Astrologie, graphologie : peut-on faire confiance aux pseudo-sciences ?

Astrologie, graphologie et autres pseudosciences : peut-on leur faire confiance ? Et si non, pourquoi ? Décryptage de Justine.

Astrologie, graphologie : peut-on faire confiance aux pseudo-sciences ?

MadmoiZelles, on ne va pas se mentir : nous sommes parfois de petites choses bien crédules – nous en avons discuté il y a quelques temps avec l’histoire de Marian Keech. Continuons donc sur notre lancée : peut-on croire les pseudosciences ? L’astrologie peut-elle prédire notre avenir amoureux ? La graphologie est-elle un véritable indicateur de nos compétences ? Est-ce que notre groupe sanguin détermine notre psychologie ?

Une pseudo-science, c’est quoi ?

Les pseudosciences ne sont pas seulement des « non-sciences », mais plutôt des « non-sciences » cherchant à faire croire qu’elles utilisent des méthodes scientifiques… Histoire de s’approprier la bonne réputation de la science, vous voyez le genre.

On les réfute pour de nombreuses raisons ; entre autres parce qu’elles ne relèvent pas du monde académique (dans le joyeux monde scientifique, dès lors qu’une science n’est ni enseignée dans une université ni publiée dans une revue à comité de lecture, ce n’est pas une science – vous allez me dire que ça ne suffit pas et qu’avant d’être une science, certaines sciences n’en sont pas, justement, et vous aurez bien raison), que leurs hypothèses ne se vérifient pas empiriquement (ce qui revient à dire que personne n’a pu établir un lien effectif entre le fait que vous soyez Taureau ascendant Scorpion et le fait que vous soyez vraiment trop sympa), que la pseudoscience tente allégrement de se faire passer pour une vraie science (notamment en usant des termes en « -logue ») et parce qu’elle manipule souvent ses statistiques et résultats (si je vous dis « HEY, mon taux de succès en voyance est de 75% », vous allez me trouver formidable… à ceci près que mon étude est réalisée sur seulement 4 prédictions. Ou encore, je peux parfaitement vous affirmer que mes prédictions s’avèrent réelles à 25% – alors que j’obtiens le même résultat avec le hasard)…

Mais pourquoi y croit-on ?

Les pseudosciences reposent généralement sur l’effet Barnum : nous aurions tendance à nous reconnaître dans des descriptions particulièrement vagues (je ne vais pas plus loin, nous en avions parlé ici).

Il y a plus de cinquante ans, Theodor Adorno avait analysé pendant des mois la rubrique astrologique du Los Angeles Times – étudiant ainsi la fonction sociale des horoscopes. En 2001, le sociologue Patrick Peretti-Wattel effectue le même exercice et se farcit six mois durant les horoscopes d’Elizabeth Teissier pour Télé7jours.

Premier constat : les horoscopes ont à ce jour acquis une certaine respectabilité et sont largement relayés par les médias – pour le sociologue, ce succès s’expliquerait à la fois par un besoin de sens individuel face à une société de plus en plus complexe et par une tendance actuelle de remise en question de la science (qui devient par ricochet une rationalisation des pseudosciences : si les sciences sont relatives, alors des sciences « alternatives » pourraient exister).

Les textes étudiés par Peretti-Watell semblent favoriser une soumission à l’ordre social (« vous êtes dans une sacrée merde, mais attendez un peu que le cycle astral s’achève et vous vous mettrez à danser la macarena sur votre table de salon »… si les choses sont dues à la position de la lune et de ses copains, alors nous n’avons pas de prise sur les évènements, nous ne pouvons rien faire et il ne nous reste plus qu’à patienter, attendre que ça passe), un conformisme et une absence de réaction à l’autorité (manifestement, les horoscopes valoriseraient la maîtrise de soi « gardez votre calme », conseilleraient d’afficher une « supériorité morale », sans jamais proposer d’agir sur nos propres modes de vies, sur nos environnements).

Généralement, les horoscopes n’encourageraient que très peu à l’action collective, à l’empathie, et mettraient plutôt l’accent sur l’individualisme.

Au début des années 2000, un psychologue et un mathématicien rassemblent et complètent des études statistiques sur l’astrologie. La conclusion est sans appel : l’astrologie « ne s’appuie sur aucun mécanisme acceptable, ses principes sont invalides et elle a failli dans les centaines de tests qui ont été réalisés. Mais nulle trace de ces faits ne sera trouvée dans les livres d’astrologie qui sont en fait de simples tromperies » (constat d’autant plus fort que Geoffrey Dean, le psychologue, fut lui-même président fondateur de la fédération des astrologues australiens).

Les conclusions de Peretti-Watell et Dean pourrait se rapprocher de celle d’Adorno, qui remarquait déjà que « ce qui au fond distingue […] la rubrique du Los Angeles Times de la véritable psychologie réside moins dans les observations, ni même peut-être dans les interprétations implicites […] que dans la direction dans laquelle il entraîne et manipule la psychologie de son lecteur » (source).

Je crois bien qu’Adorno vient de clasher l’astrologie – façon 50’s.

Pourquoi on ne devrait pas s’y fier : le cas de la graphologie

Selon les préceptes de la graphologie, on pourrait déduire les caractéristiques psychologiques d’un individu par l’analyse de son écriture manuscrite. Vous avez envie de dire « maaaais bien sûr ? » – cherry sur le cake, sachez que la France est l’un des pays utilisant le plus fréquemment cette technique, notamment lors de recrutements… Ce qui est non seulement discriminatoire, mais aussi inutile : la quasi-totalité des études réalisées à ce sujet conclue à une absence totale de lien entre des jugements graphologiques et des caractéristiques psychologiques.

