Interview de Laura, 23 ans, maquilleuse professionnelle

Pondu par Mademoiselle So le 26 août 2008  

madmoiZelle.com : Comment es-tu arrivée à ce métier de maquilleuse pour la télévision le théâtre et le cinéma ?
Laura : Je pense que c’est grâce à mon papa qui est peintre scénographe au théâtre de Bâle. Grâce à lui, j’ai pu découvrir très jeune les coulisses et ça a tout de suite exercé une fascination terrible chez moi. Ce qui m’a aussi fait aimer ce milieu, c’est de voir que dans un théâtre, chaque tâche est captivante, et tout le monde a quelque chose d’enrichissant à transmettre…

Interview de Laura, 23 ans, maquilleuse professionnelle 4

madmoiZelle.com : Etre « maquilleuse », ça veut dire quelque chose, ou ça englobe plusieurs corps de métiers spécifiques ?
Laura : Eh bien, effectivement, un seul terme désigne 1000 métiers ! Selon les spécialisations, on peut être exercer à la télé, au théâtre, à l’opéra… J’attends que ta question arrive, mais il faudra qu’on reparle du cursus d’une maquilleuse !

madmoiZelle.com : Eh bien, parlons-en justement, raconte-nous par quoi tu es passée.
Laura : J’ai eu mon bac L en 2002, et juste après j’ai commencé une école de danse à Paris. Evoluer dans le milieu artistique renforçait ma conviction : je voulais vraiment travailler dans ce milieu. Cette conviction s’est renforcée au moment où j’ai essayé de m’éloigner du milieu du spectacle, pensant qu’il fallait que j’aie un « vrai » métier… Je suis devenue hôtesse de l’air, mais je n’avais qu’une envie : redescendre pour m’enfermer dans un théâtre ! C’est ce déclic là qui m’a poussée à intégrer une formation de maquilleuse à la rentrée 2007.

« A 18 ans, j’en voulais pas autant que maintenant. Je pense qu’il y a un temps pour tout »

madmoiZelle.com : Mais si tu as toujours su ce que tu voulais faire, pourquoi ne pas t’y être mise plus tôt ?
Laura : D éjà, mes parents n’étaient pas chauds pour que je fasse ce métier, à cause du manque de débouchés, et du financement de la formation aussi ! Et puis le déclic « hôtesse de l’air » s’est aussi fait pour eux, puisqu’ils se sont rendus compte que j’en parlais toujours malgré mon « vrai métier d’hôtesse de l’air »… Alors ils m’ont encouragée. Mais sincèrement, je ne regrette rien, parce qu’intégrer une école de maquillage à 18 ans, c’est beaucoup trop jeune.

Interview de Laura, 23 ans, maquilleuse professionnelle 1madmoiZelle.com : Comment as-tu trouvé ta formation ? Il en existe beaucoup en France ?
Laura : Autour de Paris, il y en a une dizaine, et en Province je sais qu’il existe plusieurs écoles : à Lyon, à Strasbourg et à Aix-en-Provence (ndlr : il s’agit du Studio de maquillage). J’ai démarché celles qui m’intéressaient et j’ai choisi au feeling, non pas pour les infrastructures mais le bon contact avec le staff enseignant. Il faut faire son choix comme ça, sur l’instinct je pense… J’ai bien fait, car mon école m’a permis de faire de supers stages très enrichissants.

madmoiZelle.com : Comment on fait pour trouver du travail après la formation ?
Laura : Pendant, comme je te le disais, tu fais de nombreux stages, qui te permettent de te constituer ton carnet d’adresses. Il faut y aller au culot (un peu), être mûre, et savoir s’adapter rapidement. Pour ces raisons, j’ai la conviction que 18 ans c’est trop jeune pour exercer ce métier. En fait voilà comment ça se passe concrètement : tu fais un essai lors d’un stage, et souvent on te rappelle un jour que la maquilleuse est indisponible, et à force d’essais concluants, c’est toi qu’on appelle directement !

madmoiZelle.com : Est-ce un milieu difficile ?
Laura : Franchement je crois qu’ils le sont tous aujourd’hui. Il faut savoir mêler le tact, le culot, le talent et le travail, mais c’est aussi ça qui fait l’exaltation du métier, c’est une récompense que d’être rappelée.

madmoiZelle.com : Parle-nous des différentes manières d’exercer le métier.
Laura : Eh bien simplement pour le maquillage en lui-même, ça peut être très variable, déjà selon que tu t’orientes vers la télé le cinéma, ou le théâtre. Le cinéma nécessite un travail de précision parce que les visages sont agrandis sur l’écran, donc tu peux pas te tromper. A la télé, il faut que le maquillé soit « beau »… C’est encore très différent du théâtre, mon milieu de prédilection comme tu l’auras compris, où le but est d’agrandir les yeux, la bouche, les expressions, et de coller au personnage. Il faut saisir l’état d’esprit de la pièce et donner du spectacle à tous les spectateurs… Même ceux qui sont au fond de la salle !

