Cache-cache dans le canal – Le Carnet d’un Pompier

Cette semaine Le Matou mouille le maillot pour vous ramener une nouvelle histoire de pompier.

Cache-cache dans le canal – Le Carnet d’un Pompier

Travailler dans une caserne à proximité d’un cours d’eau, ça implique de partir régulièrement à la « pêche ». La pêche aux morts, la pêche aux vivants et parfois même la pêche aux morts-vivants.

Nous sommes en décembre et notre feuille d’intervention spécifie un dress-code particulier : ce matin c’est tenue de plongée de rigueur. Putain, on ne sait pas encore ce qu’on va hameçonner, mais on est déjà sûrs qu’on va se les geler.

Arrivés sur place, nous sommes accueillis par la gendarmerie qui nous explique rapidement la situation tandis que nous finissons de nous équiper. Un passant a aperçu une voiture dans le canal, une vieille R5 immergée jusqu’au toit. Il faut de toute urgence retrouver son conducteur et l’évacuer.

Ok bébé, le Matou est dans la place, ça va chier des bulles. Je vais plonger en salto, rejoindre le véhicule immergé en dos crawlé, mettre la tête sous l’eau comme un grand sans me boucher le nez, sortir la victime (une magnifique suédoise) et la ramener sur la terre ferme pour entamer un bouche à bouche torride.

« Ouah, putain de bordel de merde ! » En vrai l’eau est glaciale, ça pue et je m’enfonce lamentablement dans la vase. Mon coéquipier est une espèce de blond parfait qui nage comme Camille Lacourt, il est d’ailleurs déjà rendu au véhicule. Je patauge tant bien que mal pour le rejoindre, et arrive à sa hauteur alors qu’il sort la tête de l’eau : « Personne…».

Ça c’est mauvais pour nous, car ça veut dire qu’on est bons pour draguer le canal à la recherche d’un corps. Joie.

Je vais me geler les couilles toute la journée, et attraper la crève, voire même la chiasse. J’adore. Mon collègue ayant déjà nagé jusqu’à la berge pour faire son rapport à notre supérieur et aux gendarmes, j’entame la procédure habituelle. Direction l’avant du véhicule pour détacher la plaque d’immatriculation (impossible de noter simplement le numéro avec toute cette vase au fond).

Miracle : elle s’enlève toute seule et elle est restée parfaitement lisible ! Grâce à elle, les autorités vont rapidement pouvoir identifier le propriétaire du véhicule, et donc son conducteur.

Je ramène immédiatement la plaque d’immatriculation à mon commandant, qui me lance un regard entendu : Camille Lacourt a annoncé la mauvaise nouvelle, moi je viens éclaircir un peu la situation. Et ça c’est bon pour moi.

« Le Matou, voyez directement avec le Commandant Michaud ce qu’on peut tirer de ce numéro d’immatriculation. Lacourt, l’équipe de plongeurs de la gendarmerie est en route, continuez les recherches en attendant… ».

Huhu. Je sors fièrement de l’eau alors que le blond y retourne, et rejoins le Commandant. Quelques coups de fils plus tard, le propriétaire est identifié. Il habite à moins de 5 minutes de voiture, l’équipe de la gendarmerie décide de s’y rendre immédiatement. À présent sec et dispo, je les suis en ambulance avec un coéquipier.

Nous nous arrêtons devant un petit pavillon propret au jardin bien entretenu. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre, ce genre « d’intervention » ne rentre pas dans nos attributions. Je suis là un peu par hasard, en soutien, « au cas où ». Je reste donc en retrait alors que l’équipe de la gendarmerie sonne à la porte. Rapidement, on nous ouvre.

Face au Commandant Michaud, une « ménagère de cinquante ans » en robe de chambre et en chaussons. Il est sept heures et nous sommes dimanche, notre visite a de quoi la prendre au dépourvu.

Le Commandant se présente rapidement, et lui demande si elle est bien la propriétaire de la R5. La femme se décompose et lui répond d’une voix peu assurée :

– Oui, c’est celle de mon fils…
– Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois, Madame ?
– Hier soir, il sortait pour aller en boîte de nuit…

Oula, ça sent pas bon cette histoire. Et la ménagère l’a bien compris, elle commence à tourner de l’œil. Avec mon collègue on fonce donc à l’intérieur de la maison pour nous occuper d’elle.

Nous l’allongeons, délicatement et vérifions rapidement ses constantes. Alors que j’entreprends de la secouer doucement pour la faire réagir, j’aperçois aux pieds de l’escalier une paire de pompes, humides et recouvertes de vase… Recouvertes de vase ?!

Je me tourne vers le Commandant :

« Je serais vous, j’irais faire un petit tour là-haut… »

Épilogue

À l’étage, l’équipe de gendarmerie a retrouvé un jeune homme endormi et encore trempé de son aventure de la veille… Un peu ivre, il s’était endormi sur le chemin du retour, et avait fini sa course dans le canal.

Réveillé par le choc, il était parvenu à s’extraire de la voiture et à rejoindre la berge. Il était alors rentré chez lui à pied, et s’était couché, complètement épuisé, sans prévenir personne.

Si la mère était soulagée de retrouver son poussin en vie, elle a quand même tiré la gueule jusqu’à notre départ. La voiture bonne pour la casse, plus la facture de la société qui sort le véhicule de l’eau, ça fait cher la soirée en boîte.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Yiddish
    Yiddish, Le 26 janvier 2012 à 15h36

    Moi aussi je lisais GentleMec en cachette !! :pedo:

    Je suis ravie de retrouver cette chronique chez Madz !! Merci :)

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