En effet, lorsque l’on demande à des graphologues d’évaluer les traits de personnalités d’individus à partir de leurs écritures, les experts en traits et déliés ne connaissent pas un grand succès : aucune corrélation n’apparaît entre leur expertise graphologique et les traits de personnalités fournis par des tests psychologiques (Vestewig et al., 1976). Et vous savez quoi ? Les résultats sont encore plus faibles lorsqu’il s’agit de prédire les performances professionnelles.

En 1983, Rafaeli met en place l’expérience suivante : 70 agents immobiliers écrivent un texte neutre (sans indication sur leur parcours ou eux-mêmes) ou biographique, leurs supérieurs hiérarchiques les évaluent sur 10 dimensions (de type confiance en soi,
sociabilité, etc…), le chercheur utilise également des valeurs objectives (nombre de ventes, hauteur des commissions perçues…). Verdict : lorsque les graphologues ont à leur disposition des textes biographiques, on observe un lien très faible entre leurs évaluations et les performances professionnelles… Cette corrélation devient nulle lorsque le texte est neutre.

Dans une expérience un peu différente menée par Ben-Shakhar (1986), les résultats ne sont pas plus concluants. Cette fois, les graphologues doivent analyser des textes rédigés par des employés de banque au sujet de leurs parcours professionnels. Le même exercice est proposé à un psychologue ne connaissant rien aux techniques graphologiques. Je vous le donne en mille : strictement aucun lien n’est observé entre l’analyse graphologique et l’observation réelle des comportements des employés (observation réalisée par leurs supérieurs)… Pis encore : les prédictions sont exactement les mêmes lorsque l’on utilise le hasard.

Avec une méthodologie encore différente, King et Koehler (2000) se demandent si des sujets « naïfs » (= qui ne sont pas graphologues) ne pourraient pas, au fond, parvenir aux mêmes analyses que les soi-disant experts en graphologies. Les chercheurs élaborent 40 dossiers fictifs, associant des pages manuscrites avec différents profils de personnalité. Dans un premier temps, les sujets « naïfs » lisent les dossiers. Ensuite, les lettres manuscrites et les profils de personnalité sont séparés… Les sujets doivent ainsi rassembler les lettres qui correspondent avec les profils, comme lus en 1ère phase d’expérience.

Les sujets « naïfs » rassemblent les lettres et profils selon des associations sémantiques, bien à la manière des graphologues, c’est-à-dire en associant les caractéristiques physiques de l’écriture à des traits de personnalité (par exemple, si vous faites de grosses barres sur vos « t », vous auriez un tempérament de fonceur ; si votre écriture est petite et repliée sur elle-même, vous seriez timoré… ce genre de poncifs).

Autrement dit, même sans être graphologues, les sujets parviennent exactement aux mêmes analyses que ces derniers… Et c’est très probablement cette tendance à la « psychologie de sens commun » qui explique le succès de la méthode ! Vous saisissez le danger qu’il y aurait à prendre pour de la science ce qui ne serait tout compte fait que de la psychologie de comptoir…

Finalement, s’il n’y a pas vraiment de mal à chercher son horoscope dans le journal, à lire les numérologies, à ne croire que ce qu’il nous plaît, reste que la médiatisation de ce genre de pratiques ne va pas sans un bon vieux revers de médaille : elles finissent par être prises au sérieux – alors même qu’elles n’ont généralement aucune valeur scientifique. Pire : elles engrangent des sommes inconsidérées pour leurs impostures, parfois sur le dos de personnes fragiles. Pire encore : elles vont rassurer des personnes qui recrutent, leur donner l’impression qu’elles effectuent une sélection « sérieuse ». Mais si on sélectionne sur la base d’un critère arbitraire (et sur lequel le candidat n’a pas de prise), ne tombe-t-on pas dans une forme de discrimination (pour ne pas dire racisme) ?

Quoi qu’on en dise, si d’aventure vous étiez sceptiques face à un procédé de recrutement, sachez que tout candidat à un emploi doit être informé « des méthodes et techniques d’aide au recrutement utilisées à son égard » (Loi du 31 décembre 1992) et doit être soumis à des méthodes « pertinentes au regard de la finalité poursuivie » (Loi Aubry, 1992) – ça laisse entrevoir quelques possibilités de contrer les procédés de recrutement fallacieux.

Pour aller plus loin

Le site pseudo-sciences.org, une source quasi inépuisable d’informations et de réflexions sur les pseudosciences (astrologie, morphopsychologie, psychanalyse…tout le monde en prend pour son grade).
L’article de Geoffrey Dean et Ivan W. Kelly
Astrologie et magazines féminins
Un article sur l’effet Barnum

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Leech
    Leech, Le 10 décembre 2011 à 23h43

    Ha... la "graphologie" (rien que le nom fait pompeux, du genre à faire croire que c'est sérieux), raison pour laquelle je ne supporte par lorsqu'on m'impose de faire une lettre de motivation manuscrite. J'ai toujours la mauvaise impression que c'est pour utiliser cette méthode de sélection, et ça me dérange grandement.

    Pour le débat sur l'homéopathie, j'avais vu un reportage sur France 5 (ou Arte) montrant un peu les pour et les contre, et j'avoue que je n'arrive toujours pas à trancher. D'un côté, la démonstration où ils montrent une goutte diluée dans un océan (ou une piscine olympique, bon bref, beaucoup de flotte) et de l'autre comme quoi ça soigne aussi les animaux... Enfin, je sais pas. Ca reste trop mystérieux pour moi encore :shifty:.

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