Justine, 17 ans : son combat contre les troubles alimentaires

On compte de plus en plus d’anorexiques en France. Et les adolescentes concernées sont de plus en plus jeunes. A l’instar d’autres filles, Justine a été prise dans cette spirale épouvantable qui lui a fait perdre 36 kilos en quelques mois. Hospitalisation, isolement : ces sombres épisodes l’ont fait grandir plus vite que prévu. Aujourd’hui […]

Justine, 17 ans : son combat contre les troubles alimentaires

On compte de plus en plus d’anorexiques en France. Et les adolescentes concernées sont de plus en plus jeunes. A l’instar d’autres filles, Justine a été prise dans cette spirale épouvantable qui lui a fait perdre 36 kilos en quelques mois. Hospitalisation, isolement : ces sombres épisodes l’ont fait grandir plus vite que prévu. Aujourd’hui guérie, elle nous parle avec recul de ces années difficiles. Une interview touchante.

madmoiZelle.com : Raconte moi la naissance de ton livre
Justine : Tout est parti d’un blog que j’ai crée en juillet 2005. A cette époque, j’étais déscolarisée car très malade, je restais donc seule à la maison. Ma soeur m’a donné l’idée de construire un espace perso sur le net dans le but de me resocialiser. En mai 2006, un éditeur m’a contactée. On a alors commencé à envisager l’écriture d’un témoignage.

madmoiZelle.com : Qu’est ce que cela t’a apporté de mettre en ligne ton quotidien ?
Justine : C’est devenu un défouloir, une thérapie, un moyen de me soulager. Je me débarrassais de souffrances que je ne parvenais pas à extérioriser. Quand j’ai commencé à écrire sur le site, je n’avais pas conscience de l’ampleur de la maladie. C’est en voyant la multitude de messages que postaient d’autres anorexiques que j’ai constaté que mon cas n’était pas isolé. Ce blog a pris beaucoup d’importance pour moi : j’y ai trouvé du soutien, des amitiés.

madmoiZelle.com : Tu as coécrit ton récit avec Marie-Thérèse Cuny, une femme habituée aux témoignages poignants. Comment cela s’est passé ?
Justine : En septembre dernier, je suis montée à Paris pour une grande série d’entretiens. Nous passions nos journées ensemble, elle et moi. Il fallait qu’elle s’imprègne de mon histoire, de mon état d’esprit. On a aussi repris mon blog afin d’y insérer quelques passages dans le texte final.

madmoiZelle.com : Avant de tomber malade, quel genre de jeune fille étais-tu ?
Justine : Je débordais d’énergie et croquais la vie à pleines dents . J’allais beaucoup vers les autres, je m’investissais énormément. J’étais d’ailleurs déléguée au Conseil Général des Jeunes.

madmoiZelle.com : Comment es-tu tombée dans l’anorexie ?
Justine : A 14 ans, je me trouvais ronde. J’ai commencé un régime après avoir essuyé pas mal de réflexions de type « grosse vache, grosse dinde ». Ces moqueries provenaient de crétins au collège mais elles sortaient également de la bouche de mes parents. J’étais adolescente, alors en pleine construction physique et psychologique, j’ai pris toutes ces vannes pour moi, sans recul. Le régime a alors dégénéré … J’aurais très bien pu choisir la drogue ou l’alcool mais nan. Mon truc à moi , c’était la nourriture.

madmoiZelle.com : Quelle image avais-tu de ton corps à cette période ?
Justine : Une image négative. J’étais douée en cours et dans le reste mais ce qui me manquait, c’était le physique. Je me sentais en marge de la société, en marge de cette société qui prône la minceur. A cette époque, je me cherchais une identité et tout ce qu’on pouvait voir, à la télé ou sur les podiums, c’était des filles plates et filiformes. Du coup, naïvement, je me suis dit qu’elle était là, la normalité. J’ai donc voulu rentrer dans le moule.

madmoiZelle.com : Les médias, les stylistes ont donc leur part de responsabilité ?
Justine : Bien sûr ! Ils pourraient choisir des mannequins qui collent à la réalité, des mannequins plus féminins, avec de vraies formes. Pas des planches à pain qui n’existent que sur papier glacé.

madmoiZelle.com : Qui incarne la féminité selon toi ?
Justine : Monica Belluci, indiscutablement.

madmoiZelle.com : Pour décrire ta maladie, tu parles de « démon », de « pourriture qui grandit », mais surtout, tu la compares à un serpent. Pourquoi cette image ?
Justine : Après ma première hospitalisation, j’ai été suivie par une psychologue. Elle m’a conseillée de matérialiser le mal qui me rongeait afin que je me défoule et que je ne rejette pas toute la faute sur moi. J’ai donc acheté un serpent en peluche, le serpent étant l’animal que je déteste par-dessus tout . Après chaque repas, je le frappais. D’ailleurs, j’ai appris récemment que le serpent était la seule bestiole à être anorexique ET boulimique. Comme quoi …

madmoiZelle.com : Ton anorexie, comment se manifestait-elle ?
Justine : Très vite, j’ai supprimé de plus en plus d’aliments. Au début, ça a été le pain, le fromage, les gâteaux … Puis tout s’est accéléré. J’ai commencé à avoir des TOC, des manies mais pas seulement alimentaires : je ne mangeais qu’avec les mêmes couverts, je fixais les autres pendant les repas et ne supportais pas qu’ils ne finissent par leurs assiettes. Je rangeais ma chambre quatre fois par jour … Avant la maladie, j’étais déjà particulièrement méticuleuse mais quand elle m’est tombée dessus, tout s’est amplifié. C’est vite devenu invivable.