Interview de Laura, 23 ans, maquilleuse professionnelle 2madmoiZelle.com : Tu as été danseuse, hôtesse de l’air, peux-tu nous parler de tes expériences précédentes, afin d’aider les madmoiZelles qui hésitent encore ?
Laura : Etre hôtesse de l’air, c’est bien pour les filles qui se débrouillent en langue, aiment le prestige de l’uniforme qui donne l’impression qu’on appartient à un club… Et puis, il y a aussi le sacro- saint contact avec le client, mais sincèrement c’est quand même limité, tu ne passes pas ton temps à tchatcher ! Par contre, il faut réparer une inexactitude : être hôtesse de l’air, ça permet de voir du pays, mais seulement d’en haut ! Il faut pas s’attendre à faire des photos devant les pyramides pendant la pause !
Quant à la danse, c’est vraiment bénéfique au niveau de la rigueur, mais pas seulement. Evidemment, il ya cet aspect magique qui est d’évoluer dans le milieu du spectacle, mais ça t’apporte aussi une culture générale en béton, tu apprends à reconnaître les époques des ballets, leur histoire te fait faire aussi un peu d’Histoire. C’est très enrichissant.

madmoiZelle.com : Quel est ton meilleur souvenir pour l’instant en tant que maquilleuse ?
Laura : Je pense qu’il s’agit des fois où j’ai maquillé sur des courts-métrages, parce que c’est là que j’ai pris conscience que j’avais fait le bon choix. Quand tu te lèves à 5h avec le sourire en sachant que tu vas bosser jusqu’à 23 heures, c’est que tu es faite pour ça ! Et puis il y a un univers particulier, un espace hors du temps dans lequel tu sens une cohésion incroyable entre les équipes. Rien n’est gagné d’avance, et tout le monde veut que ça marche. Ca m’a vraiment marquée…

madmoiZelle.com : Quels sont tes projets ?
Laura : Puisque dans ce métier on n’a jamais fini de se former, je vais continuer à apprendre tout en exerçant mon métier. En ce moment par exemple, je fais un stage au théâtre de Bâle où j’apprends à faire des perruques et je trouve ça passionnant, même si c’est vraiment pas facile tous ces cheveux !

madmoiZelle.com : Dernière question, c’est quoi pour toi être une madmoiZelle aujourd’hui ?
Laura : Pour moi, c’est surtout s’assumer comme on est vraiment. Et je crois que lorsqu’on est bien dans sa peau, les gens nous aiment bien… ou pas ! Mais au moins on ne se trompe pas soi-même.

En résumé, pour devenir maquilleuse, il faut :

Interview de Laura, 23 ans, maquilleuse professionnelle 3- si on s’y prend juste après le bac : attendre un peu ! Je conseille ça parce qu’à 18 ans, on a rarement la maturité pour être efficace sur le terrain auprès des équipes techniques, ni la culture générale nécessaire. On peut commencer par se « forger » avec une autre formation : un BTS pour celles qui veulent se tremper tout de suite dans de l’enseignement pratique, ou une fac d’histoire, d’art plastiques ou d’histoire de l’art pour la culture générale. Sinon, il y a aussi la coiffure pour entrer tranquillement dans le métier.

- une fois qu’on se sent prête, voilà comment ça se passe… Il faut démarcher les écoles, envoyer sa candidature et passer les entretiens d’entrée. Pour une formation de base, il faut compter 9 mois et en moyenne 3000 euros. Pendant cette première année, des stages sont prévus, c’est à ce moment-là qu’il faut se constituer son précieux carnet d’adresses. Il ne faut pas hésiter à demander, parce que ça arrange toujours les équipes d’avoir quelqu’un sous la main « au cas où ».

Renseignements pratiques

La formation de base pour devenir maquilleuse dure en moyenne une année scolaire et permet l’obtention d’un certifcat. Attention, car les écoles n’ont pas le droit de délivrer de « diplôme », leur formation n’étant pas reconnue par l’état. C’est donc la réputation des écoles qui font leur succès auprès du métier. Pour choisir une école, le mieux est de prendre contact avec d’anciens élèves par ses propres moyens, ou mieux d’aller directement assister à un cours (pas une démonstration de préférence). Le prix d’une année, entre 3000 et 6000 euros, peut paraître élevé, mais il y a une rauson ça. Depuis quelques années, la demande a explosé, et les écoles françaises séduisent jusqu’à l’étranger, ce qui tend à faire augmenter la valeur des formations. Les élèves des cours de maquillage sont souvent des étudiants très curieux qui connaissent déjà un peu le milieu du spectacle ou ont une culture générale appréciable.

photos : Le studio de maquillage

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Les 10 dernières réactions à cet article

Lire l'intégralité des 4 commentaires

  1. Le 01/09/2008 à 15h14

    Citation:
    Posté par Valnor Voir le message
    Vraiment très intéressant comme article. Après mon année de fac, j'ai hésité entre 2 formations : BTS estéhtique-cosmétique, qui m'aurait ensuite permis de bifurquer sur une formation de maquilleuse pro, et BTS commerce international. J'ai été raisonnable, j'ai choisi le second, plus de débouchés, soi disant.
    Pourtant, qu'est ce que ça m'aurait plus ! Par moment, je regrette de ne pas avoir fait ça.
    surtout ne regrette pas, parce que Laura le dit bien, tout mène au maquillage ! Rien n'était fait d'avance pour elle, je suis sûre que ta formation t'aidera à y voir plus clair. Soit tu vas te trouver une vocation de commerceuse international, soit ta première envie va se renforcer et tu auras la gnac en sortant... Et rien ne pourra t'arrêter !!
  2. Le 01/09/2008 à 20h48

    Une interview vraiment intéressante, merci!

    J'admire sincèrement les filles comme elle, qui ont une passion, un idéal, font le nécessaire pour l'atteindre et finissent par mener la vie dont elles rêvaient, en vivant de leur passion!
  3. Le 01/09/2008 à 21h08

    J'ai enfin réussi a y acceder a cette interview.
    Très bien on sent qu'elle a la niak
  4. Le 04/09/2008 à 23h26

    C'est le métier que j'aimerais également exercer, on verra ça après le CAP.

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