Interview des créateurs de la marque Dévastée

Pouvez-vous présenter, ainsi que vos parcours et votre rencontre ? Derrière ce nom de Dévastée, nous sommes deux : Ophélie Klère et François Alary. Nous sommes respectivement nés en 1982 et 1981 et nous sommes originaires d’une petite ville du Sud Ouest de la France qui s’appelle Cahors. Nous nous sommes rencontrés en 1999 au […]

Interview des créateurs de la marque Dévastée

Pouvez-vous présenter, ainsi que vos parcours et votre rencontre ?

Derrière ce nom de Dévastée, nous sommes deux : Ophélie Klère et François Alary. Nous sommes respectivement nés en 1982 et 1981 et nous sommes originaires d’une petite ville du Sud Ouest de la France qui s’appelle Cahors.

Nous nous sommes rencontrés en 1999 au Lycée. Nous étions en 1ere L tous les deux. Ophélie était plutôt bonne élève, et moi j’étais sur le point de tout arrêter. Je séchais les cours et je m’étais aménagé une chapelle du cimetière pour les moments où il n’y avait personne et rien à faire. J’y ai emmené Ophélie et ça a dû la séduire parce qu’on a commencé à sortir ensemble et elle m’a fait changer d’avis quant à mon avenir.

On n’était pas trop motivé à l’idée de faire les Beaux Arts alors on s’est dit que la mode, ça pouvait être amusant. C’est comme ça qu’après le bac, nous avons ensemble déménagé pour Paris afin de faire l’école ESMOD.

Comment avez-vous créé Dévastée ? En tant que jeunes créateurs quelles sont les démarches à entreprendre (d’un point de vue personnel et administratif) ?

On a créé Dévastée en 2004. A l’origine, il n’y avait aucune structure ; juste nous deux, et un dossier pour le festival de Hyères. A l’époque, c’était plus un projet artistique qu’une marque de vêtements.

Nous n’envisagions la commercialisation que sous la forme de pièces uniques vendues comme des œuvres. Ça a duré comme ça pendant 3 saisons et puis après on a commencé l’édition de t-shirts en séries limitées. Par la suite, la demande aidant, on est rentré dans la production en série des pièces, et on a pris une démarche plus proche du créateur de mode classique. En fait, nous n’avons monté de SARL qu’à la fin de l’année 2005.

Pour ce qui est des démarches administratives à entreprendre, moi je dirais qu’il faut les éviter toutes quand on commence. Autrement ça prend trop de temps, d’argent, et qui plus est ça dévore la créativité et l’enthousiasme du début. Et puis aussi, la grande peur des débutants, c’est de se faire copier, c’est trop bête. Ça ne sert à rien de déposer un nom ou des modèles au début. Parce que quand bien même on se fait copier, on n’a pas l’argent pour entamer une procédure… Et puis de toute façon, on se fait tout le temps copier. C’est le jeu de la mode, il ne faut pas en avoir peur.

En ce qui nous concerne, il y a en Chine une ligne qui s’appelle Devastéé et qui fait des collections cheap chaque saison en s’inspirant de nos designs. Mais on s’en fiche complètement, parce que nos clients font la différence.

Ceci étant dit, pour une information solide, la fédération de la Couture édite des brochures extrêmement didactiques et documentées à l’attention des jeunes créateurs. Il n’y a pas de meilleure source d’infos pour quelqu’un qui veut monter sa marque.

Quel est l’univers de la marque, vos inspirations ?

A proprement parler, nous n’avons ni univers ni concept, notre inspiration est totalement dirigée par le ressenti. Et la dynamique est un peu bipolaire entre Ophélie et moi. Ophélie apporte toute la partie vraiment « mode », c’est-à-dire qu’elle donne leur ligne aux collections avec un regard précis sur le vêtement, les formes et les coupes. Chaque saison, elle se concentre sur quelques pièces très spécifiques qu’elle voit comme étant celles de la saison, et de là découle toute la collection. Son regard sur le vêtement suit son propre cheminement au fil des collections. Elle n’est pas imperméable aux tendances mais n’a pas de références à des époques historiques ou à d’autres créateurs.

Moi, je travaille davantage sur l’univers graphique de la marque. Je dessine les imprimés, les jacquards et tout ce qu’on trouve d’autre sur les pièces. Le fil conducteur est juste constitué par les choses qui frappent mon imagination et les images qu’elles génèrent dans ma tête. Par exemple, c’est comme ça qu’on ne travaille qu’en noir et blanc : c’est parce que je n’ai aucun ressenti pour les couleurs. Je ne vois les éléments que sous forme de contours, d’ombres et de clartés. Et puis, il y a aussi la mort qui est une récurrence obsessionnelle. C’est comme ça dans ma tête depuis que j’ai 4 ou 5 ans, où j’ai commencé à dessiner des cimetières, en noir, entre les maisons aux cheminées qui fument et les escargots et les nuages. Mais je n’ai aucune explication. C’est juste fantasmatique.

Quel est le parcours de Dévastée, pour aujourd’hui ouvrir la fashion week parisienne ?

Comme je l’ai un peu développé dans la 2eme question, le festival de Hyères a été fondateur sur le plan conceptuel. Mais c’est aussi là que nous avons rencontré Nic Jones de Rendez-vous qui nous a invité à participer à l’édition suivante de son salon biannuel. Là nous avons rencontré nos premiers clients qui nous ont soutenus et développés en presse au Japon, malgré l’aspect totalement improbable de nos collections. Ensuite, presque par hasard, nous avons rencontré Catherine Miran, notre attachée de presse qui a lancé la marque en France. L’étape suivante a été de commencer à produire et nous avons connu les difficultés ordinaires à trouver les bons fournisseurs et fabricants, en passant par des procès et des voyages incessants en Italie. C’est comme ça que pour se « consoler » et se changer les idées, on a eu l’idée de commencer à défiler. Les premières fois, nous n’étions vraiment pas prêts et c’était plus folklorique qu’autre chose. Mais quand même formateur. C’est quand la Fédération de La Couture a décidé de nous soutenir en nous mettant dans le calendrier In que nous avons compris qu’il fallait passer à l’étape supérieure. Et nous avons tout restructuré, un peu comme un départ à zéro, et nous avons décidé de vraiment lancer la marque sur le plan commercial et de faire de vraies collections. Dans cette optique, nous nous sommes associés avec Philippe Natali et son ShowroomVago. C’était il y a deux ans. Depuis nous avons un réseau de clients d’une cinquantaine de boutiques à travers le monde.

Quelles sont vos prochaines ambitions (ouverture d’une boutique à votre nom, collection homme, fragrance…) ?

Nous allons présenter une collection homme en janvier 2011. Mais nous ne savons pas si elle portera le nom de Dévastée… Sans doute pas. Le projet est en train de naître. Après, nous avons de nombreux projets de collaborations et d’expositions, au Japon notamment.

Quels conseils donneriez-vous aux madmoiZelles (cela peut être en rapport avec votre métier ou de manière plus générale) ?

Les cimetières à Paris, ils sont trop grands et un peu tristes, mais à la campagne, c’est un super endroit pour profiter de la fin du jour au printemps et en été. Surtout si on a pensé à apporter à boire et à manger. Voilà un bon conseil « sortie ».

Un conseil déco : une croix avec du buis béni au dessus de lit.

Et enfin, pour celles qui doivent passer le bac : n’y allez pas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Datchoo
    Datchoo, Le 28 mai 2010 à 16h40

    Je les ai interviewés car j'ai eu l'occasion d'être habilleuse sur leur dernier défilé, ils sont adorables, ce qui aide beaucoup évidemment :)

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