêve d'enfance.

    L'expatriation c'est dure, mais c'est tellement enrichissant que je suis prête à en ch*** une autre fois !

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