madmoiZelle.com : Dans ce tourbillon infernal, quel rôle ont joué tes parents ?
Justine : Bien que maladroits au début, ils m’ont toujours soutenue. Ils ont décelé très tôt ma maladie. Grâce à eux, j’ai ouvert les yeux. Si je ne les avais pas eus, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui …

 

Justine, aujourd’hui

madmoiZelle.com : Tes amis dans tout ça ?
Justine : Pendant ces trois années de calvaire, je ne voulais plus voir personne. Sans m’en rendre compte, je me suis isolée, petit à petit. Je n’avais plus aucun sentiment, plus aucune envie. J’étais focalisée sur la nourriture. Dans ma tête, c’était régime, balance, kilos, calories et c’est tout. La Justine marrante s’était éteinte …

madmoiZelle.com : Et l’équipe médicale ?
Justine : J’ai eu la chance de rencontrer la bonne personne au bon moment, soit Daniel Rigaud, professeur à l’hôpital de Dijon. Ses méthodes ont été géniales. Il n’y a jamais eu de contrat de poids, j’étais en permission tous les week-ends … Il ne s’est pas contenté de traiter mon comportement alimentaire, il a cherché à savoir ce qui se cachait derrière tout ça, le pourquoi du comment. Il a mis des mots sur ce que je ne voulais pas entendre. Je lui dois beaucoup.

madmoiZelle.com : Comment passe-t-on de l’anorexie à la boulimie ?
Justine : Mon corps s’est vengé en quelque sorte. Pendant longtemps, je l’ai privé de tout ou quasiment. Il a fini par se réveiller et a voulu reprendre le dessus.

madmoiZelle.com : Quel a été le déclic vers la voie de guérison ?
Justine : J’ai toujours été folle de cyclisme, seulement cette passion avait été mise entre parenthèses durant ma maladie. En juillet dernier, j’ai été invitée sur le Tour de France, j’y ai fait des rencontres fantastiques. J’ai eu l’impression de retrouver d’un seul coup des sensations perdues depuis longtemps. C’est à partir de ce jour là que j’ai commencé à renaître.

madmoiZelle.com : Aujourd’hui, comment te sens-tu ?
Justine : Je me considère guérie mais j’ai un souci avec mon image. Je ne m’accepte pas encore, je me sous-estime. C’est pourquoi je travaille là dessus avec une psy pour surmonter tout ça.

madmoiZelle.com : Quels conseils pourrais-tu donner à une fille susceptible de glisser dans les TCA (troubles du comportement alimentaire) ?
Justine : Bien que je sois mal placée pour le faire, je lui dirais de s’aimer en tant que telle. C’est cliché mais chacune de nous a une beauté particulière qu’il faut découvrir. La nourriture n’est pas un bon moyen pour exprimer sa détresse. L’anorexie est une maladie mortelle, il ne faut pas l’oublier.

madmoiZelle.com : Quelle est ton opinion sur les sites pro-ana qui érigent l’anorexie comme mode de vie ?
Justine : Cela me révolte, m’écoeure. Ces filles sont folles et j’assume le poids de mes mots. Pour elles, l’anorexie est un jeu, avec des règles, des codes à suivre. Elles n’ont pas conscience des dangers qu’elles encourent. On devrait les interner avant qu’elles entraînent dans leur sillage bon nombre d’adolescentes naïves.

madmoiZelle.com : Et ton avis sur ces personnes qui pensent que l’anorexie est un caprice, une maladie d’enfant gâtée (oui, il y en a. Et pas mal d’ailleurs, ndlr) ?
Justine : C’est n’importe quoi ! L’anorexie est une maladie à part entière, au même titre qu’un cancer. On ne choisit pas d’être anorexique. C’est ce que diront tous les psychologues. Les gens ne se rendent pas compte que lorsqu’on est touché par ce mal, il est difficile d’en sortir. Quand j’étais malade, j’avais l’impression d’être habitée par quelqu’un d’autre, l’impression de me dédoubler. Je ne pouvais plus rien contrôler. Il faudrait tenter de comprendre au lieu de sortir ce genre d’énormités.

madmoiZelle.com : Cette année, tu es en 1ère ES. Qu’est ce que tu aimerais faire plus tard ?
Justine : Je souhaiterais devenir journaliste sportif. Je pourrais ainsi mêler ma passion (le vélo) au travail.

madmoiZelle.com : D’autres projets ?
Justine : Continuer à me battre pour délivrer le message, pour parler de l’anorexie. Sur le long terme, trouver un mari et avoir trois enfants (rires) … Une vie banale mais c’est ce dont je rêve.

madmoiZelle : Ce qu’on peut te souhaiter pour 2007 ?
Justine : Que je m’aime et que j’aime quelqu’un d’autre …

 

Pour suivre Justine : youstinette.skyblog.com

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Voici le dernier commentaire en date :

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le 29 septembre 2009 à 20h15

    J'ai vu Justine à une émission télévisée en 2007 je crois et j'ai parcouru son blog aussi. Je lui tire mon chapeau car elle a eu beaucoup de courage face à cette maladie. Il lui a fallu faire un combat contre elle-même et ça c'est fort!

    Bravo à elle!

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